Le blog de Mgr Claude DAGENS

Remise de la croix pectorale à Mgr Dagens. P. Braud

15 Mai 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Académie Française

Intervention du P. Patrick Braud, lors de la remise de la croix pectorale à Mgr Dagens, en vue de sa réception à l'Académie française. 11 mai 2009, à Angoulême

 

 

Cher Père Dagens,

                   2009 : quelle année pour vous et pour le diocèse avec vous !

 

                   Après la reconnaissance officielle par la République avec le grade d’Officier de la Légion d’Honneur, voici maintenant la reconnaissance du monde de la culture avec cette réception sous la coupole de l’Académie française jeudi prochain.

                   À chaque fois nous avons souhaité ensemble qu’il y ait une dimension diocésaine à ces évènements. C’est donc aujourd’hui une première « mi-temps charentaise », à travers la remise de votre croix pectorale spécialement conçue pour l’Académie. La deuxième mi-temps parisienne quai de Conti nous permettra jeudi de ne pas dissocier ce que nous aurons vécu ici et ce qui sera dit là-bas.

 

                   Car la mission qui vous est confiée à l’Académie, nous concerne tous, elle nous intéresse à plusieurs titres.

                           

·      D’abord parce que vous êtes devenu l’un des nôtres, charentais par le cœur depuis 1993 et votre arrivée dans notre diocèse.

Cela ne diminue en rien vos racines bordelaises, votre expérience poitevine, ni votre histoire parisienne, et au-delà ! Mais l’anneau que l’évêque porte à son doigt dit le caractère nuptial de la relation qu’il entretient avec son diocèse, et son diocèse avec lui. Nous sommes liés par le cœur, et ce qui vous arrive nous touche en notre chair, ecclésiale, amicale et spirituelle…

 

Alors pour les charentais que nous sommes, il n’est pas indifférent que vous soyez le 6ème académicien charentais ! *

Le premier est presque mon voisin, puisque je le croise tous les jours, près de la rue Fénelon où j’habite ! Jean Louis Guez de Balzac est en effet jusqu’à ce jour le premier académicien angoumoisin, au 17ème siècle. Surnommé le « grand épistolier », « restaurateur de la langue française », « l’ermite de la Charente », il se retira dans son château de Balzac. On ne sait pas s’il a vraiment siégé à l’Académie où il avait été nommé en 1634. Après une vie agitée, il distribua tous ses biens aux œuvres de charité, et à la fin de sa vie il se retira au couvent des capucins d’Angoulême ; sa tombe est actuellement au couvent des Cordeliers. On dit qu’il est mort en odeur de sainteté, ayant légué tous ses biens (12000 livres) à l’hospice d’Angoulême.

Vous continuez donc cette lignée de charentais qui, depuis quatre siècles, participent au rayonnement de notre langue et de notre culture française.

 

·        Mais il y a une raison encore plus fondamentale de nous réjouir pour vous et avec vous. Un académicien et un évêque ont ceci en commun : ils sont appelés à être serviteurs de la parole. « Au commencement était le Verbe » a écrit Benoît XVI sur le livre d’or de l’Académie lors de sa visite en 2008.

 

Nous savons que nous pouvons compter sur vous pour que votre parole demeure enracinée dans la pastorale ordinaire telle que nous la vivons ensemble en Charente. La vie ordinaire, souvent humble et cachée, de nos communautés chrétiennes nourrit votre réflexion et votre analyse de la société. Les questions de vies et de mort que nous affrontons semaine après semaine, à travers les baptêmes, les obsèques, les mariages, les questions d’éducation des jeunes, d’accompagnement des responsables, de défense des plus faibles… toutes ces questions sont le terreau de nos paroisses, aumôneries, services, mouvements, et le terreau de votre prise de parole. Il n’y a qu’à lire vos livres pour y sentir affleurer presque à chaque chapitre cette expérience humaine qui se nourrit de vos rencontres ici.

 

·        Voilà pourquoi nous voudrions voir en vous un héraut / un héros, au double sens de la double orthographe de ce mot :

- un porte-voix qui proclamera haut et fort ce que nous vivons de manière cachée,

- une aventure (au sens grec du mot héros) où vous vous exposez personnellement dans la parole émise, et dans laquelle nous pouvons nous reconnaître, avec qui nous faisons corps.

 

                   Être le héraut / héros d’une telle parole, cela convient bien à l’évêque et à l’académicien, tous deux enracinés dans l’expérience locale !

 

                   Dans les deux cas, pour l’amour du Verbe ou pour l’amour de la langue française, il s’agit d’élaborer :

- une parole claire et compréhensible par tous (l’homélie et le dictionnaire !)

- une parole au service de la communion, qui refuse le repli sur soi, l’intransigeance ou l’affrontement des particularismes.

- une parole nourrie de la vie ordinaire des gens ordinaires, afin que la langue demeure un bien commun et non pas réservé à une élite, afin que le Verbe se fasse chair et que la chair de nos vies trouve dans le Verbe son expression et sa plénitude.

 

                   Alors le bandeau rouge qui désormais barre la couverture de vos livres : « de l’Académie française », résonne pour nous moins comme un honneur personnel qui vous serait dû que comme une reconnaissance collective où vous devenez notre porte-voix.

 

·        Il paraît que l’Académie a lancé la rédaction de la neuvième édition de son dictionnaire (la première date de 1694) ! Je n’ai pas vérifié ce que le dictionnaire comporte à la lettre « i », mais je proposerais bien un paragraphe à rajouter :

« i » : devise épiscopale la plus courte du monde, qui signifie « va ».

Cette devise que vous aviez choisie continuera à vous porter de l’avant, et ce n’est pas sans émotion que je voudrais l’actualiser, cher Père Dagens.

« Va ! » Va où l’Esprit te conduit, va avec l’affection et le soutien de ta famille spirituelle, qui plus que jamais est solidaire de cette aventure où culture et foi chrétienne sont amies pour toujours.

                   « Va », et emporte-nous un peu avec toi…

 

                                                                                     Bonne route !

 

 

 

* Les charentais (nés en Charente) académiciens sont, par date d’élection :

1634 Jean-Louis GUEZ de BALZAC 

1755 Jean-Baptiste VIVIEN de CHATEAUBRUN 

1920 André CHEVRILLON 

1938 Jérôme THARAUD

1988 Pierre-Jean RÉMY 

 

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