Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE COURAGE DE LA MISÉRICORDE. Homélie lors du rassemblement diocésain du Mouvement chrétien des retraités, le 19 septembre 2013

20 Septembre 2013 Publié dans #Homélies

LE COURAGE DE LA MISÉRICORDE. Homélie lors du rassemblement diocésain du Mouvement chrétien des retraités, le 19 septembre 2013

« Ta foi t’a sauvée ! Va en paix ! » Cette parole efficace de Jésus a été pour cette femme la promesse et le don d’une existence renouvelée. Cette femme, enfermée dans sa réputation de pécheresse, sans doute de prostituée, est venue rencontrer Jésus. Elle a cru en cet homme : elle a compris qu’il porte en lui une force douce qui passe à travers son corps. Elle n’est pas venue le toucher, le saisir, mais reconnaître cette présence qui est en lui. Elle n’est plus captive. Elle est libre parce qu’elle a été libérée par l’humanité de Jésus.

Il ne faut pas s’émerveiller trop vite de ce récit et se lancer trop facilement dans un éloge de la miséricorde miraculeuse de Dieu. Il faut plutôt constater que ce récit est rude, et qu’il fait apparaître non seulement la beauté du pardon, mais aussi les seuils à franchir pour y accéder.

Revenons à l’Évangile. Voici cet homme, ce Pharisien, sans doute généreux et désireux de mieux connaître ce Jésus de Nazareth, dont on dit tant de bien, mais dont certains se méfient. Et on va voir chez cet homme ce mélange de curiosité et de méfiance. Quand cette femme de mauvaise réputation entre chez lui, il la regarde aussitôt d’un œil mauvais. Comme nous, parfois, quand nous nous laissons aller à nos préjugés ou que nous écoutons les rumeurs qui courent sur telle ou telle personne. Cette femme qui touche Jésus est connue comme une femme provocante. On connaît ses aventures et ses amants. On en parle en cachette dans le village ! Pécheresse : et le mot porte en lui une charge de condamnation et d’exclusion. Sous le couvert de la vertu, le mal est fait. Le regard et la parole ont déjà visé la coupable. Et Jésus n’a rien vu ! Quel scandale !

Et voici cette femme scandaleuse ! Elle va vers Jésus, vers le corps de Jésus, elle pleure et elle se penche vers lui en pleurant, et elle touche ses pieds, elle les arrose de parfum, elle l’aime. Et c’est scandaleux ! Non, ce n’est pas scandaleux. C’est l’expression d’un véritable amour, d’un amour passionné et chaste, d’une grande douceur, d’une immense confiance. Près de Jésus, cette femme n’a plus peur du regard des autres : elle sait qu’elle est accueillie, comprise, aimée, au-delà de ses dérives.

Et voici Jésus qui ose s’expliquer avec le Pharisien qui le reçoit, pour l’obliger à comprendre ce qui se passe, l’acte de foi de cette femme et cette rencontre libératrice, et le contact doux et chaste des corps, bien au-delà de tout soupçon !

J’entends le pape François dire, dans une de ses premières homélies : « Il ne faut pas avoir peur de la bonté et de la tendresse. » Et cela voulait dire : de la bonté et de la tendresse de Dieu, mais aussi de cette bonté et de cette tendresse que nous pouvons nous manifester les uns aux autres.

Car la foi chrétienne, la charité chrétienne ne sont pas désincarnées. Elles passent par nos corps et par nos cœurs. Si nous laissons le Christ animer nos vies, alors, il ne faut pas avoir peur de la bonté et de la tendresse. Au contraire, il faut que nous formions une Église qui manifeste, à travers nos corps et nos cœurs, la bonté et la tendresse du Père des cieux, et la miséricorde du Christ.

La miséricorde du Christ est un acte de courage. Car il doit faire face au scandale de son hôte et peut-être de beaucoup d’invités. Il ne cède pas à son émotion, ni à sa sensualité. Il voit que cette femme attend de lui une parole libératrice. Et il la prononce.

L’Église du Christ est porteuse de cette parole, si précieuse dans notre société devenue parfois si dure, et où l’on s’ingénie à chercher et à trouver des coupables, et les coupables, ce sont presque toujours les autres !

Frères et sœurs, comprenez que la miséricorde demande du courage ! Elle exige que nous allions au-delà du mal, réel ou imaginaire, dont nous souffrons, et surtout au-delà de nos préjugés, de nos attitudes instinctives de méfiance ou de soupçon, pour témoigner du Christ, qui, lui, contre vents et marées, ne cesse pas de « venir chercher et sauver ce qui était perdu ». Et notre façon la plus originale d’être présents et d’agir dans la cité, c’est notre façon d’exercer la miséricorde !

+ Claude DAGENS

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