Le blog de Mgr Claude DAGENS

QUE SE DÉPLOIE EN NOUS LA VIE DU CHRIST ! Eucharistie et confirmation au Sacré-Coeur d'Angoulême, le 19 février 2012

20 Février 2012 Publié dans #Homélies

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            Je n’hésite pas à m’adresser à vous comme l’apôtre Paul : « Celui qui nous rend solides pour le Christ, dans nos relations avec vous, celui qui nous a consacrés, c’est Dieu ; il a mis sa marque sur nous, et il nous a fait une première avance sur ses dons : l’Esprit qui habite nos cœurs. »

            Celui qui nous réunit ce matin, c’est l’Esprit Saint, à travers ces jeunes qui vont être marqués de son signe, par le sacrement de confirmation. Ces jeunes savent tous que ce sacrement est pour eux une étape nouvelle, une étape importante de leur vie chrétienne, de leur vie de jeunes qui accueillent le don de l’Esprit Saint.

            C’est à nous aussi, les adultes, de comprendre cela : ces jeunes sont croyants, même s’ils font l’expérience de leurs doutes personnels, surtout dans des moments difficiles. Et leur foi, souvent reçue de leur famille, est aussi un acte personnel d’adhésion, un choix véritable. Et, en même temps, vous savez bien, vous les jeunes, qu’en devenant chrétiens, en étant baptisés et confirmés, vous répondez à un appel de Dieu qui ne vous contraint pas, mais qui vous engage dans une découverte continue. Et souvent, le plus souvent, cet appel de Dieu est passé par des relais humains : des gens de vos familles ou des amis en qui vous avez confiance, vous ont dit : « Viens et vois ! » Et vous êtes venus, avec vos doutes, et vous avez suivi ce chemin d’initiation chrétienne qui aboutit à l’événement d’aujourd’hui, comme à un nouveau point de départ.

            Pour chacun et chacune de vous : Clara, Bertrand, Agathe, Floriane, Capucine, Auriane, Caroline, Marie-Hélène, Marie, Clémence, Cyprien, Timothée, Constance, Pierre-Louis, Cyrille, Grégoire, Gaëtane et Odile.

            Et comme l’a écrit l’une d’entre vous : « Je demande le sacrement de confirmation, pour m’enraciner plus profondément dans ma vie d’enfant de Dieu, pour m’unir plus fermement au Christ, rendre plus solide mon lien à l’Église ». Et elle ajoute : « L’Église nous fait naître à la vie de Dieu par le baptême. Par la confirmation, nous devenons responsables de notre vie chrétienne à tout jamais. »

            À tout jamais : ce sont des mots qui doivent nous étonner. Il suffit de se connaître : nous avons tous des hauts et des bas, des moments d’enthousiasme et des moments de découragement et notre relation à Dieu est liée à tous ces aléas de nos existences. Alors comment envisager ce déploiement de vie qui nous est promis ?

            D’autant plus que nous vivons dans une société où les signes de la foi ne sont plus visibles sur la place publique et qu’il est difficile de croire à ce que l’on ne voit pas.

            Alors c’est l’heure de comprendre l’appel du prophète Isaïe : « Ne vous souvenez plus d’autrefois ! Ne songez plus au passé ! Voici que je fais un monde nouveau ! » Et la nouveauté essentielle, c’est Jésus lui-même, quand il vient « chercher et sauver ce qui était perdu », pardonner et guérir. Comme nous le voyons dans l’Évangile d’aujourd’hui, car ce récit n’évoque pas seulement une guérison physique, avec un paralysé qui se met à marcher, il met au premier plan l’acte de pardon accompli par Jésus. Il n’a pas seulement vu cet homme terriblement handicapé, il n’a pas seulement constaté l’ardeur de ses amis qui ont percé le toit de la maison pour l’emmener devant lui. Ce paralysé, Jésus ne le réduit pas à sa paralysie, à son handicap. Il voit en lui un enfant de Dieu qui doit être libéré, au plus profond, de ce qui le blesse, de ce qui l’entrave, de cet engrenage du péché qui est aussi réel qu’une paralysie.

            Et l’inespéré s’accomplit. Cet homme est pardonné. La vie sainte de Dieu peut circuler en lui. Mais c’est cela qui fait scandale. Au geste de Jésus, les scribes opposent l’autorité de Dieu. Qui donc est ce Jésus qui transgresse la Loi ? Eux, ces hommes bornés, ne croient pas que Dieu puisse venir renouveler tout de notre humanité, l’âme blessée autant que le corps abîmé.

            Et c’est là qu’est le nœud de l’Évangile : dans le scandale de ceux qui n’imaginent Dieu que selon leurs schémas. Ils ne croient pas à la puissance transformante de l’Amour du Dieu vivant.

            Et c’est de cela que nous avons à être les témoins, avec l’Église. De cela : c’est-à-dire de Jésus Christ, le Sauveur, Celui qui pardonne et qui relève. Et tant mieux si nous sommes confrontés, jusque dans nos familles et parmi nos amis, à des réactions d’incroyance, ou de doute, ou de refus ! Tant mieux si nous sommes appelés alors à écouter, à nous taire parfois, et toujours à nommer dans notre prière ceux et celles qui nous obligent à rendre compte de ce que nous croyons. Et à croire nous-mêmes que la foi chrétienne en Dieu, ce n’est pas un système fait d’idées générales, ni même de valeurs. Ce n’est pas un système du tout. C’est une présence personnelle : Quelqu’un est là, vivant, qui nous écoute et à qui on peut tout confier pour nous-mêmes et pour d’autres, le meilleur et le pire. Cela s’appelle la prière.

            Et l’autre lieu où nous le rencontrons, Lui, le Seigneur, c’est dans ces actes où il vient se donner à tous, jusque dans nos corps. C’est la réalité mystérieuse de l’Eucharistie : « Mon corps livré pour vous… Mon sang versé pour vous… »

            Frères et sœurs, nous prions, avec ces jeunes, pour nous tous, pour que nous formions plus réellement, plus profondément, un peuple de croyants, de baptisés, de confirmés, qui laissent le Dieu vivant agir en nous et faire de nous son signe, un signe qui parle non pas de nous, mais de Lui : « Qui es-tu Seigneur ? Et comment oses-tu nous dire : “Lève-toi et marche !” Oui, “Lève-toi et marche ! Et franchis le seuil de la foi !” »

 

X Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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