Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'ACCUSÉ, C'EST JÉSUS. Homélie lors de la messe du Saint-Esprit, à l'église Saint-André d'Angoulême, le 27 janvier 2014

27 Janvier 2014 Publié dans #Homélies

L'ACCUSÉ, C'EST JÉSUS. Homélie lors de la messe du Saint-Esprit, à l'église Saint-André d'Angoulême, le 27 janvier 2014

Cette messe du Saint Esprit, célébrée à l’occasion de la rentrée judiciaire, c’est d’abord un acte de confiance. À votre égard, à vous qui avez, à des titres divers, à exercer la justice au nom des lois et au nom de l’État et dont on méconnaît souvent quel rôle vous tenez dans notre société tiraillée entre l’obsession des injustices et la méconnaissance de la justice. Vous jouez un rôle irremplaçable de médiation, alors que l’on vous apprécie parfois selon les seules catégories de la sévérité ou de l’indulgence. Et vous faites face à des cas et à des causes multiples avec des moyens limités, en termes de finances et en termes de personnel. Il est d’autant plus important que l’on pratique à votre égard la confiance, envers vous tous, magistrats du parquet et magistrats du siège, et envers vous, les membres du Barreau d’Angoulême.

J’ai choisi les textes de la Parole de Dieu que nous entendons aujourd’hui, le récit étonnant de la femme adultère qui va échapper à une condamnation publique grâce à Jésus, et cet hymne à l’amour de l’apôtre Paul qui, sous des dehors lyriques, est en réalité d’une extrême exigence.

Voici d’abord ce face à face entre Jésus et cette femme, surprise en situation d’adultère et dont les scribes et les pharisiens cherchent à se servir pas seulement pour la condamner, elle, mais pour mettre Jésus à l’épreuve et pour pouvoir l’accuser de transgresser la Loi sacrée venant de Dieu.

L’accusé principal, ce n’est pas la femme, c’est Jésus. Et l’on voit bien comment ces hommes chargés de veiller à l’application de la Loi, les scribes et les pharisiens, se réjouissent déjà d’avoir trouvé un prétexte pour faire de Jésus un coupable. C’est la logique du bouc émissaire, si tentante pour ceux qui veulent échapper à leurs responsabilités et utiliser la loi à leur profit.

Et la confrontation est dramatique : la femme est là, elle se sait fautive, on l’a traînée devant ses accusateurs qui l’encerclent comme une proie. Et déjà ils se réjouissent de leur victoire. Et la femme se tait, et c’est Jésus que l’on interroge : « Que dis-tu ? Que faut-il faire ? Donne-nous l’ordre de la lapider ! » Le plus parlant, c’est le silence de Jésus. Il a compris le piège. Il ne proteste pas. Il écrit sur la terre, peut-être les premiers mots de la loi de Moïse : « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’Unique… » Et puis, devant l’étau qui se resserre, il se redresse, il les regarde, il ne répond pas à leur provocation, il s’adresse à leur conscience d’hommes : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Cette réplique est sans réponse, ou plutôt elle provoque le silence des accusateurs, et ils s’en vont, « en commençant par les plus âgés ».

Et Jésus écrit de nouveau, peut-être les premiers commandements de Dieu : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton être… Tu aimeras ton prochain comme toi-même… »

L’étau est desserré. La femme est là et Jésus lui parle. Il ne l’accuse pas, il lui parle, il reconnaît sa dignité de femme blessée. « Personne ne t’a condamnée ?... Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus. »

Il ne faudrait pas interpréter ces paroles comme un acte de tolérance. C’est l’acte libre et souverain de Celui qui n’est pas venu pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir. Et il l’accomplit non pas en la refusant, mais en la dépassant et en donnant à cette femme la grâce de se savoir reconnue et comprise au-delà de sa faute. Il y a ainsi, même à travers la justice des hommes, des moments où s’accomplit la réhabilitation des personnes, non pas au-delà du bien et du mal, mais au-delà des apparences, dans un moment de vérité qui n’exclut ni le respect de la loi, ni le respect des hommes et des femmes mis en cause.

Quant à cet amour qu’évoque avec tant de passion l’apôtre Paul, il se situe lui aussi au-delà de la morale. Il agit d’une façon qui ne dérange pas seulement l’ordre du monde, mais aussi les vertus chrétiennes les plus grandes : le don de prophétie, la science des mystères, la connaissance de Dieu, la générosité jusqu’à distribuer sa fortune, le courage jusqu’à accepter d’être brûlé.

C’est clair, ou ce devrait être clair : l’Amour de Dieu manifesté en Jésus Christ nous dépasse, mais il ne nous dépasse pas en nous surplombant, il nous dépasse en travaillant au-dedans de nous-mêmes et de nos consciences : « L’ amour ne se réjouit pas de l’injustice, il trouve sa joie dans la vérité, il supporte tout, il fait confiance en tout, il endure tout, il espère tout. »

Que l’Esprit Saint nous donne de le laisser agir en nous, c’est pourquoi nous nous faisons confiance les uns aux autres, tout en respectant nos responsabilités, car nous avons besoin les uns des autres pour pratiquer la justice et pour rester ouverts à ce qui dépasse toute justice.

+ Claude DAGENS

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