Le blog de Mgr Claude DAGENS

"UNE LUMIÈRE S'EST LEVÉE". Homélie lors de l'eucharistie à Audenge (Gironde), le 26 janvier 2014, pour bénir l'église Saint-Paul restaurée

27 Janvier 2014 Publié dans #Homélies

"UNE LUMIÈRE S'EST LEVÉE". Homélie lors de l'eucharistie à Audenge (Gironde), le 26 janvier 2014, pour bénir l'église Saint-Paul restaurée

Ce matin, à Audenge, dans cette église restaurée, nous sommes mis sous le signe de ce qui commence. Nous y sommes mis par la parole de Dieu de ce dimanche, et nous le sommes aussi par l’événement qui nous rassemble.

La Parole de Dieu, cette du prophète Isaïe et celle de l’évangile de Matthieu, évoque non seulement la lumière qui se lève, mais surtout la sortie de l’ombre et de la mort, de ces obscurités qui, parfois, nous envahissent et nous font mal. Il est bon de sortir de l’ombre, non pas pour se montrer, mais pour entrer dans la lumière.

Et d’abord, tout simplement, dans la lumière du jour qui se lève. Je dois vous avouer que, depuis quelques années, ici, à Audenge, au mois d’août, il m’arrive de me lever assez tôt, alors qu’il fait encore nuit, pour aller contempler le lever du soleil, sur la digue du port, près de la statue de saint Yves. La lumière se lève d’abord du côté des forêts, puis elle s’élargit et elle va peu à peu éclairer le ciel du côté d’Arcachon et de la dune du Pilat. Qu’il est beau de voir les nuages se colorer et les bords du bassin apparaître. Ce n’est pas un spectacle éblouissant, c’est un phénomène naturel, mais qui fait participer à ce qui commence, et à ce qui s’éclaire d’une façon nouvelle.

Je sais aussi par expérience que les paroles du prophète Isaïe au sujet du peuple qui marchait dans les ténèbres ont toujours beaucoup d’écho chez les détenus, les hommes et les femmes de la maison d’arrêt d’Angoulême, et sans doute des autres prisons de France. Cette annonce prophétique est la première lecture de la nuit de Noël et, pour ceux et celles qui sont enfermés, c’est la promesse d’une vie délivrée de la violence et de la peur. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. »

Et voici qu’aujourd’hui, dans cette église réparée et à nouveau ouverte à tous, nous participons à une sorte de commencement ou de recommencement. Les pierres du clocher, qui datent des débuts de la Troisième République, vers 1875, ont été consolidées, et il est de nouveau possible d’entrer dans cette église sans être menacés d’y mourir assommé. Ce lieu de culte néo-gothique est de nouveau ouvert au culte et à la prière. Il faudra répondre à l’appel que porte en lui ce bâtiment.

C’est l’appel qui a été prononcé et entendu d’abord près du lac de Tibériade. Cet homme nommé Jésus, après des années de vie cachée, à Nazareth, vient habiter à Capharnaüm, et, tout en exerçant sa mission de guérison et de salut, il s’adresse aux gens qu’il rencontre. Il ne vient pas s’imposer à eux. Il ne vient pas recruter ses partisans. Il vient réveiller ces hommes et ces femmes qui le connaissent à peine. Il s’adresse à leur cœur et à leur conscience. « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

« Ne vous résignez pas à ce que vous vivez et qui vous laisse insatisfaits ! Cessez de vous disputer ou de vous critiquer ! Le Royaume de Dieu n’est pas seulement pour demain, il est là, il vient, il est tout proche, il bouscule vos habitudes, il vous demande de sortir de vous-mêmes, comme nous le dit avec insistance le pape François. Oui, sortez de vous-mêmes pour aller vers ces périphéries de l’existence, là où il y a encore trop d’ombres, trop de duretés, trop de peurs, trop de violences, là où des hommes et des femmes attendent, sans le dire, d’être accueillis, respectés, défendus dans leur dignité d’enfants de Dieu.

Et ne formez plus des clans qui s’ignorent ou qui se soupçonnent ! Acceptez d’être citoyens d’un même peuple et membres de ce Corps vivant dont le cœur est l’Amour fort et doux du Père des cieux ! »

Ce matin, je suis à Audenge, où j’ai une part de mes racines. J’aime cette commune, ce pays, cette terre qui va de la forêt au bassin d’Arcachon.

J’aime cette église Saint-Paul, où je suis venu souvent prier en silence depuis mes vacances d’enfant. Et l’Église du Christ, elle n’est pas faite seulement de pierres, elle est faite surtout de visages, de présences, d’amitiés fidèles, d’affections partagées, d’espérance pour vivre.

Seigneur, nous te prions pour que cette église restaurée soit parmi nous un signe de vie, pour qu’elle soit ouverte, aussi souvent que possible, à ceux et celles qui cherchent des lieux de paix et de silence, et surtout pour que chacun puisse y passer et y dire : « Ici, je suis accueilli, je suis attendu, je suis aimé, je suis pardonné. »

+ Claude DAGENS

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