Le blog de Mgr Claude DAGENS

PERSÉVÉRANCE ET CONVERSION. Homélie lors de la bénédiction des travaux de l'église Sainte-Marie de Chalais, le 8 décembre 2013 (2e dimanche de l'Avent)

9 Décembre 2013 Publié dans #Homélies

PERSÉVÉRANCE ET CONVERSION. Homélie lors de la bénédiction des travaux de l'église Sainte-Marie de Chalais, le 8 décembre 2013 (2e dimanche de l'Avent)

« Frères et sœurs, que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d’être d’accord entre vous, selon l’Esprit du Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ ! »

Il nous est bon d’entendre cet appel de l’apôtre Paul, ici, dans cette église rénovée Sainte-Marie de Chalais. Car cet appel à l’accord entre les fidèles, selon l’esprit du Christ Jésus, est justifié par la situation de la communauté chrétienne de Rome à laquelle s’adresse l’apôtre. Cette communauté est divisée, sans doute même profondément divisée : d’un côté, les nouveaux baptisés qui viennent du paganisme, et de l’autre les baptisés qui viennent du judaïsme et qui ont du mal à accueillir ces païens devenus chrétiens. Nous ne connaissons plus ce genre de divisions, mais nous avons toujours besoin de progresser dans la conversion au Christ Jésus, au Christ non pas tel que nous l’imaginons, mais au Christ tel qu’il est, et tel que l’annonçait le prophète Isaïe : « Il ne jugera pas d’après les apparences. Il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. »

Ce Messie de Dieu ne vient donc pas pour régner de manière humaine. Il vient pour renouveler notre humanité, notre monde parfois si dur et si cruel. Il vient pour opérer des réconciliations inespérées, « du loup avec l’agneau, du léopard avec le chevreau, du veau avec le lionceau ». C’est ce monde réconcilié que nous ne cessons pas de désirer et de préparer.

Et nous le préparons, en consentant nous-mêmes à nous convertir, comme le dit le texte grec de l’Évangile, à faire « metanoia », c’est-à-dire à retourner notre cœur pour qu’il se détourne du mal et s’ouvre à la Révélation de Dieu qui vient à nous.

On comprend que cette conversion ne soit pas facile, qu’elle soit exigeante, qu’elle demande un changement radical de nos attitudes et de nos comportements. Ce changement radical justifie le caractère passionné et presque brutal de la prédication de Jean le Baptiste, le précurseur, quand il voit venir à lui, pour être baptisés, des pharisiens et des sadducéens, qui jouent sans doute la comédie de la conversion.

« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion et n’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis, avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. »

Autrement dit, vous avez beau vous réclamer de vos traditions humaines, même religieuses, vous n’êtes pas vraiment fidèles à l’Alliance de Dieu avec vous, de Dieu qui ne peut pas accepter vos tromperies, vos mensonges, votre façon de vous faire valoir, et tout cet art que vous avez de jouer la comédie de la vertu. Laissez-vous travailler et transformer par Dieu ! Déblayez en vous-mêmes le chemin par lequel il pourra venir et demeurer en vous !

Frères et sœurs, cette église rénovée est un signe. Comme ces pierres ont été décapées, nous aussi, nous avons besoin de nous laisser décaper par le Seigneur, pour que sa grâce ne glisse pas sur nous comme une averse, mais qu’elle puisse imprégner tout de notre humanité, nos corps, nos cœurs, nos relations humaines, nos projets, nos joies, nos peines, nos espoirs.

Comme le pape François nous le demande, pour devenir des disciples missionnaires du Christ, nous avons besoin de nous abandonner au Christ, de le connaître, de le suivre, de l’aimer, pour témoigner de Lui et de sa miséricorde.

Lui, le Seigneur, il ne cesse pas d’espérer en nous. Nous l’avons chanté au début de cette Eucharistie : « Tu viens vers nous, Seigneur ! Tu fais en nous ta demeure ! Le Royaume de Dieu est tout proche ! Si le péché nous tient comme en exil, Nul n’est trop loin pour Dieu : Le Père attend ses fils sur le chemin du retour ! »

La rénovation de cette église est comme un appel. Cette rénovation a été voulue par une association très persévérante, autour de vous, Monsieur Blavet. Je vous remercie de tout cœur pour cette persévérance. Et maintenant, il ne suffit pas de reconnaître le chemin parcouru. Il faut aller de l’avant et aplanir la route pour le Seigneur et lui laisser la liberté, à Lui, de venir parmi nous, pour faire de nous ses signes. Que l’Esprit de conseil et de force nous donne la force et la joie de former ici, à Chalais, le corps vivant du Christ, qui laisse transparaître la fidélité forte et la bonté de Dieu, pour nous tous, ses enfants !

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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