Le blog de Mgr Claude DAGENS

QUEL AVENIR POUR LE CHRISTIANISME EN CHARENTE, EN FRANCE ET AU-DELÀ ?

15 Février 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Conférences

Conférence donnée à Angoulême le 29 janvier 2008 dans le cadre de la Formation chrétienne des adultes.

 

 

I. CE QUE JE DOIS À MES AMIS ET AUX DIOCÈSE D’ANGOULÊME

 

                        Cette soirée est pour moi importante pour au moins deux raisons.

 

1. La première, c’est la jonction manifestée ici même, à cette tribune, entre la réflexion et l’action, ou, comme disent les sociologues, entre la théorie et la pratique, ou même la praxis.

            Je témoigne donc ici publiquement de ce que je dois, pour mon travail d’évêque, aux amis qui m’entourent et à leurs réflexions.

            - Le théologien Henri Jérôme GAGEY se souvient très certainement de notre première rencontre au Futuroscope de Poitiers, dans les années 1990. Il avait parlé du « oui et du non de Dieu  à notre monde » et sa réflexion a certainement inspiré le premier rapport de 1994 en vue de « proposer la foi dans la société actuelle », avec cette question significative : « Dans les mutations actuelles de la société et de l’Église qu’est-ce qui s’efface et qu’est-ce qui émerge ? Et comment des chrétiens relèvent-ils le défi de la foi ? »

            - Quant à Guy COQ, je l’ai connu d’abord à travers le livre où il racontait comment il a été ressaisi par Dieu après les secousses des années 1965-1975. Ce ressaisissement chrétien fait aussi partie de notre histoire actuelle.

            - Le Père DERYCKE, lui, a accompagné notre synode diocésain de 2005 et il se souvient certainement que je l’ai initié jadis, à Toulouse, à la théologie de Saint Augustin, l’évêque d’Hippone, et il a des raisons de comprendre ce que j’ai pu apprendre d’Augustin : l’Église réelle est une permixtio, un mélange inextricable de bon grain et d’ivraie, et, dans la théologie de cette Église réelle, on ne peut jamais séparer l’expérience pastorale et l’expérience spirituelle. Nous avons même un besoin urgent de comprendre comment Dieu lui-même agit et travaille à travers ce qui nous éprouve.

 

2. C’est ce témoignage là que je veux aussi vous donner ce soir, comme je ne l’ai peut-être jamais fait jusqu’ici : je veux vous dire comment je suis témoin du travail de Dieu en exerçant mon ministère d’évêque en Charente depuis un certain nombre d’années et très précisément depuis les années qui précèdent et qui suivent la Lettre aux catholiques de France.

            Il faut qu’on le sache : c’est à la lumière de ce que je vis parmi vous et avec vous que j’ai pu écrire cette Lettre et que je continue à vérifier ce qu’elle affirmait avec force. Nous, catholiques en France, nous faisons face à une situation contrastée. D’un côté, des difficultés, des courbes descendantes, des résistances, des inerties. De l’autre, des possibilités nouvelles, une sorte de recomposition du tissu de la foi et de la charité vécues dans nos communautés.

            Ce terrain charentais m’a donné et me donne d’être témoin de ces deux phénomènes inséparables :

            -d’un côté, un affaiblissement institutionnel incontestable : baisse de la pratique religieuse, vieillissement des prêtres,            éclatement de la mémoire chrétienne, marginalisation ou folklorisation de la réalité catholique, difficulté du renouvellement des responsables, et j’en passe…

            - Mais d’un autre côté, comme un nouveau façonnement de l’Église, pas seulement avec un nouveau partage des responsabilités, mais avec cette véritable expérience spirituelle qui passe par des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses, des baptisés, qui comprennent que l’Église n’est pas un bloc, mais un Corps vivant, usé parfois, ou blessé, ou fatigué, mais formé de membres solidaires et qui cherchent à vivre du Christ et à l’annoncer à d’autres.

            Ces causes de faiblesse sont certaines. Je les vois, j’en souffre. Mais je vois aussi ces phénomènes de renouveau profond de la vie chrétienne. Et je souffre quand certains ne veulent pas les voir.

            Comme l’autre jour, cette religieuse que je connais et que j’aime bien et qui allait entonner le refrain sur la pénurie des vocations. La pauvre, elle tombait mal ! Alors que j’ai ordonné en décembre dernier deux nouveaux diacres, qui seront prêtres dans quelques mois, que j’en ordonnerai un troisième dimanche prochain, qui est appelé aussi à devenir prêtre, en attendant les deux diacres permanents dont l’ordination est prévue en avril et en mai.

            Et j’ose à peine évoquer les treize personnes adultes (dix femmes et trois hommes) qui répondront dans quelques jours à l’appel décisif en vue d’aller vers le baptême, sans oublier ces jeunes et ces adultes, plusieurs dizaines, qui ont reçu le don de l’Esprit Saint durant ces derniers mois, à Bassac, au Gond-Pontouvre, au Sacré-Cœur d’Angoulême,  à Saint-Paul Ma Campagne, à Mouthiers sur Boëme, à La Rochefoucauld et à Cognac. Je sais bien : quelques hirondelles ne font pas le printemps et je ne proclame pas ainsi une soudaine expansion du christianisme en terre charentaise. Mais je souligne clairement que, en ces temps qui demeurent difficiles et éprouvants, des signes sont donnés, qui sont comme des appels à relever le défi de notre avenir.

 

            Et à le relever :

                        - de l’intérieur de notre histoire franco–française, en allant au-delà des rapports de forces de jadis.

                        - de l’intérieur du mystère et de la mission de l’Église, libre et présente dans notre société.

 

 

II – DE L’INTÉRIEUR DE NOTRE HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE

 

 

            1 – De 1905 à 2008

 

                        Dieu passe, Dieu agit, Dieu travaille à travers ce qui nous éprouve. Cette révélation vaut pour nos existences personnelles. Elle peut valoir aussi au niveau de la grande histoire. Et cela demande un effort continu de compréhension, une sorte d’éducation permanente où doivent s’allier le réalisme de l’histoire et le réalisme de la foi chrétienne.

            Je me souviens de cette remarque terrible formulée par un ami, sociologue des religions et historien du christianisme : « Mon Père, vous le savez : entre la Tradition catholique et la Tradition laïque, il y a un rapport de forces insurmontable ».

            Je suis resté muet en entendant ce jugement implacable. Et puis, j’ai réfléchi, j’ai lu et j’ai compris d’avantage ce que je ne savais peut-être pas assez : il y a un siècle, avant et après la séparation de l’Église et de l’État, il est vrai que des affrontements très durs ont eu lieu non seulement entre l’Église et l’État, mais entre les partisans des curés et les partisans des instituteurs, les « cléricaux » et les « laïcs ». Écoutez ce que dit à ce sujet une histoire religieuse de la France contemporaine :

            « Le régime de séparation le plus radical du monde a coûté très cher aux catholiques. Les pertes matérielles sont énormes. Elles comprennent : le budget annuel des cultes affecté essentiellement au traitement du clergé et atteignant 35 millions la dernière année, et un patrimoine évalué par Caillaux en 1909 à 411 millions de francs…Le clergé se considère comme spolié de toutes ses ressources…Au-delà des aspects financiers, le désarroi des prêtres et l’inquiétude des laïcs s’explique. En effet, le clergé n’a plus de statut légal et la religion devient une affaire privée…La vie religieuse traditionnelle est entravée par les municipalités les plus anticléricales…Pendant les années qui suivent la Séparation, dans de nombreuses communes, la guerre fait rage entre le « froc » et le « bloc »… » (Histoire religieuse de la France contemporaine, Paris, 1986, t.2 : 1880 – 1930, p.118).

            Le « bloc » désigne ici le camp des anticléricaux. Mais avouons que le camp du « froc » a été souvent tenté de se transformer en un « bloc », fermé sur lui-même, dans une attitude à la fois défensive et agressive

            Je dois aller vite et survoler le XXème siècle, en ajoutant ceci, au nom du réalisme de l’histoire : il est toujours possible de réveiller cette mémoire blessée, et de convaincre des catholiques peu informés qu’ils n’ont pas d’autre solution que de s’affirmer contre leurs adversaires, en dressant la Tradition catholique contre ce que l’on appelle la « modernité ».

 

            2. Face à cette tentation réelle, je fais appel au même réalisme de l’histoire dont nous pouvons être, en Charente, de bons témoins.

                        - Première remarque : il ne faut pas rêver. Notre paysage religieux a considérablement changé. Écoutez à ce sujet le philosophe agnostique Marcel GAUCHET : il nous dit avec insistance ceci : « La Tradition catholique et la Tradition laïque sont l’une et l’autre affaiblies. Ce serait une illusion que de rêver d’un nouvel affrontement entre elles. C’est à elles de s’inscrire, à frais nouveaux, à l’intérieur de nos sociétés modernes, qui sont « sorties de la religion ».

            Je plaide avec Marcel GAUCHET pour que nous entendions cet avertissement, et qu’au lieu de nous raidir, nous sachions vivre en chrétiens au milieu des autres qui ne sont pas chrétiens, en pratiquant ce qu’il appelle un  « civisme chrétien ».

                        - Deuxième remarque : de cet affaiblissement de la tradition catholique, nous devons tirer des conséquences réalistes. D’abord nous ne pouvons pas laisser dire que l’Église catholique serait nostalgique des temps anciens où elle était en position dominante. Quelle illusion ! Lisez à ce sujet Jean- Claude GUILLEBAUD :

            «  Elle était donc là cette puissante institution catholique à qui nous réservions nos flèches et nos critiques, ce catholicisme dominateur  et clérical face auquel nous recommandions la méfiance…L’Église réelle, celle que je redécouvre, ferait plutôt songer à ces communautés chrétiennes des premiers siècles, solidaires et joyeuses, mais tenues à l’œil par le pouvoir romain…Que l’Église catholique ait perdu sa richesse, son omniprésence et sa puissance rend assez risible l’anticléricalisme façon IIIème République qui renaît dans nos sociétés, mais cela ouvre peut-être la voie à un extraordinaire rajeunissement du christianisme …» (Jean- Claude GUILLEBAUD, Comment je suis redevenu chrétien, Paris, 2007, p.132 – 133).

 

            Nous y sommes, mais ce changement considérable de situation politique et culturelle comporte pour nous des prises de conscience et des engagements très nouveaux, dont nous devons prendre la mesure, et je parle ici à la fois comme historien et comme évêque.

            En particulier, dans deux domaines. D’abord celui de la foi elle-même, ou, si vous préférez, du « devenir chrétien » qui est aujourd’hui non pas un conformisme social, mais un acte de liberté personnelle. Voyez à cet égard les enfants qui demandent d’eux-mêmes à être catéchisés et aussi les jeunes qui vivent le sacrement de confirmation comme une véritable Alliance avec Dieu ! Autrement dit – et c’est une évolution considérable- le christianisme inclut en lui-même une culture de la liberté personnelle. Quel chemin parcouru depuis le temps où on lui reprochait d’être coupable d’une éducation contraignante et autoritaire !

            - Mais, en même temps, et toujours au nom du réalisme, il faut ajouter que le christianisme est aujourd’hui nouveau, parce qu’il est méconnu et souvent réduit à des images caricaturales. Raison de plus pour développer nous-mêmes l’initiation chrétienne pas seulement comme l’élément constitutif de la catéchèse, mais comme une responsabilité sociale.

            À cet égard, je voudrais que l’on comprenne ceci : il y a, dans le monde de l’éducation, aussi bien dans l’enseignement public que dans l’enseignement catholique, des hommes et des femmes relativement jeunes à  qui il faut donner la chance de découvrir le christianisme. Il faut tout faire, en Charente comme ailleurs, pour développer une pastorale de l’éducation, précisément en reconnaissant que cet engagement éducatif, qui passe par le dialogue avec les jeunes, fait partie de l’avenir du christianisme autant que de l’avenir de notre société.

            - Et, dans ces domaines si sensibles, je ne me lasserai pas de dire, parce que je le pense, qu’il ne faut pas hésiter à nous situer sur le terrain de la « grammaire élémentaire de l’existence humaine », avec ces questions de vie et de mort qui sont portées par des enfants, des jeunes et des adultes.

            Comme cette fille de quatorze ans, qui, après m’avoir raconté les sévices sexuels qu’elle a subis dans sa famille, écrivait ceci : « Il faut regarder en face les épreuves de la vie, ne pas les contourner. Dieu est plus fort que ces épreuves dures, violentes et que l’on cache. Et Dieu peut nous aider à dire pardon à ceux qui nous ont fait du mal, beaucoup de mal. »

            Ou comme ce jeune de 21 ans, appartenant aux gens du voyage, qui a fait l’expérience de la violence et qui, dans sa lettre écrite en caractères phonétiques, méditait sur la Passion de Jésus en précisant ceci : « J’ai compris que son parcours peut être le nôtre. Il nous apprend à mourir à nous-mêmes pour vivre avec Lui et par Lui avant de vivre en Lui pour toujours. »

            La vie, la mort, l’amour de Dieu plus fort que la mort et que la violence : voilà des réalités cruciales de l’existence humaine et de la Révélation chrétienne. Ces réalités, quand on vit à Taizé, on les perçoit d’une autre manière, dans la lumière du Christ Sauveur. Je sais bien que Taizé est un lieu exceptionnel. Mais je reste persuadé que ce travail d’initiation à la profondeur du mystère de la foi peut et doit se réaliser aussi dans nos communautés chrétiennes au service de tous, et en particulier des jeunes générations.

 

            III – DE L’INTÉRIEUR DE NOTRE ÉGLISE LIBRE ET PRÉSENTE DANS NOTRE SOCIÉTÉ.

 

 

            Je n’aime pas quand on réduit l’Église du Christ à des chiffres : « Monseigneur, combien de prêtres ? Combien de séminaristes ? Combien de pratiquants ? »

            Je connais les chiffres et quand ils sont faibles, je souffre et je m’inquiète. Mais je ne réagis pas seulement par rapport à l’Église. Je m’interroge sur notre société, précisément en termes de « politique de civilisation » : peut-on se résigner à ce que l’avenir de l’Église, comme l’avenir de nos sociétés modernes, ne soit déterminé que par des logiques de calcul rationnel ?

            Je sais, je connais l’importance du profit et les exigences de la rentabilité. J’approuve la culture d’entreprise lorsqu’elle cherche à ajuster les moyens et les résultats et à procéder à des évaluations sérieuses. Mais je reste convaincu que, tout en respectant cette culture d’entreprise, on doit faire place à une autre culture, précisément à cette culture d’inspiration chrétienne qui met en valeur le respect intégral de la dignité humaine, et je voudrais faire comprendre que l’avenir du christianisme, l’avenir de l’Église, à l’intérieur de notre société, passe par la mise en œuvre de cette culture-là.

 

            1. le mystère du Christ passe par des personnes

 

                        Je me situe d’abord du côté de l’Église, de son existence concrète, de sa mission, de son déploiement, et je me permets d’employer cette expression qui n’est pas une définition théologique, mais qui est significative et engageante :

            « L’Église, c’est le mystère du Christ Sauveur qui passe par des personnes », et l’on pourrait ajouter « par des personnes qui laissent le Christ passer à travers elles. »

            Car il faut être clair et honnête : le christianisme, c’est le Christ et ceux et celles qui s’associent à son œuvre de vérité et d’amour. C’est très important de préciser cela : parce que, souvent, on croit honorer le christianisme en le présentant comme un système fait d’idées généreuses et de valeurs altruistes. C’est tout à fait insuffisant.

            Et, de même pour l’Église, quand on la réduit à une machine plus ou moins compliquée, ou à un spectacle qui plaît ou qui déplaît, ou à un club formé de gens qui partageraient les mêmes options.

            Cela doit être clair : l’Église n’est pas une entreprise ordinaire. Elle n’a en elle-même ni son origine, ni son but. Elle est du Christ pour le monde. D’où l’importance de sa double ouverture constitutive : en amont, plus haut qu’elle, ouverture au mystère du Christ, en aval, vers le monde, ouverture à cette société qui est la nôtre, et dont nous partageons les incertitudes.

            - Je voudrais qu’on le comprenne davantage, et d’abord parmi les catholiques de notre diocèse : l’Église catholique qui est en Charente, comme ailleurs en France, est engagée dans ce double travail : de déploiement et de ressourcement.

            . C’est peut-être le déploiement qui est le plus sensible. Il s’appelle précisément déploiement pastoral. Il vient du synode de 1988. Il passe par les relais paroissiaux, ces hommes, ces femmes qui, au niveau des plus petites communes, sont appelés à animer la présence chrétienne avec les prêtres. Cette mission des relais paroissiaux n’est absolument pas dépassée : elle exprime une volonté de proximité réelle. Avec nos moyens pauvres, nous voulons être au milieu des autres des « signes de la charité du Christ ». Et cette formule est vraie et vécue, comme me l’a dit un jour une personne amie : « Ce qui me fait vivre, ce ne sont pas mes sentiments, c’est la charité du Christ ».

            Et j’espère bien que l’on a compris que les Équipes d’animation pastorale s’inscrivent dans le même projet : ce n’est pas une manière d’organiser autrement l’Église en donnant le pouvoir aux laïcs, c’est une véritable expérience spirituelle : des hommes, des femmes comprennent alors qu’ils sont appelés à vivre du Christ et à porter son signe avec l’Église Corps du Christ.

            - Et bien entendu, ce déploiement        de la charité chrétienne, s’accompagne, doit s’accompagner, d’un travail de ressourcement, qui est essentiel.  Lire la Parole de Dieu pour y découvrir Dieu et son Alliance, lire Vatican II, pour y comprendre la Tradition vivante de l’Église, cela fait partie de cette éducation permanente qui donne à des pratiquants de l’Église de devenir davantage des croyants qui puisent aux sources de la foi.

            Et j’aime rappeler ici que dans ce travail de ressourcement, il faut faire place à ce qui ne se voit pas, à ceux et celles qui ne se montrent jamais : des hommes, des femmes, qui prient, qui aiment, qui espèrent, qui pardonnent, dans le secret de leurs cœurs. Le ressourcement de l’Église passe par le secret des cœurs et il y a des moments où nous percevons cela : précisément à travers les signes sacramentels. Cet enfant baptisé, ses parents le regardent tout en nous le confiant, et l’eau du baptême, comme la lumière du cierge pascal, disent tout de l’Alliance de Dieu avec lui, avec nous.

            Je n’ai pas le temps de dire ici ce que j’ai souligné au dernier Conseil pastoral du diocèse : nous devons comprendre davantage que nos actes ecclésiaux ont une valeur sociale et des effets sociaux. On rend vraiment service à des enfants en les accueillant pour la catéchèse, surtout s’ils souffrent de brisures familiales. Quand on accompagne des jeunes couples vers le mariage chrétien, on leur donne de se parler, de se connaître et de mettre des mots sur leur expérience amoureuse, les mots de la Révélation chrétienne. De même avec l’accompagnement du deuil et la célébration des obsèques : nous ne savons pas assez à quel point ces gestes et ces signes d’amitié humaine ouvrent des hommes et des femmes au mystère de Dieu…

 

2. L’Église de Charente : libre et présente dans notre société

 

            - J’aime rencontrer des élus locaux. Je me sens souvent de plein pied avec ces hommes et ces femmes, car nous sommes ensemble sur le même terrain de notre société fragile.

            Il n’est pas difficile de partager alors des préoccupations communes : pas seulement « Quel avenir pour le christianisme ? », mais « Quel avenir pour notre société dont on sait bien qu’elle vit des mutations considérables, globales, accélérées et souvent non maîtrisées ? »

            Souvent, j’ai le sentiment et même la conviction que, nous, Église catholique présente dans notre société, nous avons à nous situer du côté de cette conscience commune face aux défis auxquels nous faisons face et, en particulier, à celui-ci : « que voulons-nous vraiment pour notre société pour qu’elle soit plus humaine, pour qu’elle résiste à ce qui la déshumanise, pour qu’elle affronte son avenir avec courage ? »

            Pardonnez-moi d’insister encore. Pour répondre  à la question : « Que voulons-nous pour notre société ? », il ne suffit pas de dire que nous ne voulons pas la violence, ni l’insécurité, ni la corruption, ni les inégalités aggravées par le chômage. Il faut aller plus loin : au prix de quels engagements voulons-nous faire valoir le respect intégral des personnes ? Et comment faire comprendre que, pour nous, chrétiens, ce combat est sans partage ? Il vaut pour l’embryon dans le ventre de sa mère, pour la personne âgée ou malade en fin de vie, et aussi pour des hommes et des femmes menacés d’être manipulés comme des objets ou comme des pions, en fonction des seules performances de la technique ou des lois d’un marché sans contrôle.

            - J’ai lu avec attention le discours prononcé à Rome par notre Président de la République. J’ai apprécié la liberté avec laquelle il appelle les catholiques à  « affirmer qui ils sont et ce en quoi ils croient ». À nous de jouer, sans crainte, avec le réalisme de notre foi. Et notamment dans des domaines sensibles, très sensibles, qui concernent l’intégration des immigrés et l’ouverture des magasins le dimanche.

            - L’intégration des immigrés, en reconnaissant que la plupart veulent s’intégrer et qu’il faut leur en donner les moyens, en examinant les situations personnelles et notamment familiales, sans faire jouer d’abord la logique des chiffres.

            - Faut-il élargir l’ouverture des magasins le dimanche ? Je ne le crois pas. Pour une raison simple : parce qu’il faut du temps consacré au repos, aux loisirs, aux retrouvailles familiales, et aussi à la prière et au culte. Et puis, on ne peut pas se résigner à ce que la consommation soit une espèce de religion de remplacement, et que les supermarchés soient pleins, pendant que nos églises seraient vides…

            - Et j’attire votre attention, pour finir, sur nos bâtiments du culte catholique, nos églises. Samedi prochain, un colloque aura lieu ici au sujet de leur avenir avec des membres des communautés chrétiennes, des responsables culturels et des élus locaux.

            Mais, au-delà de cette rencontre, l’enjeu me semble beaucoup plus profond. Acceptons-nous que nos églises puissent contribuer à la pratique de ce «  civisme chrétien » auquel nous invite Marcel GAUCHET, qu’elles soient pour nous, catholiques, une façon d’être présents comme catholiques au milieu de tous, et qu’elles soient reconnues comme des maisons de Dieu ouvertes à tous ?

            Et laissons ces maisons jouer leur rôle : on sait qu’on peut y  être accueilli sans conditions, et y deviner une présence, et une présence qui nous libère et qui nous ouvre l’avenir.

            L’avenir du christianisme passe aussi par ces lieux et ces moments de rencontre silencieuse et de prière. C’est le secret de Dieu. Et rien ne peut nous empêcher de murmurer dans nos églises, et aussi dans nos cœurs, ces paroles que l’apôtre Paul adressait aux chrétiens de Rome:

            «  J’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l’avenir, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’Amour de Dieu manifesté en Jésus Christ » ( Epître aux Romains, 8, 38-39).

           

 

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