Le blog de Mgr Claude DAGENS

RIEN NE PEUT FAIRE OBSTACLE À LA MISÉRICORDE DE DIEU. Homélie lors de la messe de Noël à la cathédrale

25 Décembre 2015 Publié dans #Homélies

RIEN NE PEUT FAIRE OBSTACLE À LA MISÉRICORDE DE DIEU. Homélie lors de la messe de Noël à la cathédrale

Ce soir, frères et sœurs, laissez-vous surprendre par Dieu, par Dieu avec nous, Emmanuel, présent et vivant en cet enfant qui vient de naître à Bethléem.

Vous avez choisi de venir participer à l’événement de Noël, ici, dans notre cathédrale. Faites ou plutôt faisons tout ce qui est possible pour que cet événement nous atteigne, nous touche, nous transforme, pas seulement à travers une belle cérémonie, mais comme l’origine d’une nouvelle Alliance, d’une nouvelle relation entre le Père des miséricordes et notre humanité commune, telle qu’elle est, inquiète, parfois très dure, et parfois très fragile.

Tout, dans l’événement de Noël, révèle ce que Dieu veut faire avec nous en nous donnant son Fils. Lui, le Seigneur, il ne se résigne jamais à ce qui fait obstacle à sa miséricorde. Il ne renonce jamais à nous donner les signes de son engagement à Lui.

Tout commence par le mystère de cette naissance. Mystère : cela ne veut pas dire ce qui resterait incompréhensible. Le mystère, c’est ce que les yeux et le cœur perçoivent au-delà des apparences. Et les enfants sont souvent nos maîtres dans cet art de comprendre ce qui reste invisible. Ils savent bien, eux, et nous comme eux, lorsque l’on est vraiment aimé et que l’on n’a pas besoin de se le dire. Et ils savent aussi, comme nous, lorsque l’on n’est pas aimé, que l’on ne compte pas vraiment pour les autres et que les autres deviennent des rivaux ou des menaces.

Mais dans l’événement de Noël, Dieu vient renverser la logique du monde. Et il le dit dans le silence : devant la crèche, on ne se perd pas en paroles inutiles, on ouvre les yeux, on regarde, on écoute, comme lorsque des jeunes parents, ou de jeunes enfants, découvrent ce bébé qui vient de sortir du ventre de sa mère, et qu’il ouvre à peine ses yeux. Il est là et il vit. Alors on ne calcule pas, on est saisi par le mystère de ce petit corps, de cette vie qui s’ouvre au monde, de tout ce qui commence à partir d’une naissance. En cet enfant né de Marie, Jésus, Dieu est là et il est vivant.

Mais le plus beau et le plus étonnant, c’est que cette naissance est un engagement définitif de Dieu avec nous. Lui ne cessera plus jamais de demeurer avec nous et de nous appeler à reconnaître son Fils comme l’un d’entre nous, pétri de notre humanité, et, plus encore, vainqueur, de façon désarmée, de tout ce qui, en nous, résiste à sa miséricorde. « Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. »

Je me souviens, il y a quelques années, à la maison d’arrêt d’Angoulême, une femme qui y était détenue, après avoir entendu ces paroles de vérité et de vie, a réagi aussitôt avec passion : « Nous racheter de toutes nos fautes ! Comment est-ce possible ? »

J’ai admiré cette réaction spontanée. Cette femme savait s’étonner de Dieu. Elle était touchée par ce qui est le cœur de la révélation et de la nouveauté chrétiennes : Dieu ne se résigne jamais à ce qui, en nous et dans notre monde, résiste à sa miséricorde, à cette force douce qu’il déploie en son Fils, pour des hommes et des femmes comme nous, sachant assez bien ce qui nous fait mal à nous-mêmes et le mal que nous pouvons faire aux autres.

La naissance de Jésus est le premier acte de cette victoire insensible de Dieu sur tout ce qui nous ferme à Lui en nous repliant sur nous-mêmes. L’enfant de la crèche, par sa seule présence, fait tomber doucement toutes nos résistances.

Même si nous doutons de Dieu et de son action ! Mais Lui ne doute pas de nous. Il n’a rien fait pour que le caravansérail de Bethléem lui soit ouvert. Il n’a pas maudit les gens qui ont repoussé Marie et Joseph. Il a préféré la grotte des bergers ouverte à tous, et même à l’âne et au bœuf de la légende. Et François d’Assise, une nuit de Noël, à Greccio, sera heureux de danser en tenant l’enfant Jésus dans ses bras.

Quant à la violence des hommes, Dieu la connaît aussi. Tant de guerres, tant de captivités, tant d’exils ont parfois découragé son peuple. Et le Messie ne venait pas ! Et les promesses de Dieu ne se réalisaient pas ! Et le pire, c’est que l’on pouvait penser, comme nous, à certaines heures : « C’est le mal qui a le dernier mot ! Le bien n’existe pas ! La seule loi du monde, c’est celle de la jungle ! Battons-nous et cherchons à dominer et à écraser les autres ! » La miséricorde de Dieu s’oppose radicalement à cette logique : elle ne la détruit pas violemment, elle vient la dissoudre.

Nous sommes entrés dans une année de la miséricorde, voulue par le pape François ! Ce n’est pas le moment de nous lamenter ! C’est le moment de franchir en nous-mêmes, et avec les autres, ces seuils que Dieu vient franchir lui-même, en passant devant nous : de la peur à la foi, de la violence à la réconciliation, et surtout à la joie de devenir avec l’Église entière, non pas des donneurs de leçons abstraites, mais des témoins de cet événement de naissance : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Le mal n’a pas le dernier mot, parce qu’au cœur-même de notre humanité, le Père des miséricordes ne cesse pas d’agir.

+ Mgr Claude DAGENS

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