Le blog de Mgr Claude DAGENS

VIVANTE EST LA PAROLE DE DIEU !

20 Janvier 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Méditations - récollections

Catéchèse donnée à Angoulême le 16 janvier 2009, lors d’un rassemblement de jeunes organisé en lien avec la Communauté de Taizé.

 

 

1. POURQUOI SOMMES-NOUS RASSEMBLÉS ?

 

·        Nous sommes rassemblés ce soir à Angoulême sous le signe de Taizé, comme à Taizé.

·        Nous venons à la source. Nous venons comme des pèlerins, des gens qui s’arrêtent un moment pour écouter, pour chanter, pour prier, pour respirer le silence, et aussi pour accueillir la Parole vivante de Dieu.

·        Nous venons tels que nous sommes, avec tout ce qui habite notre cœur et notre corps. Quand je dis « tels que nous sommes », j’insiste : nous sommes faits pour rencontrer Dieu avec tout ce que nous portons en nous, le meilleur et le pire.

            Et parfois le pire de nous-mêmes, des autres, de notre monde : le pire, c’est le désespoir, le découragement, la peur. Je pense à ces filles et à ces garçons que j’ai rencontrés l’autre jour à Montbron et à La Rochefoucauld. J’ai admiré : plusieurs m’ont confié leurs souffrances, en particulier à cause du suicide de personnes aimées (un père, une mère, un camarade).

            Il y a tous ces événements plus ou moins visibles ou cachés qui nous blessent. D’où viendra l’espérance ? Qui nous relèvera ? Qui nous aime vraiment au point de tout accepter de nous ?

            J’entends encore la Parole de l’Évangile de ce matin. On a porté un paralysé à Jésus, un homme gravement handicapé. Et Jésus le regarde, regarde ceux qui l’ont porté sur un brancard et il lui dira deux paroles :

                        - « Tes péchés sont pardonnés ! »

                        - et ensuite : « Lève-toi et marche ! »

            Deux paroles qui rendent la vie, qui délivrent et qui relèvent !

            Et je me souviens de cet homme de chez nous, de La Couronne, qui a été guéri à Lourdes de la sclérose en plaques. Il était parti sur un fauteuil d’handicapé. Il revient debout et il marche.

            Que s’est-il passé ? Il a fait une double expérience : d’abord il a reçu le sacrement du pardon et il a eu la certitude d’être enfin libéré de toute la « mémoire du mal » qu’il portait en lui. Et puis, dans la nuit qui a suivi, il a perçu une parole : « Lève-toi et marche ! » Il a cherché à se lever, et il s’est remis à marcher, comme un petit enfant…

 

            Dieu nous délivre. Dieu nous relève par sa Parole vivante.

            D’où vient cette Parole ? Comment agit-elle ? Comment la laisser agir en nous ?

 

 

2. DIEU NOUS PARLE ET SA PAROLE APPELLE À VIVRE

 

·        Dieu parle. C’est un événement étonnant. Le Dieu auquel nous croyons, le Dieu des Juifs et des chrétiens, est un Dieu qui n’est pas enfermé en lui-même. Dieu sort de lui-même, il se tourne vers le monde, vers les hommes, et sa Parole est une parole qui appelle à l’existence, à la vie.

            Nous savons par expérience qu’il y a des paroles qui tuent, qui démolissent. Nous sommes parfois victimes de ces paroles : « Tu ne vaux rien ! Tu n’es capable de rien ! Je te déteste ! Je te rejette ! » Parfois aussi nous sommes coupables de prononcer ces paroles et de détruire les autres par nos paroles.

 

·        En Dieu, la Parole est toujours une Parole qui fait vivre, qui appelle à l’existence, à la vie.

            Et la Bible, du début à la fin, c’est le livre qui raconte comment Dieu entre en relation avec le monde et les hommes par sa Parole. Du début à la fin, la Bible est le livre du dialogue de Dieu avec les hommes.

 

·        Tout commence par l’acte de création. Dieu crée par sa Parole. Il appelle le monde à l’existence : « Que la lumière soit ! », « Que la terre soit ! », « Que l’homme et la femme soient, et qu’ils soient à l’image de Dieu, qu’ils s’aiment ! »

            À la source du monde et de l’humanité (je dis bien à la source et non au commencement), il y a la Parole de Dieu qui appelle. Ce n’est pas une vérité scientifique. C’est un acte de Révélation : à la source du monde, il n’y a pas de hasard, ou la nécessité, ou le chaos, il y a la Parole vivante de Dieu.

 

·        Et Dieu ne cesse pas d’appeler, de créer du neuf dans notre humanité, en appelant. En appelant cet homme nommé Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je t’indiquerai ! »

            C’est ainsi que commence l’histoire du peuple de Dieu, à partir de ce dialogue entre Dieu et Abraham. Abraham, c’est l’homme envers qui Dieu s’engage et qui lui répond, qui se fie à sa Parole. Et la Parole de Dieu ouvrira pour lui le chemin d’une vie nouvelle, à travers un déracinement, une marche, une découverte.

            J’entends encore cette religieuse venue d’Afrique, du Congo, et évoquant sa propre expérience de déracinement. Elle se reconnaissait dans la personne et l’histoire d’Abraham. Elle m’a dit à peu près : « Ce qui me fait vivre maintenant ici, en France, c’est l’engagement de Dieu avec moi et mon engagement avec lui ! » Cela s’appelle une Alliance.

            La Parole de Dieu crée le monde et elle crée une Alliance, une histoire d’Alliance qui commence avec Abraham et qui continue avec nous : nous sommes voyageurs et pèlerins sur la terre. Nous venons de Dieu et nous apprenons à aller vers Dieu.

 

·        Et sur cette route de l’Alliance, Dieu va appeler son peuple à vivre d’une façon nouvelle. Il lui donne des Paroles de vie, des paroles qui orientent la vie, des « commandements ».

            C’est ce qu’on appelle en hébreu la Torah, la Loi, c’est-à-dire comme la charte de l’Alliance, le code de la vie selon Dieu.

            Avec deux appels, deux commandements, qui sont l’essentiel de toute la Loi :

                        - « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force »

                        - « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

            Jamais on n’avait entendu cela dans le message des autres religions. Non seulement Dieu s’engage avec les hommes, mais le cœur de cet engagement, c’est l’Amour. Et donc l’amour pas seulement comme un sentiment (les sentiments, ça va et ça vient, ça monte et ça descend, ça passe), mais comme un acte de liberté, un acte qui engage toute l’existence, le cœur, le corps, la conscience, l’existence tout entière, et d’abord les relations aux autres humains.

            « Tu aimeras » : et c’est pourquoi on peut dire que la Parole de Dieu nous juge. Elle nous juge non pas pour nous condamner, mais en faisant de nous des hommes et des femmes qui apprennent ce qui est le plus important : le plus important, ce qui nous fait vivre vraiment, c’est l’amour reçu et donné, c’est l’amour qui nous appelle à sortir de nous-mêmes pour vivre une vie nouvelle, une vie ouverte à Dieu et aux autres.

 

 

3. LA PAROLE DE DIEU S’EST FAITE CHAIR

 

·        Mais la Révélation chrétienne, la foi chrétienne va plus loin. Il y a dans le christianisme une nouveauté inimaginable. Et il me semble que nous ne pouvons pas nous habituer à cette nouveauté de Dieu pour nous.

·        Devenir chrétiens aujourd’hui, c’est une nouveauté. Parce que notre société n’est plus chrétienne. Parce que la mémoire chrétienne s’est évaporée. Parce que les signes chrétiens ne sont plus reconnaissables.

·        À nous, donc, de reconnaître ce qu’il y a d’absolument neuf et de bouleversant dans l’événement chrétien. Un événement, c’est-à-dire quelque chose qui advient, quelque chose qui surprend, quelque chose qui bouscule nos idées sur Dieu.

·        Cette nouveauté tient en deux paroles saisissantes qui se trouvent dans l’Évangile de Jean :

            - D’abord au début de l’Évangile :

                        « Le Verbe de Dieu s’est fait chair et il a habité parmi nous, il a planté sa tente parmi nous » (Jean 1, 14).

            Dieu, le Créateur du monde, est vivant parmi nous. Il a pris chair de notre chair. Il est venu demeurer à l’intérieur de notre humanité. C’est le mystère de Jésus, le Fils du Dieu vivant devenu notre frère.

            - La seconde parole se trouve dans le dialogue que Jésus a eu avec un Juif savant nommé Nicodème, à Jérusalem. Cet homme s’interroge sur le mystère de Dieu et Jésus va le conduire à l’essentiel :

                        « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en Lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16).

            Je donnerais tout l’Évangile pour cette Parole : elle dit tout de la nouveauté chrétienne. Le christianisme, c’est d’abord et avant tout le Christ Jésus, en qui Dieu nous parle de Lui qui nous aime et de nous, appelés à vivre de son Amour.

            Entendez bien : le christianisme, ce ne sont pas d’abord des idées, ni même des valeurs. Le christianisme, c’est Jésus, le Christ, et c’est nous appelés à renaître de Lui et à porter son signe.

 

            Quand je dis « renaître de Lui », je pense à une femme qui habite ce quartier et qui se prépare au baptême. Cette femme a été très éprouvée par la vie. On a dû l’amputer d’une jambe, mais au lendemain de son opération, cette femme ne s’est pas résignée. Elle voulait vivre, elle veut vivre d’une vie nouvelle : dans son corps abîmé, elle veut recevoir la vie de Dieu, l’amour du Christ, la force de l’Esprit Saint.

 

            Un dernier mot. J’ai parlé de paroles, de la Parole de Dieu qui nous appelle à vivre. Je dois ajouter ceci : la Parole de Dieu s’accompagne toujours de signes, de signes qui parlent de Dieu avec nous.

            Il y a en particulier deux signes chrétiens qui sont extrêmement parlants, deux signes qui sont liés à la vie de Jésus lui-même, du début à la fin : la crèche et la croix.

            Je voudrais que dans le silence de nos cœurs, nous regardions ces deux signes et nous les laissions nous parler.           

                        - La crèche : l’enfant Jésus sur la paille, dans une étable. Il est là, il ne parle pas, il gazouille peut-être, et surtout il est désarmé, il ne s’impose pas, et il attend d’être reconnu, adopté, aimé.

            Voilà Dieu parmi nous, qui attend d’être reconnu, comme un enfant ou comme un pauvre.

            Et nous voilà à l’image de Dieu, en attente d’amour, avec la certitude que Lui, Jésus, comprend très bien ce que veut dire cette attente d’amour.

 

                        - La croix : un gibet de bois, où Jésus a été suspendu et où il va mourir violemment, en dehors des remparts de Jérusalem, condamné par les autorités politiques et religieuses, trahi, vendu par l’un des siens, renié par un autre.

            Et sur la croix, des paroles étonnantes qui ouvrent l’avenir, non pas des paroles de désespoir, mais des paroles de pardon et d’espérance.

                               « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34).

                        - Et au criminel qui est près de lui et qui se repent :

                               « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! »

                               « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis ! » (Luc 23, 42-43)

            Des paroles de vie prononcées par un condamné à mort. Jésus, à l’heure de sa mort, est tourné vers son Père et tourné vers nous.

            C’est déjà la résurrection à l’œuvre. C’est le sommet et le cœur de la Révélation chrétienne : la victoire sur le mal et la mort, la vie nouvelle, la vie éternelle qui jaillit, comme une source, du corps et du cœur de Jésus.

                               « En sa personne, il a tué la haine et il est notre paix » (Paul aux Éphésiens 2, 16).

 

 

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