Le blog de Mgr Claude DAGENS

REGARDONS VERS NOS FAMILLES RÉELLES ! Homélie lors de la messe du pèlerinage des jeunes à Ste-Anne-d'Auray, le 26 avril 2015

29 Avril 2015 Publié dans #Homélies

REGARDONS VERS NOS FAMILLES RÉELLES ! Homélie lors de la messe du pèlerinage des jeunes à Ste-Anne-d'Auray, le 26 avril 2015

Que Jésus me pardonne ! Je ne ferai pas d’abord écho à cette belle parabole du bon berger qui connaît ses brebis et qui a soin de chacune d’elles, et aussi de celles qui ne sont pas de son troupeau !

Je voudrais regarder avec vous vers nos familles réelles, et non pas idéales, nos familles où l’on apprend que l’amour n’est pas fait seulement de bons sentiments, mais de patience, d’espoir et de ce travail quotidien par lequel on apprend à s’accepter les uns les autres en s’aimant.

Pour regarder nos familles réelles, j’oserai une comparaison un peu risquée. Vous savez qu’au début du mois de janvier de cette année 2015, ont eu lieu à Paris, et dans d’autres villes, notamment à Angoulême, de grandes marches pour condamner publiquement le terrible attentat contre le journal Charlie Hebdo. Ces grandes marches avaient un emblème, inscrit sur des pancartes : « Je suis Charlie ».

Dire ainsi « Je suis Charlie » était une manière de s’affirmer solidaire des victimes, ces journalistes sauvagement tués par des terroristes. Mais en disant : « Je suis », on accomplissait un acte de liberté personnelle : « Je suis » veut dire : « Je suis là, je suis vivant, j’existe et je m’exprime ». C’était une façon de défier les tueurs, en affirmant la vie contre la mort.

Mais cette juxtaposition d’affirmations individuelles (« Je suis ») m’a laissé perplexe. Il me semble que la démarche d’un pèlerinage est très différente. Que faisons-nous au cours de ce pèlerinage ?

Nous nous déplaçons ensemble, nous marchons ensemble, nous chantons ensemble, nous prions ensemble, et nous sentons que nous ne sommes pas seuls. Nous sommes liés les uns aux autres ! Nous tenons à ces relations de confiance et d’amitié !

Allons plus loin : nous nous reconnaissons les uns les autres comme le peuple des enfants de Dieu, où chacun et chacune a son importance, avec son nom de naissance et de baptême, et, près de sainte Anne, la grand-mère de Jésus, nous participons au même Amour dont Dieu est la source et la source se révèle en cet homme nommé Jésus, dans son corps et dans ses paroles.

Car Jésus ne parle pas seulement de Dieu. Il parle à Dieu. Il le nomme d’un nom très affectueux : en araméen, il lui dit : « Abba », c’est-à-dire, « Papa ». Il a avec lui une relation indestructible d’affection. Ses dernières paroles sur la Croix seront pour Lui : « Père, pardonne-leur ! Ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Et, juste avant de mourir : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ! »

Devenir chrétien, c’est entrer dans le mystère de Dieu, et même accéder au cœur de Dieu : avec Jésus, le Fils, nous sommes ouverts au Père, dans l’Esprit Saint qui nous apprend à aimer.

Et si vous dites : « Mais cela nous dépasse ! C’est trop compliqué ! », alors je vous raconterai ce qui m’est arrivé la semaine dernière, au cours de ma visite pastorale à Chasseneuil, à Roumazières et à Saint-Claud. Le matin du samedi, j’ai rencontré douze jeunes très motivés à qui j’ai donné le lendemain le sacrement de confirmation. Plusieurs sont là, parmi nous. Et le soir du samedi, j’ai rencontré quatre adultes dont un homme d’une trentaine d’années, atteint d’une maladie proche de l’autisme. Cet homme avait des yeux étonnés, et c’est lui qui m’a interrogé, d’une voix très basse, sur le mystère de la Trinité. Jamais je n’avais été aussi loin dans l’exploration du mystère et du cœur de Dieu, à cause de ses questions. Et nos familles, me direz-vous ? Que deviennent nos familles réelles par rapport au mystère de Dieu ? Je vous répondrai que nos familles réelles sont comme le mystère de Dieu : elles sont des sources de vie et de relations, elles nous font vivre avec toute notre humanité, mais nos relations familiales peuvent être parfois faciles et heureuses, et parfois aussi difficiles et même éprouvantes.

On attend beaucoup des familles. Sans doute trop. On ne doit pas tout attendre. L’amour, oui, la confiance, oui, mais aussi la patience qui commence par l’acceptation des autres, tels qu’ils sont.

Et les autres, à commencer par les plus proches, il ne faut pas rêver de les connaître à fond. Ils sont là, et ils nous échappent. Il y a des moments où l’on peut dire : « Je ne te comprends plus. Tu es ailleurs. Tu fuis. »

Une famille n’est jamais un bloc. C’est un lieu ouvert de communion. Mais c’est aussi un lieu d’incompréhensions et de conflits. Et pourtant nous demeurons liés à nos familles, et ces relations peuvent être plus fortes que la mort.

C’est pourquoi je vous adresse deux appels :

- Ne désespérez jamais des autres, y compris de vos parents séparés, ou des frères et sœurs qui s’éloignent et qui n’osent pas dire pourquoi.

- Ne désespérez jamais du Christ, notre frère, qui, Lui, ne se résigne jamais à nos dérives, parce que le cœur de Dieu, c’est sa miséricorde. Il veille sur chacune de ses brebis. Il veut qu’aucune ne soit perdue. Et il sait ce qui peut nous faire dériver. Mais il espère en nous, et rien, pas même les pires ruptures, ne pourra nous arracher aux mains du Père. Rien ne pourra nous séparer de cette puissance de vie qui vient du cœur de Dieu et qui est inépuisable. J’en suis sûr, et j’en suis témoin.

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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