Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE MYSTÈRE DE LA VIE HUMAINE SOUS LE SIGNE D'ÈVE, D'ÉLIZABETH ET DE MARIE. Eucharistie en l'église N-D d'Obezine en la fête de l'Immaculée Conception, 7 décembre 2012

10 Décembre 2012 Publié dans #Homélies

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             Sur le chemin de Noël, la Parole de Dieu nous conduit aux sources du mystère et du don de la vie humaine, en évoquant trois femmes qui vont devenir mères : Ève, la « mère des vivants », Élizabeth, l’épouse du prêtre juif Zacharie, et Marie de Nazareth, conçue sans péché et mère de Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant.

            Pour chacune de ces trois femmes, la naissance de leur enfant est inséparable de leur relation à Dieu. Ce qui veut dire au moins que la foi juive et la foi chrétienne établissent un lien intime entre le mystère du Dieu vivant et le mystère de la vie humaine. Mais de façons très différentes.

            Ève, l’épouse d’Adam, va devenir la mère de Caïn et d’Abel après cet événement de rupture avec Dieu que nous appelons le « péché originel ». Cette rupture est grave, elle est présente à l’intérieur de notre humanité. Ce n’est pas Dieu qui se serait séparé de nous. C’est l’homme, l’homme et la femme, qui ont cru pouvoir se mettre à la place de Dieu, en se méfiant de lui et en imaginant qu’il serait leur rival. Ils ont rêvé d’être les maîtres de la création, ils ont refusé leur finitude et ils se sont condamnés eux-mêmes à leur condition déchue. Mais la naissance de Caïn et d’Abel n’est pas du tout une malédiction. Au contraire : toute naissance est une bénédiction. L’enfant qui vient au monde est toujours un signe d’espérance. Quelles que soient les conditions de son origine, il est un enfant de Dieu, tout en naissant de ses parents. Nous appartenons tous à cette humanité bénie de Dieu, le Père des cieux qui ne renonce jamais à faire de nous ses enfants adoptifs. L’adoption divine, qu’évoque avec tant de passion l’apôtre Paul, a sa source dans un projet qui nous dépasse, et aucun trouble biologique, aucune rupture des relations humaines n’interdit ce don fondateur.

            Zacharie et ElisabethMais même si nous naissons comme hommes et femmes en ce monde, cette identité humaine reliée aux corps d’un père et d’une mère n’est pas seulement de nature biologique. La sexualité humaine n’est pas un domaine séparé des réalités spirituelles, et les couples stériles le savent bien. Ils sont comme Zacharie et Élizabeth. Ils attendent. Ils espèrent. Ils peuvent adopter des enfants venant d’ailleurs. Et parfois, l’inespéré s’accomplit : la vie est donnée et, même si elle demeure un phénomène charnel, une réalité biologique, elle est aussi révélatrice d’un don qui vient de plus haut. Il suffit de voir des parents regarder leur enfant nouveau-né : ils font silence, ils s’émerveillent et l’enfant qui est né d’eux est reconnu comme porteur d’une promesse. Il vient parfois réveiller chez ses géniteurs cette tendresse désarmée dont ils ne se croyaient plus capables. Quelle joie de reconnaître ainsi la vie humaine comme un don qui appelle !

            Et puis, voici Marie de Nazareth, promise en mariage à Joseph ! Et voici qu’elle est enceinte, et Joseph ne le sait pas ! Mais elle, Marie, elle sait que cet enfant qu’elle porte en elle, tout en étant destiné à venir au monde, il est né de Dieu, du dessein de Dieu qui désire renouveler l’humanité du dedans d’elle-même, non pas par un acte magique, mais par un engendrement qui n’ignore rien de la chair et du sang.

            Et Jésus, le fils de Marie, sera adopté par Joseph, et l’un et l’autre se préparent déjà à découvrir en lui ce qu’ils n’avaient jamais imaginé : le Verbe créateur de Dieu est devenu chair de notre chair, il vient se lier pour toujours à notre condition humaine, il prend tout sur lui de ce qui marque notre histoire, de la naissance à la mort. Il ne veut pas que les lois de ce monde aient le dernier mot. Il ne se résigne pas à cet instinct d’autocréation et aussi d’autodestruction qui nous habite.

            Lisez le dernier prix Goncourt, ce roman superbement écrit et pourtant terrifiant où les processus de décomposition sont les plus forts, où la chute de Rome devient le symbole de toutes les horreurs qui hantent notre imagination et parfois nos vies personnelles et familiales : « Le monde était vaincu par les ténèbres et il n’en resterait rien, pas un seul vestige. À nouveau, la voix du sang montait vers Dieu, dans la jubilation des os brisés, car nul homme n’est le gardien de son frère. » (Jérôme FERRARI, Sermon sur la chute de Rome, p.191).

            Et bien non ! La rupture originelle et le crime de Caïn ne sont pas le dernier mot du monde, parce que ce monde parfois si cruel demeure habité par l’Amour vainqueur du Père des cieux ! Car « dans le Christ, Dieu nous a d’avance destiné à devenir son peuple : car lui qui réalise tout ce qu’il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui avaient espéré dans le Christ à la louange de sa gloire. »

            Voilà les raisons chrétiennes qui justifient notre combat pour la dignité de toute vie humaine, contre vents et marées ! C’est un combat positif, résolu et qui remet à leur place tous les combats secondaires !

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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