Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE PÈRE MAZIERS PARMI NOUS : UN APÔTRE ET UN SERVITEUR DU CHRIST

25 Août 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Homélies

Monseigneur Marius MAZIERS est mort le 14 août. Il avait été archevêque de Bordeaux de 1968 à 1989. Il a profondément marqué tous ceux qui l’ont connu. C’est lui qui m’avait ordonné prêtre en 1970 et évêque en 1987. Plus les années passent, plus je mesure ce que j’ai reçu de lui : et d’abord cette étroite relation qu’il nous est donnée de vivre, par notre ministère, avec la personne et le mystère de Jésus Christ, le Sauveur de tous.

            Les obsèques du Père MAZIERS ont été célébrées le mardi 19 août à la cathédrale de Bordeaux. C’est là qu’il avait choisi d’être inhumé. Mon ami le Cardinal Jean-Pierre RICARD m’a demandé de faire l’homélie. J’ai accepté. Voici les paroles que j’ai voulu adresser personnellement et publiquement au Père MAZIERS, en signe de vive reconnaissance.

 

Claude DAGENS

 

 

Cher Père Maziers,

 

Ce matin, en cette cathédrale saint André de Bordeaux, nous sommes près de vous un peu comme les disciples d’Emmaüs : étonnés et reconnaissants. Ces deux hommes désemparés, Jésus les a rejoints pour les écouter longuement. Puis il a expliqué pour eux les Ecritures et accompli le geste simple et mystérieux du pain rompu.

 

« Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent »

 

Et nous aussi, nous n’en finissons pas de reconnaître ce qu’il vous a été donné par Dieu d’être parmi nous, Père Maziers : avant tout, un signe du Christ et  un apôtre du Christ,  le Seigneur, le Ressuscité.

 

Vous l’avez été à votre manière : tenace, patiente, attentive, parfois émerveillée et souvent silencieuse, et même plus silencieuse que nous ne l’aurions souhaité.

 

Mais votre silence était sans doute votre façon d’être avec nous comme le Christ avec les disciples d’Emmaüs. Jamais vous ne vous imposiez. Vous vous effaciez plutôt. Vous écoutiez. Vous étiez là. Et c’est  parce que nous nous savions accueillis, respectés, compris, que nous avions la liberté de nous ouvrir nous-mêmes au Christ.

 

Je me souviens encore : lors d’une conférence donnée à  Bordeaux en 1982, au cours d’une semaine de réflexion chrétienne consacrée au mystère de Dieu, vous aviez dès le début  cité cette  prière du Père PEYRIGUERE dans une de ses lettres :

« Qu’à travers mes pauvres pensées et mes mots maladroits,

Le Christ qui est le seul guide des âmes,

Qui seul est la lumière,

Qui seul sait les prendre,

Qu’à travers la pauvre misère et les pauvres haillons de mes mots,

Le Christ vous parle lui-même, et qu’il vous parle seul. »

 

Voilà quelle était votre pédagogie constante : ouvrir tout être humain au mystère et à l’amour du Christ et ne rien faire, ne rien dire qui puisse l’en empêcher. Car ce qui était pour vous au-dessus de tout, c’était la personne de Jésus, le Fils du Dieu vivant, le Sauveur de tout être humain en attente de vérité et de vie, et en même temps, l’Eglise appelée à vivre du Christ dans le monde et à l’annoncer contre vents et marées.

 

Et dire que certains ont pu vous considérer parfois comme un théoricien ou un partisan, alors que vous étiez d’abord un disciple du Christ et aussi un homme de Tradition animé par une véritable mystique de la mission chrétienne et du ministère apostolique !

 

Il fallait vous entendre, lors de l’assemblée des prêtres du diocèse en 1985, avant l’ordination de Jacques et de Serge – ils se reconnaîtront - : vous faisiez écho à la prière du Père PARIS, ce sulpicien qui fut un pionnier du renouveau liturgique : « Seigneur Jésus, donnez à la France des prêtres saints… Des saints pour aujourd’hui, prêtres antiques dans des hommes nouveaux. Qu’ils comprennent et qu’ils parlent la langue de leur temps : et qu’ils prennent soin pourtant de ne pas compromettre avec des opinions qui passent l’impérissable nouveauté de l’Evangile. Qu’ils gardent en présence du long hiver des âmes l’espoir obstiné des printemps à venir. »

 

Cet espoir obstiné des printemps à venir, vous l’avez pratiqué et soutenu, et il donne son plein sens à votre engagement et à vos combats d’évêque avec cette boussole qu’était pour vous le Concile Vatican II auquel vous aviez participé avec tant de joie. Je vous entends encore rappeler cette remarque du Père LUBAC, alors que vous reveniez ensemble de la 2ème session du Concile en décembre 1963, alors que Paul VI venait d’annoncer son pèlerinage en Terre Sainte : « Rome qui regarde vers Jérusalem ! ».

 

J’ai parlé, Père MAZIERS, de vos combats d’évêque en pensant aux incompréhensions et aux critiques que vous avez rencontrées, et en pensant surtout aux confidences de l’apôtre Paul quand il évoque les épreuves de son ministère. Oui, ces paroles passionnées vous conviennent : « C’est en manifestant la vérité que nous cherchons à gagner la confiance de tous les hommes en présence de Dieu… Non, ce n’est  pas nous-mêmes mais Jésus Christ Seigneur que nous proclamons. Quant à nous,  nous  nous proclamons vos serviteurs à cause de Jésus… »

 

Serviteur à cause de Jésus, vous l’avez été, Père MAZIERS, en payant de votre personne avec une discrétion extrême, et si, à certaines heures, vous avez souffert par l’Eglise, vous avez su alors communier silencieusement aux souffrances du Christ pour ce Corps qui est le sien et le nôtre…

 

Mais, dans ce Corps vivant, même s’il est parfois usé ou blessé, vous saviez discerner et encourager les signes du renouveau : « C’est vrai qu’il y a des enfants qui ne sont ni baptisés, ni catéchisés. C’est vrai aussi qu’il y a de nombreux enfants scolarisés qui demandent le baptême.

 

C’est vrai qu’à certaines heures, l’incroyance et l’indifférence nous paraissent massives, mais c’est vrai aussi qu’il y a des catéchumènes adultes et qu’ils augmentent  à la mesure de  notre attention aux personnes que nous rencontrons.

 

Ne rêvons pas de l’Eglise d’hier, soyons attentifs aux bourgeonnements de l’Eglise d’aujourd’hui dans lesquels se préparent les fruits de demain »

 

Père MAZIERS, vous vivez maintenant près du Christ. Qu’il vous donne de demeurer aussi avec nous et qu’il nous apprenne à regarder comme vous au-delà des apparences mondaines, car « notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas. Ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel ».

 

Père MAZIERS, aidez-nous à croire au travail invisible de Dieu en nous, à partir de la victoire du Christ ressuscité dont nous sommes les témoins !

 

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