Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA PROMESSE DE LA VIE ÉTERNELLE. Homélie lors de la fête de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, à Bassac, le 29 septembre 2013

30 Septembre 2013

LA PROMESSE DE LA VIE ÉTERNELLE. Homélie lors de la fête de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, à Bassac, le 29 septembre 2013

« Toi, l’homme de Dieu, continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle : c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de foi, devant de nombreux témoins. »

Ces paroles de l’apôtre Paul à son disciple très aimé Timothée nous conduiront tout à l’heure à Thérèse de l’Enfant-Jésus et à son pressentiment de la vie éternelle, qui fut si fortement mis à l’épreuve, à travers le combat de sa foi, durant les derniers mois de sa vie.

Mais, avant d’en venir à Thérèse, je dois en rester aux avertissements que nous donnent aujourd’hui le livre d’Amos et la parabole du mauvais riche.

Ces avertissements sont très rudes. On peut même avoir l’impression qu’ils sont des condamnations radicales et même qu’ils ferment l’accès à la vie éternelle, à la vie heureuse avec le Dieu vivant et aimant.

Maudits soient, dit Amos, ces riches de Jérusalem qui se vautrent dans le luxe, dans les dans les dépenses inutiles, dans la profusion des plaisirs de la table et de la chair. Et ce qui est condamné ainsi, ce n’est pas l’arrogance de leur richesse, c’est leur aveuglement. Ce qu’ils possèdent les sépare des réalités du monde. Ils jouissent sans rien voir autour d’eux. Ils seront les premiers des déportés. Et l’on a l’impression que le prophète Amos fulmine ainsi contre eux cette condamnation au nom de la justice de Dieu.

La parabole de l’Évangile de Luc est aussi terrible : ce riche n’est pas coupable de sa richesse. Il est coupable de ne pas avoir vu, tout près de lui, cet homme qui se débattait dans la misère et qui attendait du secours. C’est lui, le riche, qui a créé cette distance avec le pauvre, et, dans le monde de Dieu, cette distance est devenue un abîme infranchissable et Abraham lui-même, qui vit près de Dieu et qui a accueilli le pauvre, ne peut rien pour traverser cet abîme et pour répondre à l’appel de ce riche qui crie son désespoir. Que l’abîme de l’ignorance est immense, on le comprend ! Et c’est cela que l’on sent parfois dans ces situations de misère : il ne suffit pas d’apporter des aides financières, il s’agit de faire attention à ces personnes qui n’ont plus la force de crier au secours et qui sont là, tout près de nous, exclues de la vie commune, traitées comme des marchandises. Ces situations existent, et nous le savons, et nous cherchons à faire ce que nous pouvons pour combler ces fossés dus à l’indifférence existentielle, autant qu’aux situations financières.

Nous acceptons que cette parabole soit comme un cri d’alarme : « Attention ! Regardez autour de vous ! Réveillez-vous ! Entendez ces cris de détresse qui montent de notre société inquiète ! » Mais le Père des cieux se résignerait-il à cette séparation éternelle ? Je veux croire que Jésus, tout en nous avertissant avec vigueur, sait aussi que, Lui, descendra jusqu’aux enfers pour nous en arracher et nous tirer avec lui vers le Royaume de lumière, à travers la purification qu’il opère par sa Croix et sa Pâque.

C’est le monde de la vie avec Dieu qui s’ouvre alors à nous. Et Thérèse de l’Enfant-Jésus en a fait l’expérience, et une expérience très contrastée, puisqu’elle est passée de la foi à la peur, à l’expérience des ténèbres, comme elle l’a raconté elle-même. Dans son enfance, même après la mort de sa mère, elle était certaine de la proximité de Dieu. Le ciel de Dieu, c’était son horizon. « Quand je pense à ces choses, mon âme se plonge dans l’infini, il me semble déjà toucher le rivage éternel. Il me semble recevoir les embrassements de Jésus. »

Et puis ce sera la terrible épreuve de l’obscurité, durant ses derniers mois, de Pâques 1897 jusqu’à l’heure de sa mort, le 30 septembre : « Dieu permit que mon âme fut envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel si douce pour moi ne soit plus qu’un sujet de combat et de tourment… Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l’obscurité… Ce n’est plus un voile pour moi, c’est un mur qui s’élève jusqu’aux cieux et couvre le firmament étoilé. »

Et c’est pour cela que Thérèse parle au cœur de tant d’entre nous, aux heures d’obscurité, lorsque nous sommes tentés par la désespérance et que nous ne percevons plus rien de la lumière du Christ. Alors nous savons que Thérèse nous est proche et qu’elle nous apprend à avancer, à croire, à espérer contre toute espérance, et à vivre alors, plus radicalement, du Christ, de sa Passion et de sa Pâque, en nous laissant saisir par Lui et en ne doutant pas de sa victoire sur le mal.

Cela, ce n’est pas une parabole. C’est une certitude, c’est une promesse, c’est aussi un combat, notre combat de chrétiens qui se savent proches, alors, de beaucoup, et qui acceptent, avec Thérèse, notre sœur, d’être assis à la table des pécheurs, près de Jésus, notre frère.

+ Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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