Le blog de Mgr Claude DAGENS

"LA PAROLE DE DIEU N'EST PAS ENCHAÎNÉE". Homélie lors de l'Eucharistie à Aizecq, pour la fête de saint Pierre Aumaître, le 1er mai 2015

5 Mai 2015

(Stèle des martyrs sur la plage de Kalmemot, en Corée du Sud)
(Stèle des martyrs sur la plage de Kalmemot, en Corée du Sud)

Pierre Aumaître est vivant, vivant de la vie de Jésus Christ, vainqueur de la mort. Et la preuve, ou le signe de cette vie nouvelle, c’est qu’il nous réunit ici, chez lui, à Aizecq, là où il a appris, près de ses parents, à connaître Jésus, à le prier, à l’écouter et à répondre à ses appels.

Et ici, nous ne nous contentons pas de nous souvenir de son enfance, en visitant la grange où il est né. Nous répondons nous-mêmes à un appel : nous sommes réunis pour reconnaître que nous avons part, nous aussi, à cette vie qui vient du Christ et que nous en sommes les témoins, ou les porteurs, comme nous l’étions le week-end dernier à Sainte-Anne-d’Auray, avec les 450 jeunes de notre diocèse.

Peu importe le temps, ensoleillé ou pluvieux ! La nouvelle du Christ vivant est pour tous les temps ! Elle est pour ces temps d’aujourd’hui, ces temps où il n’est pas toujours facile d’être reconnus comme des croyants, des chrétiens, des catholiques qui veulent tenir leur place et exercer leur responsabilité dans notre société inquiète.

Mais ce qu’écrivait avec passion l’apôtre Paul à son disciple très aimé Timothée demeure vrai : « La parole de Dieu, elle, n’est pas enchaînée ! » Elle est vivante, elle est force de vie et de résurrection.

Or l’apôtre Paul était prisonnier à Rome, lorsqu’il proclamait cette liberté de la Parole de Dieu. Il savait que le Christ ressuscité vit avec ceux qui souffrent pour lui.

Pierre Aumaître est lui aussi un témoin de cette expérience du Christ ressuscité, en son temps, en Corée, alors qu’il se cache, avec son habit blanc, pour évangéliser ce peuple dont il apprend la langue. Il n’a pas peur. Il accueille les futurs baptisés. Il rend visite aux malades. Il rayonne de la charité du Christ, à Séoul, puis à Son Kol, puis dans les montagnes, et durant son procès, pendant le Carême de 1866, avant d’être décapité à Kalmemot.

L’évangélisation passe à travers nous, quand nous ne gardons pas pour nous ce que nous croyons. Nous osons le confier à d’autres. Nous osons vaincre nos peurs, ou les résistances que nous rencontrons. Nous acceptons de participer à ce mouvement inlassable de transmission qui s’appelle la Tradition chrétienne. Car cette Tradition ne consiste pas à conserver, mais à annoncer, en paroles, et aussi en actes et en prière, que, par le Christ, Dieu vit en nous.

C’est la promesse de Jésus à ses premiers disciples : ils sont les premiers maillons d’une chaîne. Et il leur dit : « Je ne prie pas seulement pour eux, pour vous, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, à votre parole, croiront en moi. » Et Paul, dans sa prison, demande à Timothée de participer à ce mouvement de la foi qui se transmet : « Ce que tu as appris de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes fidèles qui seront eux-mêmes capables de l’enseigner encore à d’autres. »

À des hommes et à des femmes fidèles ! Je pense aux grands-parents qui sont parmi nous aujourd’hui ! Ne vous lamentez pas sur vos enfants et vos petits-enfants ! Si c’est la Vérité et l’Amour du Dieu vivant que vous cherchez à transmettre, cette transmission s’accomplira ! Pas de façon immédiate, mais à longueur de vie !

Saint Pierre Aumaître est là pour attester cette fécondité de la Parole et du « témoignage », en grec « martyr ». Il est mort seul, près de son évêque, sur une plage, au large de la Chine, en 1866. Près de 150 ans plus tard, la foi chrétienne est vivante en Corée. Elle est une force de vie, pour ce pays tout entier.

J’atteste ici aujourd’hui que notre Église de Charente est vivante. Tant de visages qui laissent transparaître la joie de l’Évangile, tant de gestes de bonté, de patience, de pardon ! Tant de signes cachés de fidélité et d’amour que Dieu seul connaît ! Et tant de jeunes qui perçoivent la présence du Christ à travers la foi de leurs grands-parents !

À nous de ne pas nous replier sur nous-mêmes ! À nous de vivre le pèlerinage invisible de la foi qui donne de ne pas être vaincus, de ne pas rester seuls, de laisser le Christ vivre en nous !

« Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d’entre les morts !

Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons !

Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons ! » (2 Timothée 2,8.11-12)

Nous demandons à saint Pierre Aumaître de nous confirmer dans cette expérience de la foi !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

Partager cet article

Repost 0