Le blog de Mgr Claude DAGENS

QUE LA FORCE DU DON SOIT PLUS FORTE QUE LES VIOLENCES DU MONDE ! Echange des voeux à la Maison diocésaine, le samedi 8 janvier 2011

11 Janvier 2011 Publié dans #Interventions diverses

                 Merci de vos paroles fortes et encourageantes qui ont valeur d’appel pour cette année 2011 et au-delà !

            Je vais vous répondre avec joie, la joie simple de reconnaître ici des visages de prêtres, de diacres, de religieux et de religieuses, d’hommes et de femmes heureux d’être rassemblés ce matin pour un acte d’engagement et d’espérance.

            Une année nouvelle est là, devant nous et aussi entre nos mains et dans nos cœurs. Cette année nouvelle, je la placerai sous deux signes : celui de la Parole de Dieu, qui est essentielle, et celui de la parole d’un président de la République qui me semble discutable.

            Je commencerai par la Parole de Dieu, et je terminerai par la parole de ce président de la République française.

            La Parole de Dieu est celle de la liturgie du 1er janvier :

            « Que le Seigneur te bénisse et te garde !

            Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage !

            Qu’il se penche vers toi !... Qu’il t’apporte la paix »  (Livre des Nombres 6,24-26)

            Il n’y a rien à ajouter à ces souhaits, sinon l’acclamation : « Amen ! Ainsi soit-il ! »

 

            Je n’ai donc qu’à faire écho à cette grande bénédiction, en reprenant l’affirmation simple et risquée par laquelle je concluais ma dernière lettre pastorale, écrite à partir du témoignage des moines de Tibhirine :

LA FORCE DU DON EST À L’ŒUVRE AU MILIEU DES VIOLENCES DU MONDE.

            Et comme cette affirmation est aujourd’hui risquée, je l’exprimerai en forme de vœu : que la force du don soit à l’œuvre au milieu des violences du monde, au milieu de toutes les violences de l’année à venir !

 

            Et je n’hésite pas à illustrer ce vœu par deux rencontres récentes qui m’ont paru très significatives : l’inauguration de la crèche de Soyaux et la rencontre avec les producteurs de lait. La première avait lieu au Champ de Manœuvres, en présence du maire et de plusieurs représentants de la communauté musulmane. Nous avons accueilli ensemble la lumière de Bethléem : et cet accueil-là qui avait commencé à la gare me semble avoir valeur de programme.

            Nous attendions cette lumière : elle venait de loin, de Terre sainte, de terre de Palestine, de Bethléem, très près de Jérusalem et de la terre d’Israël. Et la lumière a été remise entre nos mains un peu hésitantes.

            Et puis nous avons porté la lumière à travers les rues d’Angoulême. Nous sommes devenus des « porteurs de lumière », phosphore en grec, ou christophoros, si vous préférez. Nous avons allumé des flambeaux à la petite flamme de Bethléem et les flambeaux ont cheminé de bas en haut, de la gare à saint Martial. Et là, à saint Martial, nous avons prié et chanté, et nous nous sommes engagés à porter cette lumière, surtout là où il y a des obscurités ou des peurs.

            Et la lumière est arrivée à Soyaux, près de la crèche, à l’extérieur de l’église. Marie et Joseph étaient là, et aussi les bergers et les mages, en habits orientaux, rutilants, et nos amis musulmans ont reconnu le prince de la paix, Jésus, et nous, chrétiens, nous nous sommes engagés à être ses disciples et ses témoins, c’est-à-dire à croire que la force du don de Dieu est à l’œuvre au milieu des violences du monde, à Abidjan, à Alexandrie, à Bagdad, et aussi chez nous et en nous, quand grandissent les peurs, ou les situations de pauvreté et de solitude, ou quand les religions sont instrumentalisées par des calculs politiciens, visibles ou cachés.

            À nous d’être vraiment chrétiens au milieu de ces complexités du monde ! À nous de l’être dans notre société française, aussi bien en secteur urbain ou périurbain que rural. Car les inquiétudes y sont les mêmes face à un avenir incertain.

           

            À nous, dans ce but, de savoir écouter pour comprendre et, en comprenant, pour ne pas subir des évolutions qui seraient inhumaines. Nous l’avons vu le lundi 13 décembre au soir, avec des producteurs de lait, des éleveurs, des exploitants agricoles, et bien d’autres personnes conscientes de leurs responsabilités.

            Je souhaite, en tant qu’évêque de ce diocèse, que cette rencontre ait des suites, qu’elle encourage à écouter pour comprendre et pour calmer les inquiétudes, en faisant appel non seulement à la solidarité mais à une compréhension intelligente du monde où nous sommes, parce que la défense de nos clochers ne suffit pas à assurer l’avenir ni de nos communes, ni de l’ensemble de notre société. Car si cette terre est notre terre, elle ne peut pas nous inspirer de nous replier sur nous-mêmes. L’enjeu n’est pas seulement géographique, il est humain : il s’agit de savoir ce que nous voulons vraiment pour notre société si nous ne nous résignons pas à ce qui la rendrait inhumaine, aussi bien dans le domaine de l’économie que dans celui de la vie et des relations personnelles. Au travail !

            Mais, pour que nous ayons envie de travailler, au lieu de baisser les bras, il y a une condition indispensable : il faut que nous renoncions à cultiver l’esprit grognon, comme dit Jean-Claude GUILLEBAUD, en nous lamentant ou en cherchant des coupables.

            Les chrétiens, avec d’autres personnes qui ne partagent pas notre foi, sont des hommes et des femmes capables d’admirer et de dire leur reconnaissance. Surtout quand la lumière ou les lumières brillent dans l’obscurité. La symbolique juive évoque cette lumière des justes, comme sœur saint Cybard, qui éclairent les pires tunnels.

            Il y a sœur saint Cybard, de Lesterps. Mais il y a beaucoup de sœurs saint Cybard parmi nous et beaucoup de justes qui brillent dans l’obscurité, souvent sans le savoir.

            Je vous invite à chercher ces justes qui sont là, parmi nous, et à leur dire, si l’occasion se présente, sans attendre qu’ils soient morts.

            Ainsi vous démentirez ce président de la République française qui avait commencé une de ses conférences de presse par cette déclaration : « Notre monde est malheureux, il est malheureux parce qu’il ne sait pas où il va et que, s’il le savait, ce serait pour découvrir qu’il va à la catastrophe. »

            Comme le bienheureux Jean XXIII, que j’aime beaucoup, je dois dire mon complet désaccord avec ces prophètes de malheur. Je sais les violences du monde. Il arrive qu’elles me fassent peur. Mais je crois, sans la voir, que la force du don de Dieu et du don de soi, parfois poussé jusqu’au pardon, est plus fort, finalement, que toutes les violences du monde.

            Et c’est pourquoi je vous souhaite une belle et bonne année 2011, dans l’espérance de Dieu !

            Ainsi soit-il !

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