Le blog de Mgr Claude DAGENS

REPARTIR D'EMMAÜS. Eucharistie à Bassac pour la fête de Ste Thérèse et pour le rassemblement des doyennés de Jarnac et de Segonzac, le 3 octobre 2010

4 Octobre 2010 Publié dans #Homélies

Sainte Thérèse de Lisieux est aussi sainte Thérèse de Bassac. C’est elle qui nous rassemble aujourd’hui, elle qui est devenue un signe simple et lumineux de l’Amour miséricordieux du Dieu vivant. À cet amour miséricordieux, elle s’est offerte elle-même, par un acte radical d’abandon. À cet amour miséricordieux, elle avait demandé d’agir – alors qu’elle n’avait que 14 ans – pour un criminel nommé Pranzini qui, juste avant d’être guillotiné, embrassa la Croix de Jésus. À cause de cet amour miséricordieux, comme elle l’a écrit elle-même, « même si elle avait sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, elle irait, le cœur brisé de repentir, se jeter dans les bras de Jésus. » Et si Thérèse de l’Enfant Jésus continue à attirer le peuple des pécheurs, d’Édith PIAF à François MITTERRAND, c’est à cause de cet Amour miséricordieux.

            Mais que Thérèse me pardonne ou me comprenne si je repars plutôt d’Emmaüs, et non pas de Lisieux, pour motiver notre rassemblement d’aujourd’hui.

            Ce rassemblement, vous l’avez voulu comme un point de départ, en vue de faire route ensemble, vous tous qui êtes liés aux deux doyennés de Jarnac et de Segonzac. Et je suis sûr que vous l’avez compris : je ne vais pas vous annoncer ce matin la fusion de ces deux zones pastorales. L’Église du Christ n’avance pas d’abord à travers des actes administratifs, mais à des travers des marches communes, des pèlerinages. Et ce qui caractérise un pèlerinage, que l’on aille vers Lourdes, vers Rome ou vers Saint Jacques de Compostelle, c’est la marche elle-même, avec ses imprévus, avec les variations du ciel et surtout avec des rencontres inattendues.

            Alors acceptez de ne pas être ou de ne plus être un peuple d’habitués qui croient déjà se connaître ! Acceptez d’être surpris par les signes que Dieu vous donne et vous donnera, et qu’il nous donne déjà, avec la venue parmi nous du Père Marcel ZONGO, prêtre du diocèse de Koudougou, et avec des personnes nouvelles et notamment des jeunes, qui attendent d’être accueillies et reconnues.

            Acceptez d’avancer, comme sur le chemin d’Emmaüs, en partant non pas de Jérusalem, le lieu de l’épreuve et du désespoir, mais d’Emmaüs, le lieu de la reconnaissance !

            Car si nous ne faisons route ensemble qu’en ruminant nos peurs, il n’y aura pas d’avancées possibles, il n’y aura que le découragement et les retours en arrière.

            Mais si nous repartons de Jésus Christ, premier-né d’entre les morts, le Fils ressuscité du Dieu vivant, alors, tout sera ouvert devant nous. « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » Et ils se mettent à relire les événements qu’ils viennent de vivre, non plus comme des événements de brisures et de mort, mais comme des passages à travers lesquels Quelqu’un est venu à leur rencontre, non pas seulement pour partager leurs souffrances, mais pour leur faire partager la force de sa résurrection.

            À nous de faire route ensemble avec nos souffrances, mais pas à partir de ces souffrances ! À nous de prendre la route à partir des signes réels que Dieu nous donne et qu’il inscrit en nous !

            Voici le signe de sa Pâque, le pain rompu, l’Eucharistie, qui est là pour nous façonner dans notre chair, pour faire de nous le Corps du Christ, le signe sensible de sa charité.

            Et voici l’autre signe : la Parole de Dieu ouverte, lue, écoutée, ruminée, priée ! La Parole qui dit Dieu quand il se livre à nous à l’intérieur de notre histoire, pour nous révéler que le mal, sous toutes ses formes, n’a jamais le dernier mot.

            Et, au début de la route, il y a eu le premier signe : « Jésus, s’étant approché, cheminait avec eux. » Il est là, le Ressuscité, proche, fraternel, il les écoute livrer leur désarroi : « Et nous espérions, nous, qu’il était Celui qui allait délivrer Israël. »

            « Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ». La route chrétienne n’exclut pas nos aveuglements, nos fermetures, nos désespoirs. Mais elle ne se réduit pas à eux. La route chrétienne, c’est la route à parcourir avec Lui, le Ressuscité, et Lui ne se résigne jamais à ce qui nous entrave.

            C’est l’expérience des « pèlerins d’Emmaüs ». Ils ne voient plus le Ressuscité, mais ils croient en Lui, et ils deviennent ses témoins. Ils vivent de sa Pâque, mort et résurrection, au plus profond de leur chair.

            C’est l’expérience de Thérèse, durant ses derniers mois : elle ne sent plus, elle ne voit plus la présence de Dieu, elle est plongée dans les ténèbres, mais elle croit et elle devient alors un signe extraordinairement humain de la Lumière de Dieu.

            Et cela peut être aussi notre expérience à tous, parce que c’est celle de l’Église qui n’en finit pas d’annoncer la Pâque du Christ, en la vivant de l’intérieur.

            Au-dedans même de tout ce qui nous blesse, la force du don de Dieu est à l’œuvre. J’ose vous demander de lire à la fin de ma lettre pastorale, les paroles du frère Christian de CHERGÉ, le prieur des moines de Tibhirine, quand il explique qu’ « espérer, c’est apprendre à ne pas imaginer l’avenir, mais à le trouver dans le Christ ! ».

            Cela vaut pour tous, et tout spécialement pour vous, les missionnaires de sainte Thérèse, et pour ce peuple de Dieu décidé à faire route avec le Christ ressuscité !

            Sur notre route, des signes sont donnés, l’Eucharistie, la Parole de Dieu, et cette simple amitié grâce à laquelle nous apprenons à nous détacher de nous-mêmes pour laisser passer le Seigneur !

            À nous de pratiquer vraiment tous ces signes, l’Eucharistie, la Parole de Dieu et la simple amitié qui doit aller parfois jusqu’au pardon reçu et donné !

 

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