Le blog de Mgr Claude DAGENS

CHOISIE AVANT LA CRÉATION DU MONDE. Homélie lors de la fête de l'Immaculée Conception, à Notre-Dame d'Obezine, le 9 décembre 2013

10 Décembre 2013 Publié dans #Homélies

CHOISIE AVANT LA CRÉATION DU MONDE. Homélie lors de la fête de l'Immaculée Conception, à Notre-Dame d'Obezine, le 9 décembre 2013

« Le Père de notre Seigneur Jésus Christ nous a choisis, dès avant la création du monde, pour être, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. » L’apôtre Paul ose évoquer ainsi la profondeur de Dieu et notre vie d’hommes et de femmes intimement reliés au Père Créateur, par le Christ Jésus, devenu notre frère en humanité.

L’apôtre Paul ne nomme jamais la Vierge Marie, sans doute par discrétion, mais il sait bien que Jésus, le Fils du Dieu vivant, ne serait pas devenu notre frère en humanité, s’il n’était pas né d’une femme, d’une femme appartenant à notre humanité, une femme unique, appelée par Dieu à être la mère de son Fils.

Voilà ce que nous célébrons ce soir dans la joie, alors que nous sommes sur le chemin de Noël ! Nous reconnaissons Marie de Nazareth comme conçue sans péché, l’Immaculée Conception, comme elle s’est nommée en apparaissant à Bernadette en mars 1858, à Lourdes, en usant du patois bigourdan : « Que soy era Immaculada Councepciou ». Et la jeune Bernadette a répété ces mots qu’elle ignorait, pour les rapporter au curé de Lourdes, l’abbé Peyramale.

Elle est donc « conçue sans péché », c’est-à-dire totalement libre pour répondre à l’appel de Dieu quand cet appel lui sera adressé. Et c’est cela que raconte l’Évangile de Luc à travers cette rencontre entre elle, la jeune juive de Nazareth, et le messager de Dieu, l’ange Gabriel.

« Voici que tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Tu vas concevoir et enfanter un fils. Il sera grand. Il sera appelé Fils du Très Haut. »

« Je suis la servante du Seigneur », répondra Marie. « Qu’il me soit fait selon ta parole. »

En elle, la femme sans péché, le Verbe de Dieu va devenir chair. Et nous pouvons comprendre ainsi où est la source de notre vie humaine et que nous sommes appelés par Dieu à participer à sa vie à Lui.

Bien entendu, notre intelligence a du mal à percevoir la profondeur de cette révélation. Il faut la foi simple des simples, pareils à Bernadette, pour accepter cela : que notre vie biologique d’êtres humains, nés d’un père et d’une mère, soit associée à la vie même du Dieu vivant. Et le vocabulaire grec distingue alors le bios, la vie qui vient de l’union d’une cellule mâle et d’une cellule femelle, dans le ventre d’une femme, et la vie selon l’Esprit, la zoé, qui n’est pas séparable de la vie biologique, mais qui vient s’inscrire en elle comme une source à l’intérieur de la terre.

Et si jamais on pensait que la théologie complique les choses, il faudrait réagir en faisant appel à toutes ces questions relativement neuves que se posent aujourd’hui les scientifiques, les juristes et les politiques face aux commencements et à la fin de la vie humaine. Que penser et que faire pour ne pas traiter la vie humaine, les cellules humaines, seulement comme des objets de manipulations techniques ? Que penser et que faire pour comprendre et pour défendre cette espèce de transcendance qui est en chaque être humain, chaque personne, à commencer par les plus fragiles ?

Et si jamais on estimait que ces questions sont superflues, alors, il faudrait dire qu’elles sont portées par chacun de nous, et aussi par des jeunes et même par des enfants qui se demandent un jour ou l’autre : « D’où est-ce que je viens ? Où ma vie a-t-elle son origine ? Et est-ce que mes parents s’aimaient quand ils m’ont conçu ? »

Ce sont de très belles questions, auxquelles la foi chrétienne en Dieu ne répond pas de façon scientifique, mais de façon croyante, en nous murmurant ceci : « Tu as été choisi comme un enfant ou une enfant de Dieu. Tu viens de Lui, le Père créateur. Il te connaît et il t’a choisi pour être, dans l’amour, saint et irréprochable sous son regard. En Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant né de la Vierge Marie, tu participes à la création nouvelle, délivrée de tout mal et de tout péché. Tu es créé pour la vie avec Dieu et, dès aujourd’hui, à partir du baptême, tu as part à la résurrection du Christ. »

Tout cela n’est pas une légende. Tout cela fait partie d’un mystère qui se déploie dans l’histoire et auquel la Vierge Marie participe d’une façon unique :

- « Comment cela se fera-t-il ? »

- « Rien n’est impossible à Dieu »

- « Je suis la servante du Seigneur »

Notre-Dame de Nazareth et aussi de Lourdes, et de Fatima, et d’Obezine, ouvre nos cœurs et nos intelligences à ce mystère de Dieu avec nous et de sa vie qui vient saisir nos vies, et donne-nous de témoigner, à travers nos corps d’hommes et de femmes, mariés ou célibataires, de cette Révélation qui est d’abord une bénédiction.

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. »

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

Partager cet article

Repost 0