Le blog de Mgr Claude DAGENS

PRATIQUER L'AMOUR FRATERNEL ET LE RESPECT MUTUEL : QUEL PROGRAMME ! Rassemblement du Mouvement des chrétiens retraités à La Couronne, le 22 septembre 2011

23 Septembre 2011 Publié dans #Homélies


Ceux qui ont choisi les textes de la Parole de Dieu pour aujourd’hui ont bien choisi. Ils nous obligent à aller à l’essentiel, à partir des exigences de l’amour fraternel – ce sont les fortes paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome – et à partir de la révélation de Jésus quand il s’adresse à son Père – et nous venons de l’entendre dans l’Évangile de Jean.

L’amour fraternel, quel programme ! « Frères et sœurs que votre amour soit sans hypocrisie ! Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres ! Ne brisez pas l’élan de votre générosité ! »

Et il ne faut pas rêver : ces chrétiens de Rome auxquels s’adressait Paul, ils avaient du mal à s’aimer et à s’accepter les uns les autres, parce que beaucoup venaient du monde juif et que d’autres étaient d’origine païenne.

Ils avaient adoré Jupiter et Vénus, et ils étaient devenus chrétiens, sans passer par les rites juifs. Quel scandale pour certains !

Mais voilà, l’adhésion à Jésus Christ Sauveur est incompatible avec ces exclusions mutuelles, avec ces peurs et ces violences qui empoisonnent l’existence !

On ne peut pas former le Corps du Christ si l’on n’apprend pas, si peu que ce soit, à pratiquer cette bonté quotidienne qui commence par le respect et qui doit parfois aller jusqu’au pardon.

Cela demeure pour nous tous une exigence très actuelle. Et vous me permettrez de mettre les points sur les i, à ce sujet. Car on demande parfois : pourquoi les catholiques sont-ils moins visibles ? Pourquoi l’Église semble-t-elle parfois à l’écart de notre société ?

Et l’on répond assez facilement : c’est que les temps actuels ne sont pas faciles, qu’ils sont durs pour tous, parce que les pauvretés et les inégalités sociales s’aggravent ! Et puis, la transmission de la foi chrétienne n’est plus du tout automatique, d’autant plus que l’air ambiant est plutôt à l’indifférence religieuse !

Et d’autres ajouteront : et puis, les cathos ont peur de s’affirmer croyants sur la place publique ! Ils manquent d’audace ! Ils se replient sur eux-mêmes !

Toutes ces raisons ne sont pas fausses, mais il en est une autre que je dois avouer publiquement : nous avons du mal à pratiquer entre nous, et avec d’autres, l’affection fraternelle et le respect mutuel ! Que de fois nous brisons l’élan de notre générosité, en nous laissant aller à des réactions de méfiance ! Que de fois nous donnons l’impression d’appartenir à de petits groupes qui cultivent la nostalgie du passé et la peur de l’avenir !

Je ne dis pas que les temps sont faciles à vivre, mais je suis convaincu, comme vous, que le signe qui est attendu de nous est un signe étonnant : c’est le signe humble et fort de Jésus Christ qui dépasse infiniment nos qualités et nos défauts !

  Et c’est pourquoi il nous est bon, il nous est nécessaire de l’écouter Lui, Jésus, comme allaient l’écouter à Jérusalem, ces Grecs, ces païens en recherche de Dieu et de la gloire de Dieu.

Et quand ils cherchaient à voir Jésus, ces Grecs rêvaient d’un personnage éclatant d’où allait jaillir une lumière ! Et voilà l’étonnant : cet homme, devant eux, parle de vie et de mort, du grain de blé qui tombe en terre et qui germe, et le grain de blé, c’est Lui, qui va être semé en terre juive, à Jérusalem, pour germer dans la force mystérieuse de la Résurrection, cette force qu’il reçoit du Père à travers la Passion qui l’attend et qu’il pressent : « Père, sauve-moi de cette heure ! Père, glorifie ton nom ! »

Cette heure, c’est celle de la dernière lutte, de l’agonie ! Cette heure, c’est celle du relèvement de la résurrection ! C’est celle où le Fils de l’homme, élevé de terre, attire à Lui tous les hommes !

Et il nous attire à Lui ! Il nous entraîne avec Lui, vers le Père ! Il est le chemin qui conduit au Royaume de la lumière, là où les démons sont vaincus et où la mort n’a plus aucun pouvoir.

  Frères et sœurs, laissez le Christ Jésus vivre en vous et agir en vous, dans le silence de la prière, dans la joie de l’Eucharistie, dans les rencontres fraternelles, parfois prévues et parfois imprévues, où l’on apprend à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie et à pleurer avec ceux qui pleurent !

Je vous le demande : ne renoncez jamais à semer autour de vous, non pas vos bons sentiments, mais l’Amour du Dieu vivant qui fait de nous des croyants, des gens qui croient que l’Amour de Dieu a de l’avenir dans notre monde et que nous en sommes les témoins.

Ce n’est pas une affaire d’âge. C’est une affaire de conviction, de conscience, de cœur.

« Bénissez ceux qui vous persécutent ! Partagez avec les fidèles qui sont dans le besoin, surtout s’ils sont isolés ! Et que votre maison soit toujours accueillante ! »

Et surtout – c’est moi qui l’ajoute – ne désespérez de personne, de personne, surtout pas de vos enfants et de vos petits-enfants, s’ils ne sont pas comme vous voudriez !

Laissez-vous attirer ce qui est simple, et ce qui est simple, c’est la bonté rayonnante du Père, c’est la lumière du Ressuscité, c’est la consolation de l’Esprit Saint ! Nous sommes appelés à y croire et à en vivre, inlassablement. C’est cela l’initiation chrétienne, l’initiation au mystère de Dieu qui est notre engagement commun !

 

 + Claude DAGENS

évêque d'Angoulême

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