Le blog de Mgr Claude DAGENS

Une année sacerdotale sous le signe de saint Jean-Marie Vianney. EA 3 juillet 2009

7 Juillet 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Edito Église d'Angoulême

Le vendredi 19 juin, en la fête du Sacré-Cœur de Jésus, notre pape Benoît XVI a ouvert cette année sacerdotale qu’il a lui-même souhaitée et qu’il a placée sous le patronage d’un prêtre français, saint Jean-Marie VIANNEY, le curé d’Ars. On comprend sans peine quelles raisons justifient cette année spécialement consacrée aux prêtres. Il s’agit tout à la fois :

            - de susciter chez les prêtres eux-mêmes comme un pèlerinage aux sources, en les incitant à comprendre pourquoi ils sont placés au cœur de la mission de l’Église, au nom du Christ Sauveur 

            - d’encourager l’ensemble des baptisés à comprendre l’importance vitale des prêtres dont le sacerdoce ministériel est inséparable du sacerdoce commun des fidèles.

 

            Benoît XVI a voulu placer cette année sacerdotale sous le patronage du curé d’Ars, en le proposant explicitement comme le patron non seulement des curés, mais de tous les prêtres du monde, et en citant cette parole qui lui était familière : « Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus ».

            Je n’oublie pas que, l’an dernier, il avait été envisagé d’organiser à Ars une retraite des prêtres de notre diocèse d’Angoulême. Je m’étais préparé à animer cette retraite. Qu’il me soit donc permis de dire, à la suite du pape Benoît XVI, pourquoi la vie, le ministère et la mort de Jean-Marie VIANNEY demeurent pour nous, pasteurs et serviteurs du Christ, une source d’inspiration.

 

            Je n’hésite pas à rapprocher le curé d’Ars de l’apôtre Paul, pour une raison décisive. Cet homme était fragile et conscient de ses fragilités. Il a constamment lutté pour demeurer fidèle à l’appel reçu du Christ. Il se jugeait souvent dépassé par la mission qu’il avait à exercer. Il avait une très vive conscience de sa faiblesse humaine, « des échardes » qu’il portait dans son corps, dans son cœur, dans son action. Comme l’apôtre Paul, il a supplié le Christ de l’en délivrer : « Mais il m’a déclaré : ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. Aussi mettrai-je mon orgueil bien plutôt dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. Donc je me complais dans la faiblesse, les insultes, les contraintes, les persécutions et les angoisses pour le Christ ! Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Cor 12, 9-10).

            Jean-Marie VIANNEY a vécu intensément ce paradoxe qui se trouve au cœur du ministère apostolique : la force victorieuse du Christ passe à travers ce qui nous éprouve, d’une manière ou d’une autre. Nous vivons ainsi le mystère pascal à l’intérieur de nous-mêmes et c’est ce mystère de mort et de résurrection qui est à la source de notre ministère.

 

            Mais une autre conviction extrêmement forte animait aussi Jean-Marie VIANNEY : il croyait à la proximité de Dieu, à la présence du Christ, et à la façon très concrète et même très sensible dont cette proximité et cette présence se manifestent au peuple des croyants, spécialement à travers la Parole de Dieu et à travers les sacrements de l’Église. Cet homme, terriblement conscient de ses limites d’homme, ne doutait pas d’être comme un instrument de l’action réconciliatrice du Christ. Il était certain que cette action réconciliatrice passait par ses paroles et ses actes de pasteur : par sa prédication, par la célébration de la messe et par le sacrement de la pénitence et du pardon. C’est précisément cela qui le dépassait : il savait, il voyait que Dieu se servait de lui pour appeler des hommes pécheurs à la conversion et pour les encourager à entrer dans une vie nouvelle.

            Depuis quelques mois, je relis les grands romans de Georges BERNANOS : Sous le soleil de Satan, La Joie, Le Journal d’un curé de campagne. Il est évident que la référence au curé d’Ars inspire ces romans, et j’y trouve précisément ceci qui fait partie de la « spiritualité » du curé d’Ars : Satan, même s’il est très rusé et très pervers, n’a jamais le dernier mot, même s’il inspire la pire des tentations, celle du désespoir et du néant. Le péché, ou les péchés, si graves qu’ils soient, sont comme engloutis dans ce courant immense de la grâce de Dieu qui jaillit du cœur du Christ.

            Oui, « le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus », et c’est de la victoire de cet amour que nous sommes les témoins et les signes à partir de la Passion et de la Pâque du Christ.

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