Le blog de Mgr Claude DAGENS

TON PÈRE EST PRÉSENT DANS LE SECRET. Homélie lors de la messe des Cendres, à Saint-André d'Angoulême, le mercredi 13 février 2013

18 Février 2013 Publié dans #Homélies

Cendres

 

           Nous entrons en Carême. Nous regardons vers Pâques, et vers le Christ de Pâques, mort et ressuscité. Il est notre chemin vers le Père, et ce temps nous est donné pour nous convertir à Lui, le Seigneur. Nous convertir, au sens concret du mot grec metanoia : retournement de l’esprit, changement radical de direction, consentement à ce renversement par lequel nous nous ouvrons au mystère de Dieu, ce Père qui est présent dans le secret.

            Tous les appels contenus dans la Parole de Dieu, du livre de Joël à l’apôtre Paul, en passant par l’Évangile de Matthieu, vont dans le même sens :

            - « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » ! 

            - Frères et sœurs, « au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »

            - Et puis, que vous fassiez l’aumône, que vous priiez ou que vous jeûniez, faites-le, fais-le devant un unique témoin, « ton Père qui est présent dans le secret » !

            Et c’est là qu’est la nouveauté chrétienne : non pas seulement dans la pratique de l’aumône, de la prière et du jeûne, mais dans cette conscience d’une présence bienveillante et aimante, « ton Père qui est là, présent dans le secret ».

            De sorte que nos comportements et nos actes font de nous non pas d’abord des hommes et des femmes vertueux, mais des hommes et des femmes reliés à Dieu au milieu des autres, des hommes et des femmes qui attestent en actes de charité, de prière et de jeûne cette relation réelle et mystérieuse de Dieu à notre humanité, à notre existence personnelle.

            L’enjeu du Carême est là : dans l’attestation concrète de l’Alliance du Dieu vivant avec nous, et cette Alliance se réalise dans l’intimité des consciences et des cœurs, elle passe par notre intériorité de croyants, et elle n’est pas faite pour être montrée, comme on montre ses diplômes ou ses titres, mais pour être perçue comme une part constitutive de notre identité.

            Nous sommes en ce monde des signes visibles du Dieu invisible. Cette paternité de Dieu présent dans le secret, ce Dieu qui nous connaît et que nous sommes appelés à connaître, c’est à nous de la manifester par notre façon de donner, de prier, de consentir à nous limiter dans nos désirs.

            CarêmeDans la décision impressionnante que le pape Benoît XVI a prise de renoncer à sa charge de successeur de Pierre et d’évêque de Rome, c’est cela qui est l’essentiel et qui échappe à beaucoup d’observateurs fascinés par le caractère exceptionnel de cet acte. C’est cette relation à Dieu qui est évidemment le cœur de cet homme devenu évêque et pape. Sa décision, il l’a prise devant Dieu, en interrogeant sa conscience, à plusieurs reprises, comme il l’a dit lui-même aux cardinaux.

            De lui, et de nous autres, nous ne voyons que la part visible, que les actes, les gestes, les signes qui s’expriment à travers nos corps. Et souvent nous échappe non pas ce qui est caché, mais ce qui est présent de façon invisible, et en particulier cette relation si réelle et si vitale à Celui que nous reconnaissons comme le Père présent dans le secret.

            Le secret de nos vies, ce n’est pas ce que nous dissimulons aux regards des autres, c’est ce qui est inscrit au plus profond de notre être personnel, ce nom unique que Dieu seul connaît.

            Frères et sœurs, en cette année de la foi, nous sommes appelés à vivre comme des baptisés qui croient en Dieu et qui témoignent de Lui. Et cela, qui pourrait paraître une banalité, ne l’est pas du tout, parce que nous vivons dans une société qui évite la présence de Dieu, et où beaucoup de vides sont remplis par toutes sortes de drogues, douces ou dures. Mais l’effet est le même : on cherche à s’éclater, comme l’on dit, à sortir de soi-même pour se laisser emporter loin des soucis ou des ennuis quotidiens. Et le piège de la drogue, du cannabis à la cocaïne, est connu : ce qui semble donner du plaisir vient au contraire détruire, dissoudre, embrouiller l’existence.

            On ne voit plus la réalité. On la rêve, et on se ment. Alors que la voie chrétienne, la vie chrétienne consiste à voir le réel, à chercher Dieu et à croiser son regard de Père, qui attend que nous nous ouvrions à Lui, pour qu’il manifeste qu’il est « tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. »

            Seigneur, donne-nous de connaître cette joie que tu donnes à ceux et celles qui, dimanche, répondront à l’appel décisif en vue du baptême, ces catéchumènes qui, eux, parce qu’ils ont parfois fait l’expérience de ce qui détruit, désirent vivre la vraie vie, la vie nouvelle des enfants de Dieu, forts de leur foi et sûrs de ton Amour !

 

+ Claude DAGENS

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