Le blog de Mgr Claude DAGENS

Les fêtes d'Orléans : ce haut lieu de mémoire. Intervention à l'Académie française, le 5 juin 2014

6 Juin 2014 Publié dans #Académie Française

Les fêtes d'Orléans : ce haut lieu de mémoire. Intervention à l'Académie française, le 5 juin 2014

J’ai participé les 7 et 8 mai derniers aux journées qui achevaient les fêtes célébrées à Orléans en l’honneur de Jeanne d’Arc. J’aurais dû déjà savoir, en lisant mieux le livre de Pierre Nora, consacré aux lieux de mémoire, que ces fêtes sont une des illustrations les plus significatives de cette inscription des grands événements de notre histoire dans la mémoire particulière d’une ville.

J’étais l’invité de l’évêque d’Orléans, Monseigneur Jacques Blaquart, tandis que Monsieur Stéphane Bern était l’invité du maire, Serge Grouard. J’ai assisté le 7 mai au soir à la cérémonie de remise de l’étendard de Jeanne par le maire à l’évêque et le lendemain, le 8 mai, j’étais appelé à présider dans la cathédrale la messe qui réunissait toutes les autorités civiles et militaires, et le peuple innombrable venu participer à cet événement historique. L’après-midi, selon la tradition, j’ai assisté à l’important défilé militaire qui précède la parade à la fin de laquelle tous les invités déambulent sur six ou sept kilomètres jusqu’au pont des Tourelles.

Je ne savais pas – je l’avoue – que ces festivités très populaires perdurent depuis le XVe siècle et que la ville d’Orléans n’a presque jamais renoncé à se souvenir de l’événement que fut en mai 1429 sa libération par la pucelle venue de Domrémy et fière d’accomplir la première de ses promesses, avant d’aller à Reims, en juillet, pour y faire sacrer le Dauphin Charles.

Ce qui m’a le plus impressionné, ce n’est pas seulement l’alliance nécessaire et évidente entre les autorités civiles, politiques, militaires et religieuses. C’est plutôt l’alliance étonnante entre l’ordre et la liberté, l’ordre des processions et des défilés, et la liberté qui encourage la liesse populaire, sous le signe de Jeanne. Et j’ai mieux compris encore, en relisant la première Jeanne de Péguy, celle de 1897, à quel point il faut « tuer la guerre en faisant la guerre » comme le dit Hauviette à son amie bergère, en insistant :

« Alors nous, en attendant qu’on ait tué la guerre, il nous faut travailler, nous, chacun de son côté, chacun de son mieux, à garder tout ce qui n’est pas encore gâté. Chacun de notre côté. » (Le mystère de la charité de Jeanne d’Arc, La Pléiade, 1941, p.31).

+ Claude DAGENS, évêque d’Angoulême,

de l’Académie française

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