Le blog de Mgr Claude DAGENS

"VA, FRANÇOIS, RECONSTRUIS MA MAISON !" Éditorial d'Église d'Angoulême, juin-août 2015

7 Juillet 2015 Publié dans #Edito Église d'Angoulême

"VA, FRANÇOIS, RECONSTRUIS MA MAISON !" Éditorial d'Église d'Angoulême, juin-août 2015

De François d’Assise au pape François

« Va, François, reconstruis ma maison car elle tombe en ruine ! » Pour répondre à cet appel du Christ, François d’Assise a d’abord donné de l’argent pour que l’on répare la chapelle Saint-Damien, qui était toute lézardée. Ce n’était qu’un début. François va être transformé par la rencontre d’un lépreux qu’il ose embrasser. Il n’est plus le même : le Christ Jésus l’a saisi, il va choisir de vivre l’Évangile du Christ de façon radicale et joyeuse.

Ce qu’il ne savait pas, c’est que son aventure personnelle va devenir comme une source qui se répand dans un monde en pleine mutation, où le pouvoir des marchands était en train de remplacer celui des seigneurs et des soldats. Face à la force des armes, de l’argent, des pouvoirs politiques dominateurs, voici que s’accomplit une révolution spirituelle, qui va s’inscrire à l’intérieur de la société et de la culture : l’Amour du Christ libère les hommes de ce qui les entrave. Il révèle la beauté du monde.

Jorge Mario Bergoglio a choisi le nom de François parce qu’il se sait appelé par le Christ à susciter en notre temps, en ce début du XXIe siècle, une autre révolution spirituelle. Je le cite : « Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral. Nous savons que les choses peuvent changer… L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. » (Encyclique Laudato si’, n.13)

Le pape François s’adresse à la conscience des hommes, non seulement aux responsables politiques et économiques, mais à chacun d’entre nous. Nous sommes appelés à entendre les cris de la terre, qui souffre de ce qui la violente, et, en même temps, les cris des pauvres et des exclus, que l’on traite comme des déchets. Il faut construire autrement notre maison commune : en refusant que la technique impose de façon implacable ses règles aussi bien à la politique, devenue souvent impuissante, qu’à l’économie, qui déraille.

Comme l’a dit le philosophe Edgar Morin, cette encyclique du pape François est le premier acte d’un appel à un changement de civilisation. Selon l’esprit de saint François : « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange. » (n.12) Et la contemplation n’exclut pas le travail de reconstruction, selon la dynamique d’une « écologie intégrale », qui ne cherche pas à manipuler le monde, mais à l’humaniser. Nous sommes chargés par le Père créateur non pas d’exploiter la terre, mais de la cultiver, en la respectant, de la faune des océans aux végétaux et aux animaux.

D’Assise à Cognac

Il y a quelques semaines, lors de la première rencontre de la visite pastorale à Cognac, une femme a donné son témoignage, en évoquant l’église Saint-Antoine, qui était alors encore fermée, et aussi les réparations du toit de l’église du Sacré-Cœur. Cette femme a dit : « Ces fermetures d’églises me font penser à l’appel reçu par saint François : “Va, répare ma maison !” » Et elle a expliqué qu’il ne suffit pas de réparer nos églises, mais que nous sommes appelés à convertir nos vies, comme si les lézardes des pierres étaient un appel.

Cette femme, sans le savoir, faisait valoir la même logique profonde que le pape François. En tous lieux de la terre, Dieu est présent et il nous demande de participer, aussi bien par la prière que par nos relations aux autres et à tous les vivants, à son œuvre de création. Au travail !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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