Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA FRATERNITÉ CHRÉTIENNE APPELLE LE PARDON. Homélie lors de la confirmation, à Confolens, le 15 septembre 2013

20 Septembre 2013 Publié dans #Homélies

LA FRATERNITÉ CHRÉTIENNE APPELLE LE PARDON. Homélie lors de la confirmation, à Confolens, le 15 septembre 2013

Je reviendrai tout à l’heure sur la colère de Dieu, dans le livre de l’Exode, et sur cette parabole des deux fils, celui qui se jugeait indigne d’être pardonné par son père et celui qui refuse le pardon de son frère. C’est une parabole qui n’est pas facile, parce qu’elle évoque des événements dramatiques de séparation et d’exclusion, dont nous faisons parfois l’expérience.

Mais je pense d’abord aux jeunes de chez vous qui vont tout à l’heure être marqués du signe de l’Esprit Saint, par le sacrement de confirmation.

C’est un événement important pour eux, pour chacun d’eux. Ils savent qu’en étant confirmés, ils ne donnent pas seulement une suite à leur baptême. Ils accomplissent un acte personnel d’engagement, ils choisissent d’être chrétiens et de laisser l’Esprit de Dieu agir dans leurs corps et dans leur existence.

Amaury, Émilie, Quentin, Joris, Peter, Mathilde, Maxime, Amélie, Aurélien, Clélia, je vous remercie d’accepter de prendre aujourd’hui comme un nouveau départ, à l’intérieur de vous-mêmes, là où vous avez des doutes à surmonter, des choix à faire, des engagements à prendre, en participant à la vie de l’Église, au corps du Christ. Et vous le faites déjà, j’en suis témoin, en étant servant ou servante de la messe, en participant à nos pèlerinages à Lourdes ou ailleurs, et en ayant surtout conscience d’être chrétiens, croyants au Christ, au milieu d’autres qui ne le sont pas.

Les autres, nous ne les jugeons pas. Mais nous sommes heureux, quand l’occasion se présente, de leur dire nos raisons d’être croyants et d’appartenir à l’Église du Christ.

Et cet événement de la confirmation est aussi important pour vous, leurs parents : ce baptême, que vous avez souhaité pour eux après leur naissance, il porte ses fruits. Vos enfants sont connus et aimés de Dieu. Le Christ Jésus veut faire d’eux ses témoins. Et vous, maintenant, laissez-les contribuer à votre éducation de parents : car on n’éduque pas sans se laisser éduquer par les autres. La foi de vos enfants qui vont vers l’âge adulte vous oblige vous-mêmes à ne pas en rester à une foi infantile, à être des chrétiens qui n’ont pas peur de faire face aux réalités du monde, aux situations difficiles que vous avez à vivre ici, surtout vous, les éleveurs, vous qui vous inquiétez pour votre avenir et qui ne vous résignez pas à être condamnés par des contraintes économiques et financières devenues parfois insupportables. Il faut qu’ici, dans ce doyenné, des initiatives de solidarité continuent à être prises avec vous. L’Église catholique, et moi-même, comme évêque, je sais la gravité de la situation actuelle. Je ne me résigne pas à l’inertie et à l’indifférence. Nous devons reparler de cela, ensemble, comme nous l’avons fait il y a quelques années avec le Père Bocquier. L’Église catholique et ses membres ne peuvent pas se boucher les yeux : nous sommes appelés à mettre en œuvre les ressources de la fraternité chrétienne.

Et la fraternité chrétienne passe aussi par le pardon. Ce pardon qui est parfois humainement impossible, quand on a trop mal, quand on a été blessé dans ce que l’on croit et ce que l’on aime.

Et la parabole des deux fils est extraordinairement réaliste à ce sujet. Elle n’est pas une leçon de morale. Elle est la révélation de ce qu’il y a de plus profond en l’homme et surtout dans le cœur de Dieu.

D’un côté, un fils jeune et impatient de vivre : il lui faut de l’argent, il l’exige, il l’obtient et il part au loin, il se lance dans des aventures en tout genre, financières, sentimentales et sexuelles, il mène une vie de désordre. Et c’est l’échec. Et il n’a plus qu’une solution : revenir chez lui. Mais il se juge indigne du pardon de son père, en qui il ne voit plus qu’un patron comme un autre : « Traite-moi comme l’un de tes ouvriers ! »

Et la merveille, c’est le cœur de ce père. Il a attendu. Il n’a pas désespéré. Il n’a pas condamné. Et c’est lui, le premier, qui court vers son fils et qui l’embrasse, et qui en l’embrassant, le fait renaître, lui redonne vie, le ressaisit dans son pardon. « Il était perdu et il est retrouvé ! Il était mort et le voilà vivant ! » C’est comme une résurrection opérée par le pardon !

Et face à cette résurrection, la dureté du fils aîné. Lui est scandalisé. Il fallait punir le coupable. Pourquoi cette fête ? C’est inadmissible ! Et le refus d’accueillir son frère l’enferme lui-même dans la colère et la révolte. La parabole ne dit pas comment a réagi ce fils fidèle. Cette parabole vient de Jésus qui est là, déjà en butte à ces pharisiens et ces scribes qui sont scandalisés de son attitude. Jésus vit déjà sa Passion. Il ira jusqu’au bout de sa mission. C’est sur la Croix qu’il laissera jaillir la source de la miséricorde de Dieu, de Dieu qui est capable aussi de se mettre en colère, quand son peuple refuse de le reconnaître. Et comme toujours, la colère se mesure à la souffrance.

Mais le dernier mot de Dieu, ce n’est pas la colère. C’est la miséricorde. C’est le cœur ouvert à notre humanité réelle.

Frères et sœurs, avec ces jeunes qui franchissent un seuil dans leur existence chrétienne, je vous appelle à croire à la miséricorde de Dieu, à dépasser les rancunes et les ressentiments qui peuvent nous marquer et à trouver dans le Christ, dans l’Eucharistie, aujourd’hui même, la force d’aller au-delà du mal que nous commettons ou que nous subissons, à cause du Père des miséricordes, notre Père.

+ Claude DAGENS

Partager cet article

Repost 0