Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA GRANDE MÉTAMORPHOSE DU MONDE RURAL. Éditorial d'"Église d'Angoulême", avril 2015

4 Mai 2015 Publié dans #Edito Église d'Angoulême

LA GRANDE MÉTAMORPHOSE DU MONDE RURAL. Éditorial d'"Église d'Angoulême", avril 2015

Il en va du monde rural comme de l’Église catholique en France. De loin, on risque de n’apercevoir que les signes d’un monde qui meurt. De près, on comprend qu’une grande métamorphose s’accomplit : au sein même des formes anciennes germent des formes nouvelles, qui passent par des personnes, des organisations, des initiatives, des églises.

Des personnes

Des personnes vivent dans le monde rural, beaucoup depuis longtemps, quelques-unes depuis peu de temps. Elles aiment ces territoires et elles n’ignorent pas leurs transformations si visibles mais elles ne se résignent pas à ce qui provoquerait la mort.

Une jeune femme qui se destine à être fleuriste m’expliquait la vie et les signes de vie dont les plantes sont porteuses. On ne peut pas vivre dans le monde rural sans apprendre à voir ce qui germe, ce qui sort de terre, même si la terre souffre de la sécheresse ou des maltraitances qu’elle subit. On ne doit pas brutaliser la terre ou la traiter comme on traite des objets inertes.

Je n’aime pas les discours écologistes quand ils virent à l’idéologie et qu’ils ne cherchent qu’à désigner des coupables. J’aime ces personnes qui comprennent ce grand travail de métamorphoses maîtrisées qui est toujours l’esprit de l’agriculture. Travailler pour favoriser la vie, pour que germe ce qui doit germer et pour que les produits de l’agriculture ne soient pas des objets soumis à des lois inhumaines, même s’il faut tenir compte des prix des matières premières, du lait, du blé, du vin…

Je comprends ces hommes et ces femmes du monde rural qui ne veulent pas être soumis à des règlements implacables, et qui font en sorte que les règlements soient au service des personnes et du travail des personnes.

Des organisations

Des organisations existent déjà, syndicats ou autres groupements. Leur exigence majeure est d’accompagner les métamorphoses en cours, d’aider à les comprendre au lieu d’en avoir peur.

Pour beaucoup de responsables du monde rural, ce souci est réel : l’accompagnement des personnes en difficulté et des exploitations en danger font partie de leurs responsabilités ordinaires. Les exploitations du monde rural sont peut-être plus malléables que les entreprises industrielles avec un personnel beaucoup moins nombreux et des processus plus souples pour empêcher des catastrophes. Il est important que ce travail de terrain soit soutenu au niveau des communes et des intercommunalités, et aussi au niveau des Conseils départementaux et régionaux. Que l’action politique aille ainsi du local au régional et au national !

Des initiatives

On ne le sait pas assez : au milieu même de ce qui se défait dans notre société inquiète, se développent aussi des initiatives, notamment dans le domaine de la solidarité. Les phénomènes d’isolement sont réels et trop nombreux. Mais des hommes et des femmes ne se résignent pas à ces déchirures et luttent pour relier des personnes, pour visiter des gens découragés, pour prévenir des catastrophes, et notamment des suicides.

Tant mieux si des catholiques participent avec persévérance à ce travail de « reliance » humaine !

Des églises

Elles sont là, visibles et très souvent ouvertes, entretenues, fleuries, vivantes d’une présence invisible. Il m’arrive d’y faire quelques visites discrètes. Des personnes y font escale et y respirent l’air de Dieu. Recueillement, silence, joie, et les signes parlent : des chemins de croix, des peintures, des statues, et des livres ouverts qui recueillent des supplications ou des remerciements.

Le monde rural n’est pas un désert : on y vit, on y lutte, on y espère et on y participe à cette grande métamorphose que nous apprenons à comprendre, à maîtriser, et non pas à subir.

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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