Le blog de Mgr Claude DAGENS

POUR UNE ÉGLISE QUI PRIE ET QUI CHANTE. Entrer dans le mystère de Dieu par la prière et le chant

3 Novembre 2008 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Interventions diverses

Intervention par laquelle Monseigneur Dagens a ouvert, le samedi 25 octobre 2008, à Angoulême, la session diocésaine de liturgie qui portait sur ce thème.

 

 

Je voudrais mettre en relief les enjeux de cette rencontre. Ce ne sont pas des enjeux d’ordre technique. Ce sont des enjeux spirituels : ils concernent l’expérience spirituelle que nous sommes appelés à faire en priant et en chantant, et,  pour beaucoup d’entre nous, en animant la prière et le chant de nos assemblées, pour la célébration de l’Eucharistie.

 

                        J’insiste sur l’expression d’expérience spirituelle, au sens fort : l’Esprit Saint travaille en nous à travers la prière et le chant. A travers la prière et le chant, il fait de nous le Corps du Christ, et il nous apprend à entrer dans le mystère de Dieu par la prière et le chant. A entrer ou à ne pas entrer, selon que nous entrons nous-mêmes dans la prière et dans le chant de l’Eglise.

 

                        Entrer ou ne pas entrer, voilà l’enjeu spirituel ! Je voudrais en donner des raisons et en montrer aussi des exigences.

 

 

 

1- ENTRER OU NE PAS ENTRER DANS LA PRIERE ET DANS LE CHANT

 

                        Nous faisons tous cette expérience profondément humaine à travers nos liturgies : nous sommes partagés entre la joie et la peur de prier et de chanter. La joie et la peur, la peur et la joie.

 

-         La joie de prier et de chanter.

                                               C’est l’expérience que l’on fait à Taizé, dans l’église de la réconciliation. Vaste espace clos, avec, devant l’assemblée,  une sorte de scène éclairée, avec l’autel, et des lumières, des banderoles, une sorte de présence ouverte. On est appelé à regarder dans la même direction. On fait silence, on se recueille, et les refrains vont jaillir, comme des sources qui se multiplient :

            « Jésus, le Christ, lumière intérieure,  ne laisse pas mes ténèbres me parler

              Jésus, le Christ, lumière intérieure, donne- moi d’accueillir ton amour. »

 

                                               Que se passe-t-il alors ? On est pris dans un mouvement qui nous dépasse. Le chant relie ceux et celles qui chantent. Il n’est plus commandé de l’extérieur. Il vient du dedans. Il se glisse dans la respiration. Il devient respiration. On entre doucement dans une sorte de bain de prière. On s’oublie soi même. Ce n’est pas une manipulation, c’est une communion véritable.

 

                        Dans nos églises de campagne ou de ville, nous ne sommes pas à Taizé, mais c’est la même expérience qui nous est proposée :

- entrer dans la prière de l’Eglise, être mis en  relation les uns avec les autres par la prière et le chant.

- prier du dedans, de l’intérieur, avec le cœur et le corps, en se laissant habiter par les paroles du chant. D’où l’importance de ces paroles : pas celles qui nous plaisent, mais celles qui nous ouvrent au mystère de Dieu…

                       «  Si le Père vous appelle… »

                       «  Peuple de Dieu, cité de l’Emmanuel… »

 

-         La peur de prier et de chanter

                                               - L’autre jour, j’ai présidé la célébration des obsèques de cet homme de 40 ans, mort dans des circonstances dramatiques. Assistance nombreuse, saisie d’émotion, mais désemparée, durement frappée par la mort et la tristesse…

                                               Que faire ? Comment passer de la peur à la prière ?

 

                                               C’est clair : l’enjeu n’est pas technique, mais spirituel. Pour ceux qui animent, pour celui qui célèbre, avoir conscience d’être situés à ce point de jonction et de rencontre entre la souffrance humaine et la Révélation de Dieu, le mystère du Christ.

 

                                               Mais cela vaut toujours : en tant que célébrants ou animateurs de la prière et du chant, nous sommes situés à ce point de jonction entre Dieu et les hommes. Et nous sommes des deux côtés : du côté de Dieu qui s’ouvre à nous et du côté de ces hommes et de ces femmes qui souffrent et qui espèrent…

                                  

                                               Voilà l’enjeu fondamental : la prière et le chant de l’Eglise sont au service de cette rencontre toujours nouvelle entre Dieu et les hommes. Et tout ce qui nous pouvons préparer, organiser, imaginer, animer est au service de cette rencontre. Disons-le autrement : par la prière et par le chant, nous sommes au service de la charité du Christ, nous devenons des signes vivants, priants, chantants de la charité du Christ.

 

 

 

2 – FAIRE CORPS AVEC L’EGLISE ET ENCOURAGER AUSSI AU SILENCE

 

                        J’ai deux recommandations importantes à vous faire, auxquelles je tiens beaucoup :

 

                                   - En étant au service de cette rencontre entre Dieu et les hommes, aidez nos assemblées à faire corps, à devenir le Corps du Christ. Que la prière et le chant soient là pour nous relier, ou plus exactement pour nous faire entrer dans le mystère de Dieu en nous reliant les uns aux autres, dans le Corps du Christ.

                                   Que le chant ne soit plus un exercice individuel ! Que l’on s’écoute les uns les autres en chantant et que l’on s’accueille les uns les autres en priant ! Du même mouvement, que passent par nos voix, que s’accomplissent l’ouverture à Dieu et l’ouverture les uns aux autres !

                                    D’où l’importance du chant d’entrée qui n’est pas une formalité, mais un acte d’entrée dans le mystère de Dieu pour toute l’assemblée : que le chant vienne baliser et encourager cette entrée dans le mystère de l’Eucharistie ! Non pas : « Prenons p. 126 et chantons ! », mais «  acceptons de chanter en sortant de nous mêmes pour entrer dans le mystère de Dieu ! ». Et le miracle peut s’accomplir…

-                    Et puis, comme animateurs du chant et de la prière,  pratiquez le va-et-vient du chant et de la parole au silence. Soyez les animateurs du silence dans nos assemblées. Ce n’est pas une affaire technique, c’est aussi une expérience spirituelle. N’ayons pas la peur du vide ! Ne remplissons  pas les vides de façon superficielle ! Que les chants et que la prière jaillissent du silence, des cœurs travaillés par le silence ! Soyez au service de cette éducation spirituelle du peuple de Dieu qui est indispensable pour nous tous ! Alors, il nous est donné d’entrer dans le mystère de Dieu en participant à la vie de l’Eglise, par la prière, le chant et le silence. Avec nos corps et avec nos voix, nous devenons vraiment le Corps du Christ.

 

Partager cet article

Repost 0