Le blog de Mgr Claude DAGENS

TOUS FRAGILES, TOUS HUMAINS ET CHACUN EST UNIQUE. Eucharistie à Saint-Martial pour la journée des malades, le samedi 12 février 2011

25 Février 2011 Publié dans #Homélies

 

            « Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés… » Voilà les signes que Dieu donne dans la chair même de notre humanité, dans nos corps plus ou moins fragiles !

            Car nous sommes tous fragiles et tous désireux d’être non seulement reconnus avec nos fragilités, mais aussi délivrés de tout ce qui peut fragiliser nos existences et handicaper nos corps !

            Et si le Verbe de Dieu s’est fait chair, ce n’est pas pour se donner en spectacle, c’est pour venir habiter notre humanité réelle, et même pour tout prendre sur lui de ce qui marque et qui blesse notre chair, jusqu’à l’heure de son offrande et de sa Croix. Mais le Christ que nous célébrons et qui nous réunit n’est pas un malade de plus, il ne fait pas l’éloge du mal et de la maladie, il ne nous appelle pas seulement à la compassion, mais à la lutte et à l’espérance.

            « Si tu le veux, Seigneur, tu peux me purifier, me délivrer, mettre en moi cette force douce de l’Esprit Saint qui permet de vivre et d’aimer la vie, tout en assumant ce qui nous blesse ! »

            Et Jésus agit ainsi, et l’Évangile le raconte, non pas comme un conte de fées rempli d’actions magiques, mais, comme à Lourdes, devant la grotte de Massabielle.

            Quel que soit le nombre des malades, chacun est unique. Chacun est reconnu pour lui-même : et voici cet aveugle de Bethsaïde que Jésus emmène avec lui en dehors du village, parce qu’il veut sans doute parler avec lui et accomplir pour lui un signe dont il sera, lui, l’aveugle, le seul témoin.

            Et c’est cela la pédagogie de Jésus et la pédagogie de l’Église. Ce n’est pas une technique qui s’appliquerait de façon automatique, même pour réaliser des actions exceptionnelles. C’est avant tout une rencontre personnelle.

            Cet homme de Bethsaïde, il est bon pour lui d’être vraiment en relation avec Jésus, et peut-être qu’il est bon pour lui de s’ouvrir progressivement à la lumière du monde. Il voit, mais il ne distingue pas immédiatement ce qu’il voit : les hommes lui apparaissent d’abord comme des arbres qui marchent. Il est comme Jean-Pierre BÉLY guéri à Lourdes de sa sclérose en plaques et qui va, peu à peu, réapprendre à marcher, comme un enfant.

            Et nous sommes tous des enfants de Dieu qui n’en finissent pas de s’éveiller à sa présence, qui ouvrent les yeux de la foi pour contempler les réalités du monde dans une lumière nouvelle.

            Cet aveugle guéri est pareil à ces nouveaux baptisés ou à ces nouveaux confirmés qui vont apprendre peu à peu à vivre du don de Dieu et de l’action de l’Esprit Saint.

            J’admire cette progressivité de l’ouverture à Dieu qui passe par nos handicaps et nos fragilités. Et vous, les personnes malades qui êtes à côté de nous, avec nous, vous avez la mission de nous apprendre à tous cette bonne patience, cette lente éducation qui n’attend pas des résultats immédiats, mais qui témoigne du travail inlassable de Dieu dans notre chair.

            Alors, que l’on n’attende pas de l’Église des actions d’éclat, des coups de trompette, des résultats mirobolants ! Que l’on accepte plutôt d’entrer ensemble dans cette Alliance ordinaire entre la chair du Christ et notre chair humaine, entre les signes sacramentels et nos corps fragiles ou abîmés par la maladie !

            C’est cela qui constitue la mission chrétienne ordinaire : non pas des performances, mais des rencontres, de ces rencontres où chacun est appelé à être reconnu avec ce qu’il a d’unique et à reconnaître les autres de la même manière, comme des frères et sœurs pétris de la même humanité, et appelés à recevoir la même vie de Dieu !

            Voilà l’Église, ce Corps toujours fragile et étonnamment vivant, et capable de renaissances inattendues, quand il se laisse travailler par l’Esprit Saint, à travers la prière commune et la fraternité vécue !

            Viens, Esprit Saint, en nos corps, guéris ce qui est blessé, éclaire ce qui est obscur, redresse ce qui est tordu, apaise ce qui est troublé ! Sois notre force et notre espérance, et fais de nous ce peuple qui, humblement, témoigne du travail de Dieu et de l’action de Jésus Christ parmi nous !

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