Le blog de Mgr Claude DAGENS

UNE LOGIQUE QUI N'EST PAS DE CE MONDE. Homélie lors du 20e anniversaire de Radio Accords, le samedi 30 juin 2012

2 Juillet 2012 Publié dans #Homélies

20 ans Radio Accords

 

           Il faut faire très attention à la Parole de Dieu. D’abord parce qu’elle est multiple, et surtout parce qu’elle révèle des réalités que nous ne percevons pas par nous-mêmes. C’est le cas aujourd’hui avec cette victoire de la vie que Dieu donne, telle que l’annonce le livre de la Sagesse, un siècle avant le Christ, et telle que l’illustre le récit de l’Évangile de Marc, avec cette femme victime d’hémorragies incurables et avec la fille ressuscitée de Jaïre.

            Cette victoire de la vie est une préfiguration de la résurrection de notre chair : il faudra y revenir. Mais il ne faudrait pas perdre en route le précieux enseignement de l’apôtre Paul au sujet de cette pauvreté qui rend riche, puisque « ceux qui ont ramassé beaucoup de manne n’ont rien eu en plus, et que ceux qui en ont ramassé peu n’ont manqué de rien. » C’est toujours cette étonnante logique du Royaume de Dieu qui n’est vraiment pas de ce monde où l’on ne cesse de calculer. Quel enseignement !

            La vie que Dieu donne, c’est la vie biologique, mais, au sein même de la vie biologique, c’est une vie nouvelle,  une vie sans mort, une vie dont la source passe par cet homme nommé Jésus, le Sauveur. Cette femme malade l’a compris, et la souffrance la rend intelligente, d’autant plus que les efforts de ses médecins n’ont rien obtenu. Au contraire ! Alors elle va vers Jésus parce qu’elle a perçu en lui une force de vie qui n’est pas de ce monde. Elle franchit tous les obstacles. Elle touche sa tunique. Et lui, Jésus, semble presque dépendre de ce geste de foi. Il voit cette femme et il lui donne ce qu’elle désirait. Elle est guérie parce qu’elle a laissé grandir en elle cette confiance plus forte que ses déceptions. Peut-être – même si l’Évangile ne le dit pas – y a-t-il eu pour elle la grâce d’une rencontre personnelle qui l’a délivrée de ce qui l’enfermait dans sa souffrance. Elle n’est pas seulement guérie dans son corps. Elle se sait appelée à une vie nouvelle. Elle renaît à la vie de Dieu.

            Quant à la fille de Jaïre, elle n’a pas attendu Jésus. Elle est morte. Mais Jésus n’est pas troublé par cet événement. Il fait taire les pleureuses. Il s’avance. Il saisit la main de la jeune fille : « Talitha Koum ! ». Et elle se lève, ressuscitée, comme si ce relèvement était naturel. Déjà la résurrection du Christ est à l’œuvre. Le Seigneur vient et nous prend dans sa Pâque : « Ne crains pas ! Crois seulement ! Lève-toi ! »

            Quel rapport entre ce beau signe de résurrection et l’appel de l’apôtre Paul à accepter la pauvreté pour être enrichi par les dons de Dieu ! Aucun, à première vue ! Et pourtant, c’est la même logique qui n’est pas de ce monde : face à la force des calculs, c’est l’efficacité du don qui est affirmée. Rien ne sert d’avoir plus. L’important est d’apprendre à recevoir et à donner. Avec peu de manne recueillie, on ne manque de rien. En accumulant, on se rend incapable de s’ouvrir au don de Dieu.

            Cette logique-là bouleverse l’ordre du monde, quand l’ordre du monde ne consiste qu’à calculer non seulement pour s’enrichir, mais surtout pour dominer. Ce n’est pas seulement la loi du profit qui est à l’œuvre. C’est la loi de la jungle qui fait des victimes. Et si jamais on demandait : « Quel rapport avec cette Parole de Dieu et le fonctionnement d’une radio diocésaine ? »

            Apparemment, aucun ! Mais il faut insister, au risque de surprendre. Radio chrétienne, qu’est-ce que cela veut dire ? Ceci : qu’il ne suffit pas à l’Église catholique d’accompagner les évolutions du monde, et encore moins de les commenter ou de s’en servir ! Il s’agit d’inscrire au cœur de ces évolutions cette logique du Royaume de Dieu et de sa justice, qui n’est pas de ce monde ! Priorité aux exigences de la conscience, et, contre vents et marées, refus de consentir à ce qui crée la mort, à ces attitudes de peur qui minent notre société fragile, ou à ces résignations plus ou moins visibles qui reposent sur une vision désespérée du monde !

            Que notre Radio diocésaine vive de ce qui fait vivre vraiment, de ce qui réjouit et élargit les cœurs, de ce qui encourage à l’amour de la vérité, et de tout ce qui ouvre, en dernière instance, à la joie de croire en Dieu ! En toi, Seigneur Jésus, quand tu viens vaincre la mort, en faisant cesser les lamentations et en nous donnant de participer à ta résurrection !

 

X Claude DAGENS

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