Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE CATÉCHISME DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE FRUIT DU CONCILE VATICAN II ET DE LA TRADITION CHRÉTIENNE. Conférence prononcée par Mgr Dagens, à Angoulême, le 10 décembre 2012

14 Décembre 2012 Publié dans #Conférences

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I – VINGT ANS APRÈS (1992-2012)

 

            Nous sommes entrés dans l’année de la foi et la foi passe par la mémoire, et la rencontre de ce jour est un acte de mémoire. Nous avons des anniversaires à célébrer. Ils rythment la vie de l’Église catholique. Souvenons-nous.

-  11 octobre 1962 : le bienheureux pape Jean XXIII ouvre à Saint-Pierre de Rome le Concile œcuménique Vatican II. Il lui assigne un but positif, en expliquant qu’il ne s’agit pas seulement de défendre la foi catholique, en condamnant des erreurs, mais de la proposer et de la présenter d’une façon renouvelée, qui réponde aux besoins et aux attentes de l’époque moderne. C’était il y a cinquante ans.

- 11 octobre 1992 : le bienheureux pape Jean-Paul II, par la constitution apostolique Fidei depositum, promulgue le Catéchisme de l’Église catholique qui avait été demandé par le Synode extraordinaire de 1985, lequel avait souhaité « que l’on compose un catéchisme ou compendium de toute la doctrine catholique aussi bien en matière de foi que de morale, afin qu’il soit comme un point de référence pour les catéchismes ou compendiums préparés dans les différentes régions. La présentation de la doctrine doit être biblique et liturgique. Il doit s’agir d’une saine doctrine adaptée à la vie actuelle des chrétiens. »

Le travail fut entrepris par une commission présidée par le cardinal Joseph RATZINGER et sept ans plus tard, en 1992, ce texte souhaité paraissait dans sa version française, qui est la version officielle, avant même la version latine.

 Ce document historique composé de 2865 articles distribués en quatre grandes parties (1. La profession de foi, 2. La célébration du mystère chrétien, 3. La vie dans le Christ, 4. La prière dans la vie chrétienne) a été un succès de librairie : 550 000 exemplaires vendus en France en sept ans. Mais il n’est pas sûr qu’il ait été véritablement reçu, assimilé, compris non pas seulement comme une référence respectable, mais comme un instrument de réflexion et de travail. Ce n’est pas le moment d’analyser les raisons de cette réception insuffisante.

C’est l’heure d’une réception renouvelée, vingt ans après, alors que l’Église catholique s’engage dans une évangélisation renouvelée, qui exige d’aller aux sources de la foi reçue des apôtres pour que cette foi soit professée, célébrée, pratiquée et priée dans des conditions nouvelles, après les ruptures de traditions que nous avons connues depuis cinquante ans et avec la conscience actuelle d’avoir à nous ouvrir à la joie de croire en Dieu.

Voici donc ce catéchisme de 1992 dans son édition définitive de 2012, accompagnée d’index très précieux, avec la liste des références bibliques et des écrivains ecclésiastiques sur lesquels il s’appuie, et surtout avec un guide de lecture en vingt-trois points qui aide  beaucoup à l’exploration de ce document très riche.

Un peu comme une forêt, dans laquelle nous sommes invités à entrer, en évitant de nous perdre, et surtout en cherchant à nous arrêter aux endroits significatifs, là où s’élèvent des arbres magnifiques, là où s’ouvrent des clairières théologiques et spirituelles, là où il est bon de respirer le grand air de la Tradition chrétienne.

 Mon rôle est de vous inciter à cette découverte renouvelée et à vous y guider. Je le ferai en trois temps :

- En essayant de déterminer le genre littéraire de ce catéchisme, ce qu’il n’est pas et ce qu’il est, et à quoi il doit servir pour l’éducation de la foi et les éducateurs de la foi.

- En précisant la manière de lire ce texte, d’une façon qui corresponde à sa conception et à sa construction, en indiquant les exigences d’une lecture intelligente et chrétienne.

- En parcourant les grands chemins de cette forêt, en cherchant à y repérer les affirmations essentielles, celles qui balisent et structurent le contenu de la foi et de la vie chrétiennes.

 


 

II – CE CATÉCHISME EST AU SERVICE DE L’INTELLIGENCE ET DE L’ÉDUCATION DE LA FOI

 

           Pour comprendre ce que n’est pas et ce qu’est ce grand catéchisme, il suffit d’affirmer qu’il est au service de l’intelligence et de l’éducation de la foi. Il répond à des questions incontournables : « Qu’avons-nous à croire ? Qu’avons-nous à vivre ? Qu’avons-nous à transmettre ? » Nous sommes donc appelés à le découvrir à partir de sa finalité et de son genre littéraire, en précisant en négatif et en positif ce qu’il faut y chercher.

 

 

1.      Ce qu’il n’est pas

 

Il n’est pas un dictionnaire de la foi catholique et du vocabulaire de la foi où l’on trouverait des définitions précises concernant la création de Dieu, la résurrection du Christ, les effets du baptême ou de la confirmation. Ces définitions s’y trouvent, mais prises dans un mouvement d’ensemble qui n’est pas celui d’un dictionnaire, mais d’un déploiement de la foi.

On n’y trouvera pas non plus une sorte d’encyclopédie du catholicisme, avec des cartes, des tableaux, des statistiques, même si les index placés à la fin sont très intéressants, surtout quand ils indiquent les références des textes bibliques (c’est saint Paul qui domine avec la Lettre aux Romains et la Première aux Corinthiens, après l’Évangile de Jean et celui de Matthieu, et pour l’Ancien Testament, les Psaumes et le prophète Isaïe). Et l’on y trouve aussi les Pères de l’Église, surtout saint Augustin avant saint Thomas d’Aquin, et plusieurs saints et saintes de France : Jeanne d’Arc, Jean Eudes, Jean-Marie Vianney et Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Et que l’on n’y cherche pas non plus une somme de théologie catholique, même abrégée en 600 pages : bien entendu, ce catéchisme connaît les grands débats qui, depuis vingt siècles, ont porté sur l’identité du Christ, les effets du péché originel ou la portée de l’infaillibilité pontificale. Mais tout ce travail de la pensée théologique est digéré et dépassé pour aboutir à des affirmations claires et approfondies, situées dans un ensemble organique.

 

 

2.      Ce qu’il est

 

Car tels sont bien l’intention et le genre littéraire de ce catéchisme : il s’agit d’une présentation globale et organique de la foi reçue des apôtres, du mystère de la foi chrétienne en Dieu dont le cœur est le mystère du Christ professé, célébré, vécu, et inspirant la prière des croyants.

Ce n’est pas à proprement parler une synthèse, c’est plutôt un déploiement d’ensemble qui montre que la foi en Dieu n’est pas faite d’éléments indépendants les uns des autres. Au contraire : tout se tient dans cet ensemble, le Credo, les sept sacrements, les dix commandements et les sept demandes du Notre Père. Lex credendi, lex orandi : la loi de la foi, c’est la loi de la prière. Ce qui commande et constitue la foi, c’est ce qui commande et constitue la prière. On ne peut vivre de la loi du Christ que si l’on connaît le Christ, et on ne peut pas croire au Christ sans participer à la célébration du mystère du Christ et sans pratiquer ses commandements.

 De sorte que l’on peut circuler dans cette forêt du catéchisme sans s’y perdre, précisément parce que ce n’est pas un traité de théologie que l’on pourrait lire sans y adhérer : c’est une invitation permanente à entrer dans le mystère de la foi.

 

Et l’on comprend alors que ce catéchisme relie étroitement l’intelligence de la foi et l’éducation de la foi. Il est ainsi au service de tous les baptisés et tout particulièrement de tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, désirent transmettre la foi. Ce catéchisme est la référence majeure de toute véritable catéchèse.

« Dans la catéchèse, il importe de révéler en toute clarté la joie et les exigences de la voie du Christ. La catéchèse de la vie nouvelle en Lui sera : une catéchèse du Saint Esprit, doux hôte et ami qui inspire, conduit, rectifie et fortifie cette vie, une catéchèse de la grâce, une catéchèse des Béatitudes, car la voie du Christ est résumée dans les Béatitudes, une catéchèse du péché et du pardon, une catéchèse des vertus humaines et des vertus chrétiennes, une catéchèse du double commandement de la charité déployé dans le Décalogue, une catéchèse ecclésiale, car c’est dans la communion des saints que la vie chrétienne peut croître, se déployer et se communiquer.

La référence première et ultime de cette catéchèse sera toujours Jésus Christ lui-même qui est “le chemin, la vérité et la vie” (Jean 14,6). » (n°1697, p.366).

Telle est l’introduction de la troisième partie qui porte sur « La vie dans le Christ », autrement dit sur la morale chrétienne dont on aura compris qu’elle n’est pas du tout un catalogue de ce qui serait permis et de ce qui serait défendu. Bref, il faut entrer dans ce catéchisme comme on entre dans une maison très vaste et très accueillante, une maison qui a une âme.

 

 


III – POUR UNE LECTURE INTELLIGENTE ET FIDÈLE À LA TRADITION CHRÉTIENNE

 

1.      Les lectures déconseillées

 

Ayant reçu ce catéchisme et ayant compris sa finalité, il s’agit de le lire de façon intelligente. Car on peut très bien l’avoir acheté et ne pas le lire ou le lire d’une façon inintelligente.

Quelles sont donc tout d’abord les lectures à déconseiller ?

Il faut d’abord surmonter la tentation d’une lecture sélective, en fonction de laquelle on irait chercher les points les plus controversés de la foi et surtout de la morale chrétienne. Lors de la parution, en 1992, certains ont succombé à cette tentation. Qu’est-il dit du péché originel, et surtout de la peine de mort, de l’avortement, de la contraception, de l’homosexualité ?

Mais puisque ce dernier sujet est aujourd’hui à la mode, on peut se référer au catéchisme et l’on sera peut-être surpris d’y lire ceci :

 « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils ne choisissent pas leur condition homosexuelle. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la Croix les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. » (n°2358, p.484)

 

Mais ce qui ne vaudrait pas mieux qu’une lecture sélective, qui séparerait la morale de la foi chrétienne, ce serait une lecture systématique, à partir de laquelle on considérerait ce catéchisme comme un traité de théologie qui réunirait toutes les grandes données de la foi et des dogmes. On passerait alors à côté de l’essentiel : l’essentiel, c’est la présentation organique, qui fait tenir ensemble les affirmations du Credo, la célébration des sacrements, les exigences propres aux dix commandements et les paroles du Notre Père.

Tout ce qui est écrit dans ce catéchisme est l’écho de la grande Tradition chrétienne, qui a sa source dans la Révélation de Dieu, dans la Parole de Dieu, dans l’Écriture sainte et dans le travail permanent de l’Esprit Saint à l’intérieur de l’Église qui croit, qui prie, qui agit et qui appelle les baptisés à vivre de Dieu en ce monde. C’est le sens de cet appel venant du pape saint Léon (au Ve siècle) qui ouvre la troisième partie (La vie dans le Christ) :

« Chrétien, reconnais ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne dégénère pas en revenant à la déchéance de ta vie passée. Rappelle-toi à quel Chef tu appartiens et de quel Corps tu es membre. Souviens-toi que tu as été arraché au pouvoir des ténèbres pour être transféré dans la lumière et le Royaume de Dieu. » (n°1691, p.365).

 

 

2.      Les lectures recommandées

 

Après avoir indiqué les lectures à déconseiller, il est facile de préciser les lectures à recommander, et surtout une lecture intelligente et fidèle à la Tradition chrétienne.

L’essentiel, c’est d’accepter que la foi ne soit pas un cri, qui refuserait le travail de la raison. La foi chrétienne en Dieu n’est pas irrationnelle. Elle n’est pas faite non plus de bons sentiments, elle ne renvoie pas chaque croyant à ses préférences ou à ses obsessions individuelles. Elle a un contenu, elle est porteuse d’une logique qui est celle de Dieu quand il sort de lui-même pour se révéler à nous à travers l’histoire du salut et en nous appelant à la vie éternelle.

Ce contenu de la foi – et nous voici au point central – n’est pas une invention humaine. Il découle d’une source et cette source passe par deux canaux inséparables l’un de l’autre : l’Écriture et la Tradition, et il est facile de montrer que ce catéchisme de 1992 est profondément fidèle aux grandes affirmations de la Constitution conciliaire Dei Verbum qui porte sur la Révélation divine.

C’est la Bible, considérée comme un texte unique et unifié, qui est la règle de notre foi. La vérité à laquelle nous adhérons, en laquelle nous mettons notre foi, est liée au canon des Écritures, considéré dans son ensemble et dans sa totalité comme règle de notre foi. La Sainte Écriture, la Sainte Tradition et le Magistère de l’Église, qui est l’interprète de la Tradition, constituent un ensemble vivant et aucun des éléments de cet ensemble ne tient sans les autres.

C’est à partir de cette grande perspective théologique que ce catéchisme de 1992 a été conçu, construit et rédigé.

« La Sainte Écriture est la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit. Quant à la sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité. » (n°81, p.31-32, citant Dei Verbum 9).

Et un peu plus loin : « “La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ”, c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome. » (n°85, p.32, citant Dei Verbum 10).

Il est juste de dire que ce Catéchisme de l’Église catholique est le fruit du Concile Vatican II, en tant que celui-ci a remis en valeur cette conception traditionnelle de la Tradition de l’Église, qui ne la réduit pas à des énoncés théologiques, mais qui la relie au grand mouvement de la Révélation divine à travers l’histoire.

À partir de cette perception d’ensemble, on comprend que le catéchisme est non seulement l’expression de la foi catholique, mais aussi l’expression de l’Église tout entière qui, à travers le monde, et dans un même mouvement, a pour mission de professer le Credo, de célébrer les sacrements, de vivre les Béatitudes et d’animer la prière du peuple des baptisés.

 

 

 

IV – EXPLORER L’UNIVERS DE LA FOI

 

            Je vais maintenant explorer l’univers de la foi, en parcourant cette grande forêt du catéchisme. J’y ferai des haltes, à des endroits significatifs. Vous pourrez choisir d’autres haltes. L’important est de marcher, de respirer, de lire, d’écouter, de laisser ces grandes affirmations de la Tradition chrétienne retentir en nous.  

Je ferai ce parcours en suivant les grands chemins déjà tracés, ceux des quatre parties qui structurent cette construction ou cet espace.

 

 

1.      La profession de foi

 

Tout y est dit, sous une forme ramassée qui été voulue ainsi à l’intention des catéchumènes et des baptisés. Et ces formules ramassées nous renvoient aux origines chrétiennes, avec la profession de foi baptismale et ce que l’on appelle les « symboles de la foi » :

 « Dès l’origine, l’Église apostolique a exprimé et transmis sa propre foi en des formules brèves et normatives pour tous (cf. Rom. 10,9 ; 1 Cor. 15,3-5). Mais très tôt déjà, l’Église a aussi voulu recueillir l’essentiel de la foi en des résumés organiques et articulés, destinés surtout aux candidats au baptême. » (n°186, p.51).

« On appelle ces synthèses de la foi “professions de foi” puisqu’elles résument la foi que professent les chrétiens. On les appelle “Credo” en raison de ce qui est normalement la première parole : “Je crois”. On les appelle également “symboles de la foi”. » (n°187, p.51).

Au sujet de l’histoire et de la structure de ces symboles de la foi, je vous recommande le livre du Père Henri de LUBAC, La foi chrétienne. Essai sur la structure du symbole des apôtres (Paris, 1970). C’est une exploration magnifique de ce processus de la formulation de la foi, du symbole baptismal des origines au symbole des apôtres, en passant par les divers Credo.

 

Et j’en viens aux contenus essentiels de la foi concernant le Père créateur, le Fils de Dieu Sauveur et l’Esprit Saint sanctificateur.

J’admire la façon dont les rédacteurs parviennent non seulement à formuler théologiquement leurs affirmations, mais à les rendre parlantes pour les croyants d’aujourd’hui.

Ainsi pour la création qui n’est sans doute pas facile à expliquer pour les catéchistes :

« La catéchèse sur la création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée : “D’où venons-nous ?” “Où allons-nous ?” “Quelle est notre origine ?” “D’où vient et où va tout ce qui existe ?” Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir. » (n°282, p.68).

Et un peu plus loin sur l’homme créé par Dieu et sur le fondement de sa dignité :

« Parce qu’il est à l’image de Dieu, l’individu humain a la dignité d’une personne : il n’est pas seulement quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes, et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place. » (n°357, p.82).

 

La deuxième partie du Credo, consacrée à Jésus Christ, le Fils, est évidemment la plus développée, elle s’étend sur plus de cinquante pages. Je ne retiens que le plus émergent, ce qui concerne l’incarnation et la résurrection.

Sur l’incarnation : « L’événement unique et tout à fait singulier de l’Incarnation du Fils de Dieu ne signifie pas que Jésus-Christ soit en partie Dieu et en partie homme, ni qu’il soit le résultat d’un mélange confus entre le divin et l’humain. Il s’est fait vraiment homme en restant vraiment Dieu. Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme. Cette vérité de foi, l’Église a dû la défendre et la clarifier au cours des premiers siècles face à des hérésies qui la falsifiaient. » (n°464, p.103).

Sur la résurrection, c’est un passage splendide : « “O nuit, chante l’Exsultet de Pâques, toi seule as pu connaître le moment où le Christ est sorti vivant du séjour des morts” (MR, Vigile Pascale). En effet, personne n’a été le témoin oculaire de l’événement même de la Résurrection et aucun évangéliste ne le décrit. Personne n’a pu dire comment elle s’était faite physiquement. Moins encore son essence la plus intime, le passage à une autre vie, ne fut perceptible aux sens. Événement historique constatable par le signe du tombeau vide et par la réalité des rencontres des apôtres avec le Christ ressuscité, la Résurrection n’en demeure pas moins, en ce qu’elle transcende et dépasse l’histoire, au cœur du mystère de la foi. » (n°647, p.143).

Et pour que le troisième de la Trinité, l’Esprit Saint, ne soit pas jaloux, je mentionne quelques affirmations qui mettent en relief sa mission : « L’Esprit prépare les hommes, les prévient par sa grâce, pour les attirer vers le Christ. Il leur manifeste le Seigneur ressuscité, Il leur rappelle sa parole et leur ouvre l’esprit à l’intelligence de sa Mort et de sa Résurrection. Il leur rend présent le mystère du Christ, éminemment dans l’Eucharistie » (n°737, p.163).

 

 

2.      La célébration du mystère chrétien

 

Nous voici à la seconde partie, celle qui concerne l’actualisation du mystère pascal dans l’Église, à travers la liturgie et les sept sacrements, qui sont eux-mêmes répartis en trois catégories : les sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, eucharistie), les sacrements de guérison (pénitence et onction des malades), les sacrements du service de la communion (ordre et mariage).

Au sujet du baptême, on insiste sur les étapes de l’initiation :

« Devenir chrétien, cela se réalise dès les temps des apôtres par un cheminement et une initiation à plusieurs étapes. Ce chemin peut être parcouru rapidement ou lentement. Il devra toujours comporter quelques éléments essentiels : l’annonce de la Parole, l’accueil de l’Évangile entraînant une conversion, la profession de foi, le Baptême, l’effusion de l’Esprit Saint, l’accès à la communion eucharistique. » (n°1229, p.269)

Au sujet de la confirmation, l’un des sacrements que je pratique assez souvent en le donnant, j’aime cette insistance sur le geste de l’onction de l’huile :

« L’onction, dans la symbolique biblique et antique, est riche de nombreuses significations : l’huile est signe d’abondance et de joie, elle purifie […] et elle rend souple […] ; elle est signe de guérison, puisqu’elle adoucit les contusions et les plaies et elle rend rayonnant de beauté, de santé et de force. » (n°1293, p.279)

Au sujet de l’Eucharistie, le catéchisme insiste sur l’assemblée présidée par le Christ :

« Les chrétiens accourent dans un même lieu pour l’assemblée eucharistique. À sa tête le Christ lui-même qui est l’acteur principal de l’Eucharistie. […] C’est en Le représentant que l’évêque ou le prêtre (agissant [en la personne du Christ Tête]) préside l’assemblée, prend la parole après les lectures, reçoit les offrandes et dit la prière eucharistique. » (n°1348, p.291)

Au sujet du sacrement de pénitence, il est situé dans l’ensemble de la mission de l’Église :

« Le Christ a voulu que son Église soit tout entière, dans sa prière, sa vie et son agir, le signe et l’instrument du pardon et de la réconciliation qu’Il nous a acquis au prix de son sang. Il a cependant confié l’exercice du pouvoir d’absolution au ministère apostolique. Celui-ci est chargé du “ministère de la réconciliation” (2 Co 5, 18). L’apôtre est envoyé “au nom du Christ”, et “c’est Dieu lui-même” qui, à travers lui, exhorte et supplie : “Laissez-vous réconcilier avec Dieu”(2 Co 5, 20). » (n°1442, p.310)

Au sujet dusacrement de l’ordre et du sacerdoce, cette mise en perspective de grande importance :

« “Cette charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service” (LG 24). Il est entièrement référé au Christ et aux hommes. Il dépend entièrement du Christ et de son sacerdoce unique, et il a été institué en faveur des hommes et de la communauté de l’Église. » (n°1551, p.332)

Au sujet du mariage, cette autre mise en perspective théologale : « En voyant l’Alliance de Dieu avec Israël sous l’image d’un amour conjugal exclusif et fidèle, les prophètes ont préparé la conscience du Peuple élu à une intelligence approfondie de l’unicité et de l’indissolubilité du mariage. » (n°1611, p.344)

Et encore au sujet du mariage, cette insistance sur la liberté du consentement : « Les protagonistes de l’alliance matrimoniale sont un homme et une femme baptisés, libres de contracter le mariage et qui expriment librement leur consentement. » (n°1625, p.347)

 

 

3.      La vie dans le Christ

 

Toute la seconde section de cette partie porte sur les dix commandements et leurs exigences dans la vie chrétienne. Mais il ne faut pas perdre de vue la première section qui, elle, présente la dynamique intérieure à l’existence chrétienne, à partir de notre vocation au bonheur, à la béatitude, à la vie heureuse, dans le sillage des Béatitudes :

« Les béatitudes dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité ; elles expriment la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa Résurrection ; […] elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l’espérance dans les tribulations ; elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples ; elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints. » (n°1717, p.370)

Au sujet de la conscience morale, je retiens cette citation superbe tirée d’une lettre de Newman au duc de Norfolk :

« La conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance ... Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ. » (n°1778, p.380) 

Au sujet des quatre vertus cardinales (prudence, justice, force et tempérance), je souligne cette belle présentation de la première, la prudence : « Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est dite auriga virtutum : elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. » (n°1806, p.384).

Au sujet de la troisième des vertus théologales, la charité, voici comment est indiquée sa pratique : « La pratique de la vie morale animée par la charité donne au chrétien la liberté spirituelle des enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un fils qui répond à l’amour de “celui qui nous a aimés le premier” (1 Jn 4, 19) » (n°1828, p.388).

Tout un chapitre de cette section porte sur la vie sociale et la participation des chrétiens à la vie sociale. Le catéchisme y met en relief les fondements anthropologiques de cette participation, et notamment en ce qui concerne le respect de la personne humaine :

« Le respect de la personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de créature. Ces droits sont antérieurs à la société et s’imposent à elle. Ils fondent la légitimité morale de toute autorité : en les bafouant, ou en refusant de les reconnaître dans sa législation positive, une société mine sa propre légitimité morale. Sans un tel respect, une autorité ne peut que s’appuyer sur la force ou la violence pour obtenir l’obéissance de ses sujets. Il revient à l’Église de rappeler ces droits à la mémoire des hommes de bonne volonté, et de les distinguer des revendications abusives ou fausses. » (n°1930, p.404).

 

 

4.      La prière dans la vie chrétienne

 

Cette quatrième partie est consacrée à la prière dans la vie chrétienne. Elle est souvent magnifique, à la fois réaliste et parsemée de très beaux textes qui ont valeur de témoignage, de saint Augustin à sainte Thérèse de Lisieux.

Je n’en retiendrai que deux passages. Le premier appelle à prier chaque jour, dans le quotidien de nos existences :

« Prier dans les événements de chaque jour et de chaque instant est l’un des secrets du Royaume révélés aux “tout-petits”, aux serviteurs du Christ, aux pauvres des béatitudes. Il est juste et bon de prier pour que la venue du Royaume de justice et de paix influence la marche de l’histoire, mais il est aussi important de pétrir par la prière la pâte des humbles situations quotidiennes. Toutes les formes de prière peuvent être ce levain auquel le Seigneur compare le Royaume. » (n°2660, p.543)

 

L’autre passage se trouve à la fin de ce catéchisme. Il est un commentaire de la dernière demande du Notre Père : « Délivre-nous du mal ». Et voici ce commentaire en forme d’appel :

« En demandant d’être délivrés du Mauvais, nous prions également pour être libérés de tous les maux, présents, passés et futurs, dont il est l’auteur ou l’instigateur. Dans cette ultime demande, l’Église porte toute la détresse du monde devant le Père. Avec la délivrance des maux qui accablent l’humanité elle implore le don précieux de la paix et la grâce de l’attente persévérante du retour du Christ. En priant ainsi, elle anticipe dans l’humilité de la foi la récapitulation de tous et de tout en Celui qui “détient la clef de la Mort et de l’Hadès” (Ap 1, 18), “le Maître de tout, Il est, Il était et Il vient” (Ap 1, 8). » (n°2854, p.583)

 

Il me reste à terminer par un acte d’espérance plus limité. J’espère que ma présentation de ce catéchisme catholique aura pour vous valeur d’introduction et d’encouragement. Saisissez-vous de ce document majeur ! Découvrez-le, si possible avec d’autres, et en vous servant du guide de lecture qui lui a été joint ! Choisissez telle ou telle de ses parties, et entrez-y, comme on entre dans un univers très riche, très beau où brille la lumière de la foi, la lumière du Christ, celle que nous accueillerons bientôt ! 

 

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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