Le blog de Mgr Claude DAGENS

UNE CONFRONTATION DRAMATIQUE. Homélie lors de la messe du festival de la Bande dessinée, à l'église Saint-André d'Angoulême, le 28 janvier 2012

1 Février 2012 Publié dans #Homélies

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            Voilà une confrontation dramatique et même violente, qui ouvre l’Évangile de Marc. L’évangélisation commence par ce face-à-face entre Jésus et cet homme qui redoute sa présence. Quelques paroles disent tout ce qui est en jeu.

            « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? » De la part de cet homme possédé, c’est un cri de révolte, presque un rugissement. Il ne parle pas à la première personne. Il dit : « Que nous veux-tu ? », comme s’il était le porte-parole d’un groupe nombreux, ou habité par une présence mystérieuse. En tout cas, il ne se contient pas. Il sort de lui-même. Parce qu’il a été révélé par la présence de Jésus. Il participe à un combat. Pour lui, comme pour Satan, l’Adversaire, Jésus est une menace : il faut s’opposer à sa venue, à son action.

            Et Jésus fait face, regarde cet homme et il voit ce qui est en lui : cette force mystérieuse qui le détruit, qui le possède, qui l’empêche d’être lui-même : « Silence, sors de cet homme ! »

            Car Jésus sait ce qu’il y a dans l’homme, et parfois ce consentement à ce qui nous détruit, cette force des « addictions » de toutes sortes, à des drogues lourdes ou légères, et Jésus ne fait pas de discours, il prononce la parole qui libère. Cet homme n’est pas perdu : il peut être libéré de ce qui le possède. Il peut vivre, il doit vivre avec qu’il y a de meilleur en lui, en lui qui est un enfant de Dieu.

            « Sors de cet homme, et que cet homme vive en homme libre ! »

            « L’esprit mauvais le secoua avec violence et il sortit en poussant un grand cri. » Et la libération a lieu, et Jésus ne triomphe pas, il n’explique rien, et il provoque la frayeur de ceux qui sont là, face à l’efficacité de sa Parole, qui s’affirme simplement et avec force.

 

            Je sais bien toutes les objections qui peuvent monter en nous devant ce récit qui semble trop extraordinaire pour être vrai. Soyons donc raisonnables ! Ne nous laissons pas prendre par les exagérations de l’Évangile ! Ou bien apprenons à faire de l’Évangile une sorte de roman plus ou moins fantastique où les monstres sont domptés et où le Bien triomphe toujours !

            Et bien non ! Le Dieu vivant auquel nous croyons est Celui qui ne renonce jamais à venir au milieu même de ce qui nous détruit et c’est le sens du combat de Jésus, de Capharnaüm à Jérusalem. Il passera par la violence de la croix, mais il fera de cette violence un passage, et même un passage d’abord obscur, mais qui deviendra lumineux, par l’action de sa Pâque.

            Et ce passage-là, nous sommes appelés à le vivre, et jusque dans nos corps, quand nous sommes marqués du signe du baptême, et je pense à ces six jeunes d’une dizaine d’années et à ces trois adultes qui, dimanche dernier, à Barbezieux, ont commencé leur marche vers le baptême. Et nous savons, comme eux, que devant nous, se tient le Christ, avec sa lumière, la lumière de Bethléem, et aussi de Jérusalem, et aussi d’Angoulême.

            Au milieu de toutes les violences du monde, dont beaucoup de bandes dessinées sont le reflet réaliste ou imaginaire, il y a cette lumière de résurrection, qui est douce et paisible, et cette lumière est aussi pour les violents, comme dans cet album qui a eu un des prix de la Bande dessinée chrétienne. Il y a les parents assassinés, et l’enfant qui devient l’ami de l’assassin, et les larmes du repentir. La force du Christ est là, maintenant parmi nous, en cette Eucharistie : « Mon corps livré pour vous, mon sang versé pour vous… » C’est le passage vers la lumière et nous sommes appelés à le vivre.

 

X Claude DAGENS

 

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