Le blog de Mgr Claude DAGENS

POUR UNE PASTORALE DU CHEMINEMENT CHRÉTIEN QUI PASSE PAR LA VIE FAMILIALE

16 Décembre 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Interventions diverses

Intervention faite au cours d’une rencontre organisée par le Service de pastorale familiale du diocèse d’Angoulême, le 6 Décembre 2008.

 

 

Je ne me situe pas sur le terrain des méthodes, mais sur celui des enjeux et des exigences de la pastorale familiale, dans le cadre de la préparation au mariage et aussi dans celui de l’accompagnement de personnes dont la vie familiale est mise à l’épreuve.

            Il y a là un engagement relativement nouveau, que nous commençons à pratiquer, mais qui a besoin d’être compris et approfondi. C’est le but de ma réflexion qui voudrait mettre en relief deux exigences de cette pastorale du cheminement chrétien :

 

                        - Changer notre regard sur les personnes

                        - Pratiquer avec elles une véritable initiation au mystère de Dieu

 

 

I - CHANGER NOTRE REGARD SUR LES PERSONNES

 

            Il y a, à cet égard, une exigence primordiale : comment passer d’une conception utilitaire à une conception sacramentelle de la pastorale ?

            La conception utilitaire est plus ou moins liée à l’ordre marchand, à la loi de l’offre et de la demande. Que demandent ces jeunes couples ? Qu’avons-nous à leur offrir ? Comment allons-nous pratiquer avec eux une sorte de marchandage ? Que pourront-ils comprendre et accepter ? Que pouvons-nous proposer ?

            C’est là une voie sans issue, qui aboutit fatalement soit à des incompréhensions, soit à un sentiment d’échec.

 

            C’est le point de départ qu’il faut radicalement modifier : ces hommes et ces femmes ne sont pas des clients de l’Église et nous ne sommes pas les fournisseurs d’une marchandise religieuse. Nous sommes des croyants appelés à rencontrer non pas d’autres croyants assurés de leur foi, mais des hommes et des femmes qui peuvent devenir pour nous comme des signes de Dieu, c’est-à-dire que Dieu se manifeste à nous à travers leur demande et leurs attentes.

 

            Et c’est d’ailleurs une règle majeure du discernement chrétien : chercher à percevoir, à discerner des attentes profondes au-delà ou en deçà des demandes immédiates. Ils demandent une célébration, une « cérémonie » à l’église. Bien ! Ne nous offusquons pas de ce terme, même s’il est très insuffisant. Faisons de ce terme un point de départ pour un cheminement, et pour qu’au cours de ce cheminement, se manifestent les désirs profonds de ces personnes par rapport au mystère de Dieu et de l’Église.

 

            Face à ces personnes, nous sommes donc appelés à être en état de conversion. Nous ne sommes pas du côté de l’offre. Nous sommes du côté d’une réelle découverte : nous allons apprendre nous-mêmes à aller à la découverte du Dieu vivant à travers les attentes de ces hommes et de ces femmes.  

            Et nous sommes là dans une logique ou une dynamique proprement sacramentelle qui nous oblige à nous poser la question : Comment et en quoi ces personnes sont-elles en attente de Dieu ? Comment deviennent-elles pour nous des signes de Dieu ? Et nous-mêmes, comment nous engageons-nous avec elles à devenir des signes et des témoins de Dieu ?

            Autrement dit, la pastorale du cheminement chrétien est une pastorale très exigeante et qui comporte au moins trois exigences :

                        - Accepter de parcourir un chemin dont l’aboutissement n’est pas connu d’avance

                        - Baliser ce chemin, à l’aide de nos orientations diocésaines, avec les quatre éléments qui les constituent :   

·        initiation à la Parole de Dieu

·        conversion personnelle

·        relation à l’Église

·        initiation à la prière et à la vie sacramentelle

                        - Se souvenir aussi qu’il y a dans l’Évangile un récit qui est comme le modèle de cette pastorale du cheminement chrétien : la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs (Luc 24, 13-34), avec les trois étapes de cette rencontre, le dialogue sur la route, l’ouverture des Écritures, la halte au village avec le signe du pain rompu.

            En référence à ce récit des pèlerins d’Emmaüs, nous sommes, dans la pastorale du cheminement et de l’accompagnement, situés des deux côtés :

            - du côté des pèlerins qui ont du mal à surmonter leur souffrance

            - du côté de Jésus qui va les faire passer de la désespérance à la foi.

 

            Il est clair que nous sommes là sur le terrain de l’expérience spirituelle, de l’expérience chrétienne, et que nous acceptons, comme Jésus, de cheminer avec des gens qui semblent aveugles aux signes de Dieu. Mais justement, c’est le chemin qui va ouvrir  progressivement les yeux et le cœur. C’est à travers la marche accomplie en commun que s’accomplit la Révélation du Christ.

 

 

II – PRATIQUER UNE VÉRITABLE INITIATION AU MYSTÈRE DE DIEU

 

            Qu’apprenons-nous à travers ces personnes que nous rencontrons, qui se confient à nous pour que nous les accompagnions ? Si nous sommes appelés à nous convertir avec elles, quelles sont les conversions dont nous sommes témoins en elles et à travers elles ?

 

            1. L’initiation au mystère de Dieu passe par la découverte de l’Église

 

                        … et précisément par la découverte de l’Église perçue non pas comme une organisation compliquée, mais comme un Corps vivant.

           

            C’est l’expérience que vous percevons souvent en accueillant ces hommes et ces femmes qui se préparent au mariage : ils s’attendent à des critiques, à des reproches. Ils ne se sentent pas en règle avec la morale chrétienne. Or ils constatent que nous les accueillons d’une façon gratuite et que le premier terrain de la rencontre, ce n’est pas la morale, c’est l’existence humaine, c’est même la « grammaire élémentaire de l’existence humaine ».

            La vie, la mort, l’amour ! Les raisons de vivre et d’aimer, les blessures de la vie, les désirs de réconciliation, le besoin de confiance.

            Nous pratiquons alors une pastorale de la bienveillance : il ne s’agit pas de tout approuver, il s’agit de discerner ce qui est le plus important pour progresser dans l’expérience amoureuse, dans l’amour fidèle.

            Chacun de nous peut attester que ces rencontres et ces dialogues jouent un véritable rôle de rééducation à l’égard de l’Église : il nous est donné de laisser apparaître l’Église comme le signe sensible, présent, efficace de l’humanité de Dieu révélée en Jésus-Christ.

 

            2. L’initiation au mystère de Dieu passe souvent par la mémoire familiale

 

            Il me semble – et je le dis par expérience – que cette pastorale du cheminement chrétien fait souvent appel à la mémoire familiale, surtout si cette mémoire est plus ou moins blessée.

            Ces hommes et ces femmes s’engagent pour l’avenir, mais leur avenir est inséparable de leur vie familiale, de leurs relations faciles ou complexes avec leurs parents.

            Leur propre alliance conjugale les amène à s’interroger sur l’alliance vécue par leurs parents, parfois avec bonheur, parfois aussi avec des souffrances et des échecs.

            Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas éviter que la préparation du mariage inclue cette ouverture aux histoires familiales, aux relations familiales, aux relations heureuses ou difficiles avec un père ou une mère.

            Il est normal que des jeunes couples comprennent, à travers leur propre relation amoureuse, la relation qui existe entre leurs parents. Et je crois pouvoir le dire positivement : l’événement de leur mariage peut réveiller l’amour chez leurs parents ou l’éveiller chez leurs amis. Leur expérience personnelle saisie par le sacrement devient pour d’autres un signe et un appel.

            La célébration du mariage peut jouer ce rôle : elle parle, elle signifie, elle révèle à d’autres ce qu’ils cherchent ou ce qu’ils ont oublié…

            Des jeunes mariés exercent ainsi un véritable ministère : ils communiquent à d’autres ce qu’ils reçoivent de Dieu à travers le sacrement qui les saisit et les engage.

 

            3. Que découvrent-ils du mystère de Dieu ?

 

            La réponse à cette question reste le secret de chacun. Et pourtant, j’ose donner ici quelques éléments de réponse.

 

            D’abord une constatation générale : ce sont les hommes ou les femmes les moins familiers de la Tradition chrétienne qui sont les plus attentifs au mystère de Dieu. Et même des non baptisés ou ceux qui se disent incroyants ou agnostiques. La préparation au mariage a des chances de devenir pour eux une première initiation. C’est ainsi que certains ou certaines deviennent catéchumènes.                   

 

            Et puis, s’il faut répondre à la question : « Que découvrent-ils du mystère de Dieu ? Qui est Dieu pour eux, tel qu’ils le perçoivent ? », je répondrai sans hésiter :

·        Le Dieu qui est source de la vie, de l’existence humaine, et aussi de la beauté du monde et, en même temps, le Dieu de l’Alliance, Celui qui s’ouvre à nous et nous appelle à vivre de Lui d’une manière solidaire et même fraternelle.

            En tout cas, le mystère de Dieu leur parle. La Parole de Dieu leur parle de Dieu lui-même, comme Quelqu’un que l’on peut connaître et même rencontrer.

 

·   Et puis, en même temps, le Dieu qu’ils cherchent et qu’ils perçoivent, c’est Celui qui nous donne de franchir des seuils, le Dieu des passages plus ou moins difficiles, le Dieu de la route, le Dieu du chemin, le Dieu qui permet d’espérer un au-delà des échecs ou des épreuves, notamment du côté de la réconciliation.

 

 

                     Je vais m’arrêter là, mais vous m’avez compris. Si nous pouvions nous raconter ce que nous apprenons nous-même de Dieu en pratiquant cette pastorale du cheminement chrétien ! Si nous pouvions nous dire : « Dieu passe par ces hommes et ces femmes qui nous sont confiés ! » À nous d’ouvrir ces chemins ! À nous de nous dire, ensuite, comme les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et qu’il nous ouvrait les Écritures… » (Luc 24,32)

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