Le blog de Mgr Claude DAGENS

L'ÉPREUVE DE SIMON-PIERRE. Homélie lors de la messe au Sacré-Coeur d'Angoulême, pour le pape Benoît XVI, le 28 février 2013

1 Mars 2013 Publié dans #Homélies

Benoît XVI          

           J’ai voulu mettre le départ de Benoît XVI sous le signe de la mission de l’apôtre Simon-Pierre, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile de Luc, à travers le récit du dernier repas de Jésus avec ses compagnons.

            Il y a dans ce récit quelque chose qui est à la fois intime et dramatique. Et le drame qui se prépare, le drame de la Passion, ne se déroule pas seulement à la mesure humaine. Satan aussi est un des acteurs de ce drame.

            Avec cette distance stupéfiante, presque scandaleuse, qui existe entre Jésus et ces hommes qu’il a pourtant appelés à le suivre. Ces hommes, Pierre et les autres, ne comprennent pas ce qui attend Jésus. Ils continuent à rêver d’un Messie triomphant et des bénéfices qu’ils retireront de ce triomphe : « Qui est le plus grand parmi eux ? » Et Jésus, avec une patience infinie, les invite, une fois de plus, à se convertir, en consentant à cette logique de service dont il est lui-même le premier acteur, Lui, le Seigneur qui leur a lavé les pieds.

            Tel est le mystère permanent de l’Église, aussi bien à Rome, au Vatican, que parmi nous, parfois : « Qui est le plus grand ? Qui doit avoir le pouvoir ? Qui le perd et qui le gagne ? » Et voilà que les relations fraternelles deviennent des relations de pouvoir et que l’on fait de l’Église une organisation comme les autres, avec des rapports de forces difficiles à éviter et à surmonter.

            Mais le plus terrible n’est pas là : le plus terrible, ce sont les attitudes de ces hommes qui sont encore proches de Jésus au cours de ce dernier repas. L’un d’entre eux, qui mange avec Lui, va le livrer, le vendre pour une certaine somme d’argent. Engrenage de la trahison, sans doute causée par la déception, par un sentiment d’échec, d’autant plus fort que les rêves de gloire avaient été plus grands.

            Pauvre Judas, qui se prépare à sortir et à rejoindre ses complices pour organiser l’arrestation de Jésus, au jardin de Gethsémani !

            Et pauvre Pierre, qui ne vaudra pas mieux, puisqu’il promet une fidélité sans faille, mais qu’il sera, quelques heures plus tard, l’homme du reniement, de l’abandon.

            Reniement de PierreEt face à Simon-Pierre, cet homme impétueux et si lâche, Jésus, dans cet évangile de Luc, exprime une sorte de prophétie terrible : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous cribler comme on fait avec le blé ! » Comme si l’épreuve du désert affrontée par Jésus allait se reproduire à travers lui, Simon, le premier des apôtres, Celui qui a refusé la perspective de la Croix ! À nouveau, ce soir-là, à la dernière heure, Simon-Pierre apparaît comme l’instrument de l’Adversaire, de Satan, Celui qui jusqu’au bout, veut faire obstacle au salut du monde !

            « Et moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères ! »

            C’est un affrontement qui se laisse entrevoir : Simon est devenu comme un enjeu. Jésus va lutter pour Simon, pour l’arracher à ce qui risquerait de l’abattre ! La mission du premier des apôtres passe par un combat. Le maître de ces événements dramatiques, c’est Jésus, Jésus désarmé, qui ne renonce pas à se lier à Simon-Pierre : il le sait capable de l’abandonner, mais il l’appelle d’autant plus à recevoir de Dieu la force de vaincre ce qui pourrait le détruire.

            Et nous qui imaginons parfois un conclave et l’élection d’un nouveau pape comme une opération routinière, avec quelques candidats plus ou moins bien placés et l’attente d’une fumée blanche !

            Quelle erreur ! La Passion de Jésus est faite d’événements violents, et un conclave aussi, même si l’on ne le voit pas et si les médias nous racontent une belle histoire avec des couleurs baroques !

            Benoît XVI a certainement été témoin, au Vatican, de tout ce qui secoue la mission de l’Église ! Et il est clair que le prochain pape, Jean XXIV, Paul VII ou Jean-Paul III, ou un autre nom, saura que sa charge l’associera au drame de la Passion, mais qu’il trouvera sa force dans la promesse de Jésus : « Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères ! »

            Et surtout, au milieu de tout ce qui peut secouer le Corps de l’Église, demeure une source permanente de vie : « Mon corps livré pour vous, mon sang versé pour vous. » Et ce geste de don porte ses fruits en nous, l’Eucharistie fait de nous une sorte de jonction, de charnière, de trait d’union entre le Dieu saint qui s’engage avec nous et nous, peuple de pécheurs appelés à être forts de la force du Christ, avec Simon-Pierre, notre frère !

           

+ Claude DAGENS

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