Le blog de Mgr Claude DAGENS

DES TEMPS EXIGEANTS POUR L'INITIATION CHRÉTIENNE. Lettre pastorale de Mgr Claude DAGENS

              La force du don au milieu des violences du monde

 

            La force du don est à l’œuvre au milieu des violences du monde. Les moines de Tibhirine en témoignent, à leur manière, qui est exceptionnelle. Mais vous aussi, qui participez au travail de l’initiation chrétienne, vous faites l’expérience de cette force qui a sa source dans le mystère du Dieu vivant. C’est pourquoi je n’hésite pas à mettre cette lettre pastorale sous le signe de ces « sept vies données », il y a plus de quatorze ans, en 1996, du côté de Médéa. Et si l’on me disait que je rêve en évoquant cette force du don, alors je vous demande d’aller voir ce film étonnant qui a pour titre : « Des hommes et des dieux ». Et je vous demande aussi de regarder près de vous : des hommes, des femmes sont là et sans avoir des mots pour le dire, ils se donnent, même si, à certaines heures, ils sont capables de douter des autres et de Dieu, et d’eux-mêmes.

            L’initiation chrétienne n’a pas d’autre but : elle nous ouvre au mystère de Dieu qui se donne pour que nous vivions de Lui en ce monde. Je voudrais, par cette lettre, témoigner de ce don et encourager à cet engagement.

 

 

 

I – DES HOMMES EXPOSÉS À LA MORT

 

« Vous êtes des dieux, des fils du Très Haut, vous tous !

Pourtant vous mourrez comme des hommes. »

            Ces paroles du psaume 81 ouvrent ce film qui retrace la vie et la mort des moines de Tibhirine. Il faut regarder et écouter ces hommes désarmés devant la violence qui les entoure. Ils s’interrogent : « Faut-il rester ? Faut-il partir ? Faut-il quitter ces hommes et ces femmes dont nous partageons les peurs ? »

            Ces moines réagissent différemment : le jeune frère Christophe est en proie à l’hésitation et au doute, il sent que sa foi en Dieu est ébranlée. Le vieux frère Luc, lui, continue d’accueillir et de soigner des malades et des blessés, d’où qu’ils viennent. Quant au frère Christian, leur prieur, il ne se laisse intimider ni par les autorités algériennes, ni par les islamistes. Il écoute, il réfléchit, il se livre à Dieu avec ses frères dans le silence et la prière, à travers le chant des psaumes.

            Ces hommes si différents sont intimement liés les uns aux autres. Ils l’ont été jusqu’à la dernière heure. Et cette communion transparaît sur leurs visages, au cours d’un dernier repas. Alors pas besoin de paroles, ils savent ce qui les relie au plus profond : leur abandon à Dieu et leur confiance mutuelle sont déjà plus forts que la violence qui va les emporter.

            Ce film nous laisse au seuil du mystère de la foi. Mais il est bouleversant par sa sobriété. Car il ne joue pas sur les émotions, ni sur les situations extrêmes. Il cherche plutôt à révéler : ces hommes ne désirent pas le martyre, ils sont simplement fidèles à leur vocation monastique, jusqu’au bout. Leur histoire est celle de leurs « sept vies données pour Dieu et pour leurs frères en Algérie », comme le dit l’inscription de la stèle dressée à leur mémoire, en 1997, à la périphérie d’Angoulême.

 

 

 

II – INITIATION CHRÉTIENNE, VIE FRATERNELLE ET ÉVANGÉLISATION

 

                L’Église est au service de la rencontre entre Dieu et les hommes

 

            Je ne peux évidemment pas me contenter de vous dire : « Allez voir ce film ! » Et pourtant, ce film m’a confirmé dans l’intention qui était la mienne, bien avant de le voir, depuis des mois.

            Durant l’année qui vient (2010 – 2011), nous allons élaborer des orientations diocésaines pour la catéchèse. Je tiens à motiver ce travail, en le situant sur son terrain primordial : celui de l’initiation chrétienne au mystère de Dieu avec nous et parmi nous.

            Les échanges très positifs que nous venons d’avoir en Conseil épiscopal m’encouragent dans cette intention, car tous les membres de notre Conseil ont dit, chacun à sa manière : « Nous avons besoin les uns des autres pour franchir des seuils, pour consentir à un certain nombre de conversions, afin de vivre de Dieu dans les temps actuels, tels qu’ils sont. »

            Ces mots impliquent des orientations et des engagements sur lesquels je tiens à insister. Je sais que l’organisation de l’Église et l’existence concrète de nos communautés sont aujourd’hui en jeu. Je sais que nous sommes appelés à former vraiment le Corps du Christ, en pratiquant des collaborations effectives, à tous les niveaux. Mais je crois aussi que l’enjeu essentiel est beaucoup plus profond et beaucoup plus large que le seul aménagement de nos structures.

            Car le but de l’Église, ce n’est pas l’Église : c’est l’Alliance entre Dieu et les hommes, c’est d’être « dans le Christ, comme le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium 1). L’Église est là, à ce point de jonction, de rencontre, de relations réelles entre Dieu et les hommes. Elle existe, elle vit, elle s’organise, elle témoigne, en étant elle-même reliée au Dieu vivant et aux hommes vivants, et en prenant les moyens de cette double relation.

 

                Le terrain essentiel de l’initiation chrétienne

           

            Ces moyens, nous sommes appelés à les mettre en œuvre sur trois terrains :

                        - celui de l’INITIATION CHRÉTIENNE

                        - celui de la VIE FRATERNELLE

                        - celui de l’ÉVANGÉLISATION

            Notre Conseil presbytéral et notre Conseil pastoral ont entrepris de mettre en valeur le deuxième et le troisième de ces terrains : la vie fraternelle et l’évangélisation. Je souhaite, à cause du travail engagé autour des orientations diocésaines pour la catéchèse, mettre aussi en valeur le premier de ces terrains : celui de l’INITIATION CHRÉTIENNE.

            Je sais que ces trois terrains sont inséparables. Ils se recoupent, ils font ensemble partie de la pastorale ordinaire. Mais, d’un point de vue pédagogique et pastoral, il est utile de les distinguer. C’est pourquoi je souhaite que, durant les trois années qui viennent, nous puissions mettre en valeur chacun de ces terrains :

                        - Pour l’année 2010 – 2011, celui de l’INITIATION CHRÉTIENNE

                        - Pour l’année 2011 – 2012, celui de la VIE FRATERNELLE

                        - Pour l’année 2012 – 2013, celui de l’ÉVANGÉLISATION

            Ce n’est pas un programme théorique. C’est une manière d’aller de l’avant, par étapes, en ne dispersant pas nos efforts et en nous sachant plus solidaires dans un travail commun.

  

  

  

III - CE QU'EXIGE L'INITIATION CHRÉTIENNE

  

                L'heure est au réalisme et à l'initiative

  

            Des catéchistes et des éducateurs, et aussi des parents et des grands-parents, le savent bien : les temps actuels ne sont pas toujours faciles pour la transmission de la foi chrétienne. Ce ne sont pas seulement les mots de la foi qui sont ignorés ou incompris, c'est sa réalité profonde. Il ne servirait donc à rien de changer des mots, si l'on renonçait à susciter le goût de Dieu, de sa Parole et de sa présence. Tel est le travail de l'initiation chrétienne, et initier est toujours une initiative, une façon non seulement d'ouvrir des chemins, mais de faire confiance à la fois au message que l'on annonce et à ceux à qui l'on s'adresse. Jésus continue à nous avertir, comme il l'a fait pour ses premiers disciples : "Levez les yeux ! les champs sont blancs pour la moisson !" (Jean 4,35).

            L'heure n'est donc pas au découragement, mais au réalisme et à l'initiative. Plus la Révélation chrétienne est méconnue ou incomprise, plus elle peut devenir nouvelle, à condition que nous acceptions nous-mêmes de l'accueillir comme une bonne nouvelle et de la proposer largement. Les temps actuels comportent donc des exigences nouvelles pour l'initiation chrétienne. Les évêques de France les ont mises en relief dans un texte d'orientations pour la catéchèse. J'en retiens deux qui me semblent primordiales et j'en ajouterai deux autres qui me semblent aussi importantes.

  

                Quatre exigences fondamentales

  

            1 - L'initiation chrétienne n'est pas un domaine réservé à des spécialistes. Elle est un engagement de l'Église entière, à tous les niveaux. D'où l'urgence de relier tout ce qui s'accomplit sur ce terrain, et non seulement de relier, mais d'appeler inlassablement. Voilà la première exigence : celle qui consiste à relier et à appeler.

            2 - L'initiation chrétienne ne doit jamais perdre de vue son but essentiel : encourager des enfants, des jeunes et des adultes à aller à la rencontre de Dieu, et dans ce but, les accueillir tels qu'ils sont, avec leurs demandes informulées ou mal formulées, et leur ouvrir des chemins où ils puissent progresser et découvrir peu à peu Celui qui vient à notre rencontre. C'est la seconde exigence : celle qui consiste à accueillir et à ouvrir des chemins vers Dieu.

            À ces deux exigences primordiales, j'en joindrai deux autres, qui concernent l'expression de la Révélation chrétienne de Dieu et le climat dans lequel elle a des chances d'être comprise et reçue.

            3 - Il ne s'agit pas d'opposer le contenu de la foi aux méthodes d'initiation. Il s'agit de laisser la Révélation chrétienne passer par toutes les voies qui l'ouvrent à nous, comme le fait le Catéchisme de l'Église catholique : la Parole de Dieu et le Credo, la liturgie et les sacrements de l'Église, l'apprentissage de la vie chrétienne et de la prière. Telle est la troisième exigence de l'initiation chrétienne : celle qui consiste à déployer largement la Révélation chrétienne de Dieu, selon la grande Tradition de l'Église.

            4 - Et puis, nous savons tous que le climat dans lequel on travaille a des répercussions sur notre travail. Ou bien on se laisse aller au découragement et à l'amertume, ou bien on refuse de se résigner et l'on cherche, avec d'autres, à aller de l'avant, à faire confiance, à encourager des initiatives.

            C'est la quatrième exigence : celle qui consiste à reconnaître et même à admirer les signes que Dieu nous donne et à cultiver l'espérance chrétienne, en des temps marqués par l'incertitude.

  

  

 

IV – RELIER ET APPELER

 

« Il y a trop de cloisonnements parmi nous »

 

            C’est ce que disait récemment cette femme qui participe avec son mari à la préparation au mariage. Et elle expliquait aussitôt : « Il serait bon que nos dialogues avec ces hommes et ces femmes que nous accueillons soient connus de toute la communauté chrétienne. Car, après un premier moment de silence et de surprise, ces hommes et ces femmes semblent entrer en contact pour la première fois avec la Parole de Dieu et l’Église réelle. C’est vraiment un temps d’initiation chrétienne. L’Église doit être présente dans ce domaine si sensible de la vie conjugale et familiale. »

            Une demande analogue peut venir aussi de ceux qui sont engagés dans l’éveil à la foi des tout-petits, dans la catéchèse des enfants, dans le catéchuménat des adultes, dans la pastorale des jeunes ou dans bien d’autres initiatives de formation, qui permettent de découvrir et de comprendre la Parole de Dieu et les grands textes du Concile Vatican II.

            Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de travailler à côté les uns des autres. Le terrain de l’initiation chrétienne est un terrain commun : que chacun puisse y faire part de son expérience, de ses découvertes et aussi de ses dialogues avec des personnes qui ne sont pas familières de la Tradition chrétienne, mais qui sont souvent d’autant plus heureuses d’en découvrir la nouveauté.

 

« Venez et voyez ! »

 

            C’est pourquoi il ne suffit pas de relier ce qui existe déjà. Il faut aussi oser appeler et inviter. Oui, appeler « à venir et à voir », comme des enfants le font avec leurs camarades. Nous nous considérons parfois comme des « habitués » de l’Église qui se connaissent déjà. Quelle erreur ! Il y a presque toujours des personnes nouvelles parmi nous ou des personnes qui attendent de pouvoir confier leur expérience de Dieu. À nous de regarder, d’écouter, et de nous laisser nous-mêmes renouveler par ces rencontres. Dieu n’en finit pas de nous surprendre. Comme au début de l’Évangile, quand les gens de Bethléem s’étonnent et même s’émerveillent de ce que leur racontent les bergers au sujet de l’enfant qui vient de naître (cf. Luc 2,8).

            Appeler et inviter : c’est un acte de confiance que nous avons à accomplir avec le réalisme même de Jésus. Tous ceux à qui nous nous adressons ne comprennent pas, ne répondent pas, et parfois se détournent. Des invités refusent de venir. Mais ces incompréhensions et ces refus ne nous empêchent pas d’être tenaces, non pas insistants, mais sûrs d’être ainsi associés aux démarches mêmes de Jésus, quand « il vient chez les siens » au risque de ne pas être reçu (cf. Jean 1,11).

            Mais qu’il est bon aussi de constater que parfois nos appels ravivent la confiance chez des enfants ou des adultes qui doutent d’eux-mêmes ! Qu’il est beau d’entendre, parfois des années après, ces paroles de reconnaissance : « C’est grâce à vous que j’ai retrouvé le chemin de Dieu et que j’ai reconnu le vrai visage de l’Église ! »

 

 

 

V – ACCUEILLIR ET OUVRIR DES CHEMINS VERS DIEU

 

Les dangers d’une logique marchande

 

            L’initiation chrétienne s’exerce dans des cadres très variés, et elle passe aussi par des rencontres qui ne sont pas programmées. Mais la démarche dans laquelle nous nous engageons est fondamentalement la même : nous apprenons à être au service de la rencontre de Dieu, de la découverte de Jésus Christ, de l’apprentissage d’une vie animée par son Esprit.

            Par conséquent, nous ne pouvons pas nous résigner à une logique marchande, où nous, nous serions du côté de l’Église qui offre ses biens spirituels, tandis que les autres seraient comme des clients ou des « demandeurs », pour employer un terme plus distingué.

            Il nous faut apprendre à sortir de cette logique marchande, qui nous paralyse, pour entrer dans une autre logique : celle du respect des personnes, qui s’accompagne du souci d’ouvrir avec elles les chemins qui conduisent à la rencontre de Dieu.

 

La catéchèse des enfants

 

            Cela est vrai pour des enfants qui viennent à la catéchèse parce que des camarades les y entraînent. L’amitié est importante dans l’initiation à la foi. Elle porte aussi vers Dieu. D’autant plus que certains de ces enfants ont du mal à comprendre les brisures dont souffrent leurs parents. La réalité du mal, ils ne la nomment pas, mais ils la connaissent. De sorte que l’initiation chrétienne ouvre à l’Amour de Dieu au milieu de ce qui rend l’amour humain parfois si difficile.

            Et puis, il faut bien reconnaître que la famille, à elle seule, même si elle est un lieu primordial d’éducation, ne suffit pas à répondre à toutes les attentes personnelles. L’initiation chrétienne, à sa manière, permet à des enfants de se savoir reconnus et de pouvoir dire leurs convictions et leurs questions.

            Et quand un enfant s’éveille à la foi en Dieu, avec sa liberté d’enfant, et qu’il demande le baptême, quel étonnement, parfois, pour son père et sa mère ! Mais ce genre de situations, qui n’est pas rare, révèle une réalité nouvelle : des enfants et des jeunes sont capables d’éveiller leurs parents au mystère de la foi. Et des parents demandent parfois à bénéficier d’une initiation chrétienne à cause de leurs enfants. Que cela bouscule nos traditions, c’est incontestable ! Mais que cela nous oblige à reconnaître que la découverte et la rencontre de Dieu sont possibles à tout âge de la vie, c’est également un fait réel et qui appelle des initiatives nouvelles.

 

Un travail d’éducation

 

            Ce qui vaut ainsi pour la catéchèse vaut pour tout le travail d’éducation qui s’accomplit dans les aumôneries de jeunes, aussi bien dans l’enseignement catholique que dans l’enseignement public. Merci à ceux et celles qui exercent ce « ministère de confiance », avec tout ce qu’il exige de compréhension, de patience, de délicatesse et, parfois, de courage !

            Car on sait bien les difficultés à affronter : les effectifs des groupes restent faibles, et alors, on est tenté de compter, surtout ceux et celles qui ne sont pas là ! Ou bien les animateurs et les animatrices souffrent de ne pas être soutenus par les autres membres de l’Église. Les pédagogies et les méthodes ne suffisent pas. Il faut aussi de la confiance partagée. Il faut que nos communautés chrétiennes ordinaires, à commencer par nos communautés paroissiales, se reconnaissent comme des communautés éducatives où l’on peut pratiquer le dialogue entre générations, en affrontant des questions fondamentales de vie et de mort, de confiance et d’amour, de liberté et de responsabilité : « Pourquoi vivre ? Pourquoi ne pas se donner la mort ? Comment résister au découragement, au doute sur soi-même, à la peur des autres ? Où trouver des points d’appui qui résistent aux secousses de l’existence ? Et comment aller à la rencontre de Dieu ? Comment connaître Jésus, l’écouter, le prier, se confier à Lui ? »

 

La pastorale sacramentelle au service des personnes

 

            Ce terrain de l’initiation chrétienne est large. Il passe aussi par la préparation aux sacrements du baptême, de la confirmation, du mariage. Je sais le décalage qui peut exister entre ce que propose l’Église et ceux que l’on appelle des « demandeurs de sacrements ». Mais tout acte éducatif oblige à ne pas se mettre à la place des autres, à ne pas deviner à l’avance ce qu’ils pensent ou le chemin qu’ils sont capables de parcourir.

            Et puis, même si nous constatons cette distance qui existe entre nous, qui vivons effectivement notre appartenance au Corps du Christ, et ceux qui demandent des « services » à l’Église, il nous faut voir aussi l’autre face de la même réalité : dans notre société, qui est non seulement indifférente à Dieu, mais souvent aux personnes, l’Église du Christ peut être reconnue comme une institution qui donne la priorité aux personnes. L’initiation chrétienne est inséparable de cette pratique-là, parce que c’est la pratique de Jésus lui-même : il passe et il comprend au-delà des apparences. Il parle à cette femme de Samarie dont la vie conjugale est un échec (Jean 4,1-42). Il s’invite chez le riche Zachée, cet homme si mal vu des autres (Luc 19,1-10). Avant de mourir, il promet à un condamné de droit commun qui se repent d’accéder au paradis de Dieu (cf. Luc 23,43).

            Voilà Dieu parmi nous, en Jésus, Celui qui « vient chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10) ! Voilà les enjeux de toute initiation chrétienne, au service de cette rencontre libératrice avec Lui, le Seigneur ! Ce n’est pas de la pastorale – fiction. C’est la pastorale ordinaire, qui est en même temps extraordinaire, parce qu’elle révèle et communique la victoire de l’Amour de Dieu sur tout le mal du monde.

            Je souhaite que, dans nos communautés ordinaires, dans nos réunions ordinaires, nous puissions nous raconter ces histoires vraies de dialogues réels au cours desquels est apparue, même de façon imperceptible, comme une ouverture à Dieu chez ceux et celles que nous accueillons. Alors, le travail de Dieu se manifeste à travers ces personnes, qui ne sont plus des clients, mais des signes. Cette pratique de l’accueil est déjà sacramentelle, parce qu’elle nous fait entrer dans l’Alliance mystérieuse de Dieu qui nous dépasse et qui passe par nous.





  

VI - DÉPLOYER LA RÉVÉLATION CHRÉTIENNE DE DIEU

  

                Le langage de l'amitié et le langage des signes

 

            Là encore, il vaut mieux commencer par le réalisme. "En qui croyez-vous vraiment ? Qui est votre Dieu ? À quels signes pouvez-vous le reconnaître ?" Ces questions nous sont posées, parfois de façon raisonnable

 

marqués par l'épreuve du mal, accidents, événements dramatiques, cataclysmes destructeurs. Alors il faut faire silence, écouter, être attentif, en sachant très bien que la Révélation de Dieu n'est pas du tout une réponse théorique, puisqu'elle s'accomplit à travers la Pâque de Jésus.

            Et c'est pourquoi, avec le silence de l'amitié, ce qui parle dans ces moments-là, c'est le langage des signes, et tout particulièrement le langage des signes sacramentels, de la liturgie, de la prière, qui ouvrent au mystère de Dieu.

 

                La pratique de la prière 

 

            Il est étrange – ou peut-être compréhensible – que dans ce film déjà évoqué, la simple liturgie des moines ait, avec le silence, une telle place. On voit ces hommes tournés vers la Croix du Christ, la Croix de saint François d’Assise. On les entend chanter des psaumes de supplication et de délivrance. On assiste, à travers l’écran, à la célébration de la messe, avec le geste du pain rompu et de la coupe de vin offerte. Et si ces gestes parlent ainsi au cinéma, c’est parce qu’ils parlent en eux-mêmes et qu’ils parlent le langage du don de Dieu en Jésus Christ.           

            Cela vaut évidemment pour le sacrement de l’Eucharistie. Il nous façonne charnellement. Il fait de nous ce Corps vivant qui témoigne de Dieu en ce monde toujours blessé. Mais cela vaut aussi pour tous ces moments de prière qui sont suscités dans nos rencontres et, d’une façon particulière, dans nos églises.

            Dans nos rencontres : parfois la prière n’est qu’une formalité, mais souvent aussi, elle est une ouverture à Dieu, si brève qu’elle soit ! Et les équipes liturgiques sont très utiles non pas pour boucler un programme, mais pour laisser Dieu se manifester lui-même à travers le climat d’attention, d’écoute, d’amitié qu’elles suscitent !

            Dans nos églises : on parle de leur usage culturel, et l’on a parfois l’impression que ces bâtiments du culte, surtout s’ils datent de l’époque romane, méritent d’être restaurés, mais ne peuvent valoir que si l’on y organise des spectacles, religieux ou profanes ! Je me réjouis de savoir que des élus locaux et des responsables culturels veillent vraiment sur nos églises et nos cathédrales. Et je suis heureux de leur dire la reconnaissance de l’Église.

            Mais il nous faut savoir nous-mêmes que l’initiation chrétienne passe, aujourd’hui, par nos églises : parce que ces pierres, ces fresques, ces statues, ces vitraux continuent à évoquer l’histoire de Dieu avec nous et surtout parce que nous sommes heureux d’ouvrir ces églises pour qu’elles soient au service de la rencontre de Dieu, pour nous-mêmes ou pour des gens de passage, des « pèlerins ». Comme pour le 15 Août, lorsqu’autour de Fléac, tous ceux qui le voulaient pouvaient venir prier un moment dans les églises du secteur en y apportant une fleur ! Ou comme, dans cet autre secteur, lorsque la réalisation des crèches de Noël s’est accompagnée de quelques parcours d’initiation chrétienne, de l’enfant Jésus au Christ ressuscité et vivant !

            Souvent aussi, depuis quelques années, se sont constitués des groupes de prière qui donnent à des personnes très diverses la joie de se tourner vers le Dieu vivant et de se confier à Lui. On ne sait pas assez ces multiples initiatives qui sont prises par des prêtres, des diacres, des religieuses, des laïcs, pour que nous formions effectivement une Église qui prie et qui puise dans la prière la force et la joie de témoigner de Dieu et de vivre de Lui au milieu des autres.



                 La révélation de Dieu passe aussi par nous

 

            Vivre de Dieu au milieu des autres : ce n’est pas un rêve, c’est une responsabilité d’autant plus actuelle que pour beaucoup de personnes, nous sommes et nous serons, même sans le savoir, comme des signes de la présence et de la bienveillance de Dieu.

            « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » dit Dieu lui-même quand il se révèle à Moïse, durant l’exode et la marche vers la Terre promise (cf. Exode 3,6). Autrement dit, Dieu porte le nom des hommes qui ont mis en lui leur foi et leur espérance. Dieu continue à se révéler à travers ceux et celles qui croient en Lui. C’était le pari de Charles de Foucauld, ou des moines de Tibhirine, au milieu des musulmans : « Si cet homme fait preuve de bonté, on dira que son Dieu doit être aussi très bon ! » Et Madeleine DELBRÊL, dans les quartiers ouvriers d’Ivry, apprenait à pratiquer cette « pastorale de la bonté » qui a toujours ses lettres de noblesse et d’authenticité à cause de l’Évangile des Béatitudes : « Heureux les pauvres de cœur ! Heureux les persécutés pour la justice ! Heureux les miséricordieux ! » (cf. Matthieu 5, 3.6-7).

            L’éducation à la bonté fait aussi partie de l’initiation chrétienne, surtout quand les réactions de dureté et de rejet sont si réelles au sein de notre société fragmentée. L’appel à la conversion personnelle en même temps qu’à des relations plus fraternelles fait partie de la vie ordinaire de nos communautés.

 

                Non à une Église à deux vitesses !

 

            On ne peut donc pas accepter qu’il y ait comme une Église à deux vitesses, avec des spécialistes de la prière d’un côté et des spécialistes de l’action, de l’autre, ou, si l’on préfère, une Église spirituelle qui se distinguerait d’une Église engagée dans le monde. D’autant plus qu’à l’heure où « il passe de ce monde à son Père en aimant les siens jusqu’au bout » (Jean 13,1), Jésus a accompli  deux gestes inséparables : le geste liturgique de la fraction du pain, qui fonde le sacrement de l’Eucharistie, et le geste fraternel du lavement des pieds, qui nous appelle à agir dans le monde, comme lui-même a fait pour nous. « Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi » (Jean 13,15).

            C’est cela qui est attendu de nous et de l’Église : non pas que nous nous montrions, mais que nous laissions transparaître la charité du Christ, aussi bien dans les gestes de la liturgie que dans nos actes d’engagement.

 

                Des points sensibles de la foi chrétienne

     

            Cette vérité de Dieu révélée en Jésus Christ ouvre le cœur et l’esprit à une nouvelle compréhension du monde, qui ne doit pas éviter certains points sensibles de la foi chrétienne, et en particulier ce qui concerne le sens de la création, la Résurrection du Christ et l’énigme du mal. On ne peut pas se résigner à ce que l’on aille chercher ailleurs ce qui fait partie de la grande Tradition chrétienne.

 

- Le sens de la Création :

            Ce monde, avec toute son histoire, n’est pas le résultat du hasard et de la nécessité. Bien sûr, nous ne considérons pas le récit de la Genèse comme un traité de physique. Et nous acceptons que l’évolution fasse partie de l’interprétation scientifique du monde. Mais nous continuons à penser raisonnablement que ce monde, tel qu’il est, est porté et comme enveloppé par une Parole qui appelle et qui agit. Cela s’appelle la création : non pas une intervention divine au moment du big-bang, mais une présence vivante et aimante que nous ne pouvons pas imaginer, mais que nous pouvons accueillir si elle s’ouvre à nous. Et ce monde est confié à notre responsabilité non pas pour être exploité, mais pour être développé.

 

- La Résurrection du Christ :

            Le Père créateur s’ouvre à nous. Il nous parle et il se lie à nous, et cette Alliance va se réaliser aussi au plus profond de notre humanité, par un événement inimaginable qui porte un nom : Jésus, le Fils du Dieu vivant, qui est venu « planter sa tente parmi nous » (Jean 1,14) et qui a été rejeté, condamné, mis à mort.

            « Cet homme que vous avez crucifié, dira l’apôtre Simon Pierre aux gens de Jérusalem, au jour de la Pentecôte, Dieu l’a ressuscité d’entre les morts » (Ac. 2,23-24). La Pâque de Jésus devient comme une nouvelle origine du monde et les sacrements de l’Église, du baptême à l’Eucharistie, viennent, chacun à sa manière, inscrire cet événement à l’intérieur de notre humanité. « Si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Lui. Nous le savons en effet : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus, la mort sur lui n’a plus d’emprise. » (Rom. 6,8-9).

            La lumière du cierge pascal n’en finit pas non seulement de nous éclairer, mais de nous attirer vers le Royaume de la Résurrection.

 

- L’énigme du mal

            Nous sommes ici affrontés à un défi permanent. Parce que la mort et le mal sont des réalités très réelles, et aussi des réalités très ambiguës : on les cache en même temps qu’on les montre, surtout si l’on se conforme à la logique médiatique qui s’appuie sur le ressort très puissant de la culpabilité. S’il y a du mal dans le monde, il doit y avoir des coupables du mal. Cherchons-les ! Trouvons-les et dénonçons-les ! Et les méchants ou les coupables, ce sont toujours les autres !

            Le Christ, dans sa Pâque, interrompt de façon radicale cet engrenage du mal. Sur la Croix, il ne crie pas vengeance. Il va jusqu’à l’extrême du don, jusqu’au pardon : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34).

            Croire au Christ crucifié et ressuscité, c’est entrer dans cette révélation de la miséricorde du Père : « Même si notre cœur nous condamnait, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1 Jean 3,20). Et saint Thomas d’Aquin pensait que le pardon de Dieu est un acte aussi important que la création du monde. La question n’est plus : « Qui est coupable du mal ? », mais « Comment faire face à l’énigme et à la puissance du mal avec cette force inouïe du pardon qui vient de Dieu ? »

 

 

 

VII – RECONNAÎTRE ET ADMIRER

 

                Le Christ ressuscité près de nous et en nous

 

            Il est une autre attitude indispensable pour que l’initiation chrétienne puisse elle-même se déployer parmi nous : celle qui consiste à reconnaître ce qui nous est donné par Dieu, à reconnaître et même à admirer, surtout si l’on risque de succomber à la lassitude et au découragement.

            C’est l’expérience de ces personnes que nous rencontrons et qui luttent contre la maladie : de l’extérieur, on peut penser qu’elles subissent l’épreuve, surtout si les traitements se prolongent et que l’incertitude demeure. Mais ces personnes sont aussi capables de découvrir en elles des ressources qu’elles n’imaginaient pas. Une joie véritable germe alors du milieu même du combat à mener. On pourrait se croire vaincu, mais voilà que l’on reconnaît en soi-même Celui qui est plus vivant que nous-mêmes…

            C’est l’expérience des pèlerins d’Emmaüs. Ils ne regardaient d’abord qu’en eux-mêmes, dans leur existence blessée. Leurs yeux « étaient empêchés de reconnaître » ce compagnon qui est venu marcher avec eux, les écouter, leur parler et leur ouvrir les Écritures (cf. Luc 24,16). Ce n’est qu’après avoir été témoins de la fraction du pain qu’ils sortent de leur enfermement et qu’ils reconnaissent cet Inconnu : « alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Luc 24,31). Il faut du temps pour comprendre comment le Christ se révèle à nous, de l’intérieur de nos cœurs fermés, de nos oreilles bouchées, de nos regards parfois désespérés ou aveugles. La reconnaissance et l’admiration s’éveillent alors en nous.

 

 

                Les épreuves et l’action de grâces

 

            Comme cet été, à l’abbaye de Maumont, quand des prêtres sont venus prier avec nos sœurs bénédictines. Les paroles et les silences de la prière créent des relations de confiance et des actes de reconnaissance. Dans tous les sens de ce mot : nous reconnaissons ce qui nous échappait jusque-là, le travail de Dieu en nous, nous nous reconnaissons les uns les autres dans cette lumière, et nous pouvons manifester notre gratitude mutuelle. Nous en avons besoin.

            Un prêtre, qui participait à l’une de ces rencontres, m’a confié ceci : « J’admire, dans notre secteur paroissial, ces hommes et ces femmes qui participent avec nous à la mission de l’Église. Ils comprennent davantage à quel point leur présence est précieuse et ils comprennent mieux notre mission de prêtres. » J’entends encore le premier mot prononcé par ce prêtre : « J’admire », et il voulait dire aussi : « Et je rends grâces ».

            Comme l’apôtre Paul qui souffre, qui lutte, mais qui commence beaucoup de ses lettres par des paroles de reconnaissance. « Je rends grâces à Dieu sans cesse à votre sujet… C’est que le témoignage du Christ s’est affermi en vous. » (1 Cor. 1,4.6). Et les épreuves aussi contribuent à cet affermissement.

           

 

 

VIII – LES SIGNES DE DIEU NE NOUS MANQUENT PAS

 

                La Fraternité trinitaire d’Angoulême

 

            L’Église est là, vivante, priante, aimante, partageant les inquiétudes et la louange, comme dans les psaumes :

                        « Pourquoi te désoler, ô mon âme,

                                   et gémir sur moi ?

                        Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce :

                                   il est mon Sauveur et mon Dieu ! » (Ps 41,6).

 

            À partir de ce mois de septembre 2010, ce psaume, et beaucoup d’autres, seront chantés par les membres de la Fraternité trinitaire que nous accueillons en l’église saint Martial d’Angoulême, dans le centre de notre ville. Les membres de cette Fraternité (prêtre, religieuses et laïcs) vont exercer parmi nous leur double vocation, celle de cette Congrégation fondée au XIIe siècle par saint Jean de Matha : adoration de la Trinité et libération des captifs, c’est-à-dire prière contemplative ouverte au mystère de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint et accueil des personnes blessées et « captives » de ce qui les entrave. Pour ces hommes et ces femmes qui viennent prier et servir parmi nous, c’est une aventure nouvelle qui commence. Et pour nous tous, qui allons les connaître et les rencontrer, c’est un signe de Dieu : un signe de présence et de vie fraternelle.

            Je n’oublie pas tous ces signes de Dieu qui sont là, près de nous, plus ou moins visibles ou plus ou moins cachés. Ces signes sont liés à des présences, à des visages, à des fidélités qui en disent long sur le travail de Dieu dans notre humanité. À nous de reconnaître et d’admirer ces signes !

 

                Cette religieuse reconnue « Juste parmi les nations »

 

            Je pense à cette religieuse qui, dans quelques semaines, sera reconnue publiquement comme « Juste parmi les nations » par la fondation Yad Vashem. En 1944, cette religieuse, sœur saint Cybard, a accueilli et caché, dans l’école sainte Bernadette de Lesterps, une petite fille juive, Josie Lévy Martin. Cette petite fille n’a pas oublié. Bien des années après, elle a écrit un livre pour raconter son histoire (Ne dis jamais ton nom, éditions Le Croît vif, 2007). Quelle aventure, en 1944, que la rencontre entre cette enfant juive et cette religieuse ! Et quel chemin parcouru dans la compréhension entre le monde juif et le monde catholique !

 

                Espérer sans voir ?        

 

            L’apôtre Paul a affirmé que « voir ce que l’on espère, ce n’est plus espérer… Espérer, c’est attendre ce que l’on ne voit pas. » (Rom. 18,24-25). Le frère Christian de CHERGÉ l’a écrit à sa manière, quelques jours avant son enlèvement, en mars 1996 : « Il n’y a d’espérance que là où on accepte de ne pas voir l’avenir… Vouloir imaginer l’avenir, c’est faire de l’espérance fiction. Les apôtres s’inquiétaient parce qu’ils n’avaient qu’un seul pain. Ils ne comprenaient pas que cela suffisait. Nous savons qu’il est le pain. S’il est avec nous, le pain sera multiplié… » (Sept vies pour Dieu et pour l’Algérie, Paris, 1996, p.207).          

            Lisez ou relisez, dans l’Évangile de Marc, ce récit tellement significatif (Marc 8,14-21). Les disciples sont avec Jésus, dans la barque. Ils traversent le lac de Tibériade après une étonnante multiplication des pains. Et soudain, ils oublient tout de cet événement. Le pain va leur manquer, et ils sont saisis d’inquiétude. Jésus s’en aperçoit et leur dit : « Pourquoi discutez-vous parce que vous n’avez pas de pain ? Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le cœur endurci ? » (Marc 8,17).

            Nous aussi, nous savons bien tout ce qui peut nous affaiblir. Jésus ne refuse pas ce réalisme-là. Mais il révèle une autre logique : celle du don, qui déborde infiniment tout calcul. Et cette logique-là, elle a sa force et son efficacité, elle peut être reconnue, parfois au cinéma et surtout dans nos vies, et même dans la vie économique, comme Benoît XVI l’a affirmé dans sa dernière encyclique, en faisant appel au « principe de gratuité et à la logique du don » (Caritas in veritate, n. 36). C’est cela aussi l’initiation chrétienne, et elle nous dépasse, et d’autres en sont pour nous les témoins.

 

            Merci à chacun et chacune de vous qui participez à cette initiation chrétienne de multiples façons ! Osez dire vos convictions et vos espoirs ! Et vous tous, qui lirez cette lettre, merci de comprendre ce qui l’inspire : un grand désir d’être avec vous au service de tous les enfants de Dieu, notre Père à tous, et de la rencontre avec Lui !

 

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême.

Le 14 septembre 2010,

en la Fête de la Croix glorieuse

 

 

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