Le blog de Mgr Claude DAGENS

PLUS FORTE QUE TOUT : LA CONFIANCE. Lettre pastorale pour un temps d'épreuves et d'espérance

4 Septembre 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Lettres pastorales

Chers amis,

 

            Cette lettre est importante. Je souhaite qu’elle soit reçue aussi largement que possible, avec les convictions, les encouragements et les appels qu’elle contient.

            Elle est d’abord pour vous qui connaissez bien l’Église catholique de Charente, parce que vous participez à sa vie, que vous soutenez ses engagements, que vous comprenez ses difficultés. Merci à vous qui, depuis plusieurs semaines, avez manifesté votre solidarité. Ma prière pour vous est simple, comme celle de l’apôtre Paul pour les chrétiens de Philippes : « Que votre amour abonde encore et de plus en plus, en clairvoyance et en vraie sensibilité pour discerner ce qui convient le mieux » (Philippiens 1, 9-10).

 

            Mais cette lettre est aussi pour vous qui ne rencontrez l’Église que de façon épisodique. Peut-être que vous la considérez comme une institution dépassée. Peut-être que vous vous interrogez de temps en temps à son sujet : « Que cherche-t-elle vraiment ? Qu’est-ce qui inspire son action et ses paroles ? Comment peut-elle témoigner de Dieu dans un monde qui se passe de Dieu ? »

            Peut-être aussi qu’il vous arrive de rencontrer des amis qui savent vous dire leur joie d’être croyants et de puiser dans leur foi des raisons de vivre et de servir. Alors vous avez compris qu’au-delà des apparences, l’Église est faite d’hommes et de femmes qui ne sont pas parfaits, mais qui se savent liés les uns aux autres par une confiance plus forte que tout ce qui peut les éprouver.

            Voilà le témoignage que je voudrais porter en ce temps de rentrée, en vous expliquant les raisons de cette confiance.

 

 

I – « MA PUISSANCE SE DÉPLOIE DANS LA FAIBLESSE »

 

            « Ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12, 9) : cette parole étonnante, l’apôtre Paul l’a reçue de Dieu dans des circonstances très éprouvantes. Il doit faire face à une crise dans la communauté de Corinthe, en raison de tensions et de dérives graves. Il engage toute son autorité d’apôtre. Il sait qu’il est envoyé par le Christ. Il n’oublie pas les révélations personnelles dont il a bénéficié.

            Mais en lui, il y a « comme une écharde » dans sa chair, quelque chose qui le blesse, qui le handicape profondément. Il a demandé à en être délivré et le Christ lui a fait cette réponse : « Ma grâce te suffit : ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Cor. 12, 9).

            La faiblesse humaine, notre faiblesse humaine, sous tant de formes, visibles ou cachées, est une réalité. Et c’est aussi la réalité de l’Église. Mais – et voilà l’étonnant – le Christ agit au-dedans même de cette faiblesse.

            J’en ai été témoin ces jours-ci en deux circonstances particulières que je tiens à évoquer.

            - Première circonstance : l’autre soir, j’ai rencontré l’équipe d’animation pastorale de la cathédrale. Tous ses membres, prêtres et laïcs, savent la situation difficile à laquelle ils sont confrontés. Mais, en eux, aucune trace de découragement. Au contraire, une volonté d’aller de l’avant et surtout de vivre la fraternité chrétienne. C’est plus que la solidarité dans l’épreuve : c’est la conscience d’avoir à déployer les dons reçus de Dieu et de reconnaître ces dons chez les autres. Et le prêtre apparaît alors comme le ministre du Christ, qui veille à la mission commune.

            Dans une situation éprouvante, la force de Dieu est donnée. Elle ne résout pas les difficultés. Mais elle permet de les affronter dans la confiance. Et elle crée une véritable communion entre les membres de l’Église.

            - Seconde circonstance : la session de notre Conseil épiscopal renouvelé, durant trois jours chez nos sœurs bénédictines de Maumont. Nous aussi, au niveau de l’ensemble du diocèse, nous sommes intensément conscients de nos pauvretés et de tout ce qui handicape la mission de l’Église, en bien des domaines. Et pourtant, c’est la confiance qui a toujours été la plus forte. Comme si, au travers de ces difficultés, nous percevions – presque de façon sensible – que Dieu est là et que ses appels demeurent, encore plus insistants.

 

            À l’intérieur de notre faiblesse, une autre force passe, une force discrète, tenace, apaisante, réellement plus forte que tout ce qui pourrait nous décourager. « Ma grâce te suffit : ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Cor. 12, 9).

            Le Christ Jésus tient ses promesses. Il vient. Il agit. Peut-être même que les épreuves nous appellent encore davantage, encore plus radicalement (c’est-à-dire à partir de nos racines) à accueillir son action en nous. Oui, il y a des appels de Dieu qui prennent tout leur relief quand nous sommes « creusés » par les épreuves. C’est donc l’heure de :


- FORMER VRAIMENT LE CORPS DU CHRIST

- RECONNAÎTRE LA MISSION PRIMORDIALE DES PRÊTRES DANS CE CORPS.

 

 

 

II – FORMER VRAIMENT LE CORPS DU CHRIST

 

            1. Nous participons à la naissance de l’Église

 

            Ne rêvons pas : il y aura toujours une disproportion, ou un écart parfois très grand, entre les appels qui nous viennent de Dieu et les moyens dont nous disposons pour y répondre.

            Mais cet écart n’empêche pas l’Église du Christ d’être ce qu’elle est : ce lieu unique où s’accomplit la rencontre entre le Don de Dieu et les attentes de notre humanité, de ces hommes et de ces femmes que nous sommes nous aussi et qui avons besoin de confiance pour vivre vraiment.

            Nous sommes au service de cette rencontre-là. Et c’est pourquoi nous participons sans cesse à la naissance de l’Église. Bien sûr, nous mesurons tout ce qui affaiblit et handicape ce Corps que nous formons : des phénomènes d’usure, de vieillissement, des tensions et des divisions aussi.

            Mais cessons de nous lamenter ! Prenons le temps et les moyens de former vraiment le Corps du Christ. Vraiment, c’est-à-dire en nous y engageant avec notre cœur, notre conscience, notre foi.

            Pour cela, nous avons besoin de nous raconter des histoires vraies, des événements réels de rencontre. Je pense aux premiers disciples de Jésus. Ils ont été envoyés en mission, ils ont annoncé l’Évangile et les voilà qui reviennent vers Jésus :

            « Ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : ‘Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu’ » (Marc 6, 30-31). Et l’on comprend très bien l’importance de ce temps de repos, de dialogue, de confiance…

            Dans nos paroisses, dans nos groupes, il nous faut absolument prendre ce temps où l’on s’écoute : non pas pour étaler ses états d’âme, mais pour nous dire ce que nous percevons du travail de Dieu au milieu de nous et en nous. Il y a des hommes et des femmes, et aussi des enfants et des jeunes, qui viennent nous réveiller, surtout quand ils nous demandent de les initier à la vie chrétienne, à la prière, à la lecture de la Parole de Dieu, à la compréhension de leur propre existence, au-delà des doutes et des épreuves.

            Nous sommes là sur un terrain d’éducation mutuelle, d’éducation à l’expérience spirituelle. C’est sur ce terrain-là que naît l’Église. Et elle apparaît alors non pas comme une organisation lourde et compliquée, mais comme le lieu simple où l’on pratique la confiance mutuelle et où l’on apprend les uns par les autres qui est Dieu, qui est le Christ pour nous et comment nous pouvons vivre de Lui.

 

 

            2. Nous sommes appelés à pratiquer la fraternité chrétienne

 

            Il n’est pas question d’opposer l’institution de l’Église à cette expérience spirituelle. L’institution, c’est précisément ce qui permet à cette expérience spirituelle de se déployer, de prendre forme, de durer et de s’inscrire dans la société.

            Cela passe d’abord par la communion de l’Église. Et c’est là que nous devons être réalistes. La communion de l’Église ne naît pas seulement de nos bons sentiments. Elle naît de Jésus Christ « quand il passe de ce monde à son Père en aimant les siens jusqu’au bout » (Jean 13, 1).

            C’est la Pâque du Christ qui est la source permanente du Corps du Christ, avec les deux gestes qui constituent ce Corps vivant. Deux gestes absolument inséparables : le geste liturgique du pain rompu et de la coupe partagée qui institue le sacrement de l’Eucharistie et le geste fraternel du lavement des pieds, à travers lequel Jésus montre que par Lui, Dieu vient tout saisir de notre humanité.

            L’Eucharistie et le lavement des pieds, l’acte liturgique, le sacrement du sacrifice, et l’acte fraternel de service et de don : voilà tout le culte chrétien, toute la liturgie chrétienne, celle qui vient du cœur de Dieu à travers la Pâque de Jésus Christ.

            Nous ne pouvons pas être vraiment chrétiens si nous ne participons pas à toute cette liturgie chrétienne, celle de l’Eucharistie et celle du service fraternel. Le va-et-vient entre ces deux gestes est constitutif de l’Église et donc de notre existence chrétienne, de notre fraternité chrétienne.

            Oui, « il est grand le mystère de la foi » que nous célébrons dans la liturgie et dans les sacrements. Mais il est grand aussi le mystère de la Charité du Christ qui passe par nos actes d’accueil, de solidarité, d’amitié, de visites. Et j’atteste que le déploiement pastoral qui se réalise dans notre diocèse depuis bien des années, avec les relais paroissiaux et maintenant avec les équipes d’animation pastorale, n’a pas d’autre but : il s’agit de travailler ensemble au tissu de l’Église pour que la Charité du Christ passe par ce tissu.

            Je vous le demande avec insistance : résistez à ce qui déchirerait ce tissu ! Refusez les critiques inutiles, les jérémiades, les attitudes de soupçon et de mépris ! Nous avons besoin entre nous d’une réelle cohésion, non pas pour faire de l’Église un bloc, mais pour qu’elle nous apprenne à devenir des chrétiens, « assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Act. 2, 42).

 

 

            3. Témoigner de ce qui manque à notre société

 

            J’atteste que ce visage de l’Église, ce visage fraternel qui révèle le visage même de Dieu, peut être perçu dans notre société. Je l’ai vu au moment des ostensions, en Charente limousine, à Abzac et à Esse. Beaucoup de personnes étaient là, non pas pour le spectacle extérieur, mais pour le signe. Elles n’avaient peut-être pas de mots pour le dire, mais elles le comprenaient : l’Église est présente aussi à l’extérieur de ses églises, non pas pour se montrer, mais pour manifester cette puissance cachée de vie, de confiance, de paix, de guérison dont elle est porteuse et que les reliques des saints attestent à longueur d’histoire.

            Et aujourd’hui, quels signes de l’Église sont attendus dans notre société ? Je sais bien que cette question peut surprendre. Parce que certains n’attendent rien de l’Église et que d’autres voudraient que l’Église affirme son identité avec intransigeance.

            Je ne crois pas aux stratégies pastorales, quelles qu’elles soient, quand elles sont inspirées par des calculs mondains. Je crois à la présence du Christ qui passe par la Croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Et au criminel qui se repent : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23, 43).

            Je crois qu’il y a deux signes majeurs qui peuvent aujourd’hui s’inscrire dans notre société parfois si dure ou si inquiète : le signe de la miséricorde et le signe de l’espérance. Ces deux signes sont intimement liés.

            Pratiquer la miséricorde, c’est participer à une nouvelle création. C’est prendre sur soi le mal de l’autre et l’appeler à s’ouvrir ce qui est infiniment au-delà de sa culpabilité : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Luc 23, 34). Je sais qu’il existe des fautes humainement impardonnables. Mais je regarde aussi vers la Croix du Christ : « En sa personne, il a tué la haine, et il est notre paix » (Éphésiens 2, 16). Quel travail pour l’Église de témoigner de cette nouveauté-là, au milieu de tous les drames de l’histoire, des drames personnels et des violences en tout genre !

            Et puis, il y a l’espérance, souvent contre toute espérance : le mal est là, il détruit, il ronge, il interrompt les dialogues, il ruine la confiance. Et pourtant, voici ce Père qui attend le retour du fils parti au loin ! Voici Dieu notre Père qui ne se lasse pas d’espérer en nous, Lui, le premier : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout être humain qui croit en Lui ne soit pas perdu, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16).

            Cela ne dépend pas des moyens de l’Église. Même très pauvre ou très fatiguée, elle peut témoigner de ce qu’elle reçoit de Dieu, de cette patience quotidienne qui ne se résigne jamais à l’échec !

            Espérer, c’est attendre ce que l’on ne voit pas et qui semble humainement impossible. Mais « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Romains 8, 31).

 

 

 

III – RECONNAÎTRE LA MISSION PRIMORDIALE DES PRÊTRES

 

            1. Au cœur du Corps de l’Église

 

            Les prêtres ! Les prêtres de notre diocèse de Charente : ils sont là et ils se donnent, à longueur de vie !

            Et si l’Église est faite pour la rencontre de Dieu, alors, les prêtres sont au cœur de cette mission. Oui, ils sont placés au cœur du Corps du Christ, et pas au-dessus. Et c’est pourquoi la communion et la cohésion de l’Église sont nécessaires pour tous, les prêtres et le peuple des baptisés.

            Placés au cœur de l’Église, ils sont aussi appelés à conduire au cœur du mystère de la foi : par l’Évangile qu’ils annoncent, par l’Eucharistie et les sacrements qu’ils célèbrent, par la charité du Christ qui les porte et qu’ils servent. Il faut préciser encore davantage : par leur ordination, ils sont placés du côté du Christ lui-même, du Christ qui « vient chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19, 10), du Christ ressuscité qui marche aux côtés des disciples d’Emmaüs et qui n’est pas reconnu (cf. Luc 24, 16).

            Ce ministère de compagnonnage et de rencontre est onéreux. Je le sais moi aussi, avec les prêtres. Oui, il est onéreux d’être là, d’écouter, de soutenir, d’aimer et de ne pas être reconnu. C’est clair : le ministère des prêtres ne se comprend vraiment qu’à partir du mystère du Christ.

 

 

            2. Saisis par le Christ et associés au Christ

 

            Il faut oser le reconnaître et le dire plus nettement : notre vie d’hommes porteurs du ministère apostolique n’est rien sans cette profondeur mystique, c’est-à-dire sans cette ouverture au mystère de Jésus Christ mort et ressuscité.

            C’est radicalement vrai, même si nous ne l’admettons pas toujours : sans Lui, le Seigneur, nous ne sommes rien, mais avec Lui, notre vie, si blessée qu’elle soit, peut être liée à la sienne, à sa mort et à sa résurrection, à sa Pâque. Car il s’agit de « le connaître, Lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances » (Philippiens 3, 10).

            Nous ne sommes pas seulement appelés par le Christ à être des serviteurs de son Corps. Nous sommes associés à Lui. Et parfois très intimement. Oui, il y a des heures et des circonstances où nous pouvons dire en toute vérité, et de façon presque sensible : ce mystère du Christ, nous le portons dans des vases d’argile, à l’intérieur même de ce qui nous éprouve très rudement : « Pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. Pressés de toutes parts, nous ne sommes pas écrasés, dans des impasses mais nous arrivons à passer […] Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. […] Ainsi la mort est à l’œuvre en nous, mais la vie en vous » (2 Cor. 4, 7-8.12).

            Ces paroles de l’apôtre Paul ne sont pas de la rhétorique. C’est la vérité même de la vie apostolique, des combats apostoliques. Nous vivons en nous la Pâque du Christ pour son Corps qui est l’Église. Nous sommes situés par notre ministère à cette espèce d’articulation, de jonction intime qui existe entre le mystère du Christ et le mystère de l’Église.

            Cela est théologiquement fondamental. Mais il y a des heures où cette vérité théologique prend chair en nous, prêtres, évêques, diacres, d’une manière radicale. Nous sommes réellement plongés dans la Pâque du Christ. Plongés, avec l’impression d’être noyés ou broyés. Et puis, une autre force nous saisit : celle de la Résurrection. Nous voilà relevés, ressaisis, appelés à renaître. « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Luc 24, 31).

 

   

            3. Avec toute notre humanité

 

            Car, tout en étant placés du côté du Christ, nous demeurons aussi du côté de ces disciples brisés par l’épreuve. Et c’est l’Eucharistie que nous célébrons au sein du peuple des baptisés qui est aussi à la source de notre propre existence.

            Car nous sommes des hommes, avec toute notre humanité d’hommes : ce qui nous passionne, ce qui nous réjouit, ce qui nous fait souffrir, ce qui nous blesse et ce qui nous entrave.

            Saisie par le Christ, associée au mystère du Christ, notre humanité demeure ce qu’elle est : nous avons nos qualités et nos défauts, nos joies et nos peines, nos goûts personnels, nos préférences ou nos options politiques ou culturelles. Nous avons notre histoire familiale et personnelle, notre mémoire, nos blessures, nos affections, nos amitiés.

            Il est nécessaire que les prêtres soient reconnus avec tout ce qui fait leur humanité d’hommes placés au cœur de l’Église ! Il est nécessaire que des personnes soient là pour les comprendre au-delà ou en deçà de leurs fonctions, avec le mystère qui les habite, avec les moments de découragement qu’ils peuvent connaître, avec le besoin d’amitié qui fait partie de leur être, avec l’attente de ces dialogues réels où l’on peut se livrer avec tout ce qui nous tient au cœur et à la conscience !

            Peuple de baptisés, reconnais la mission primordiale des prêtres ! Reconnais leur humanité ! Pratique avec eux cette confiance plus forte que tout, qui devance les crises ou les chutes !

            Oui, peut-être nous faut-il apprendre ensemble à être plus chrétiens dans le monde et plus humains dans l’Église ! Plus humains dans l’Église, plus humains selon l’humanité de Dieu, l’humanité du Christ qui, Lui, vient tout saisir et ressaisir de ce qui peut nous blesser ou nous démolir !

            Et sans doute faut-il qu’entre nous tous, se déploie ce travail de présence, d’amitié et d’accompagnement ! Et sans doute aussi faut-il prévoir davantage un ministère d’accompagnement spirituel, c’est-à-dire de dialogue approfondi qui permet de discerner ce qui est le plus important et ce que le Christ attend de chacun ! Cela vaut pour les prêtres eux-mêmes : qu’ils soient personnellement encouragés à discerner comment Dieu les conduit sur ses chemins ! Qu’ils aient des frères ou des pères capables de les écouter, de les conseiller, de les guider ! Cela aussi fait partie de la Charité du Christ à vivre dans l’Église !

 

            Cette petite méditation sur la mission primordiale des prêtres me conduit sur les bords du lac de Tibériade. Ils n’étaient plus que sept, après la mort de Jésus. Ils étaient brisés par l’épreuve, avec le sentiment d’un avenir bouché. Ils accompagnent Simon-Pierre qui veut aller à la pêche : « Ils sortirent, et montèrent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prirent rien » (Jean 21, 3).

            Et voilà qu’à l’aube, tout va changer. Ce sera comme un nouveau commencement. Jésus est là sur le rivage. Ils ne l’ont pas reconnu. Il s’adresse à eux. Il les invite à jeter encore les filets. Et l’impossible se produit, les filets se remplissent. « C’est le Seigneur » dit alors le disciple que Jésus aimait (cf. Jean 21, 7). Et Pierre se jette à l’eau. Et, tout à l’heure, ils seront réunis près d’un feu de braise. La lumière de la Résurrection les éclaire. Ils se savent reconnus, compris, pardonnés. L’épreuve est derrière eux. La confiance du Christ passera désormais par eux, pour d’autres…

 

            Face à la profondeur et à la largeur de notre ministère, nous avons le droit d’être dépassés. Tant mieux ! Ce qui nous est demandé par le Christ nous est donné, bien au-delà de nos impressions immédiates de réussite ou d’échec. Mais il y a des moments où nous avons la joie de le reconnaître : en particulier quand un nouveau prêtre est ordonné, ou quand nous prions pour un de nos frères qui vient de mourir, ou bien à certaines heures de vérité où il est possible de se livrer à quelqu’un qui témoigne pour nous de la confiance de Dieu.

            Alors nous sommes bien au-delà de toute évaluation humaine. Nous ne calculons pas les qualités et les défauts. Nous sommes placés devant le mystère d’une existence humaine saisie par le Christ et nous entendons comme en écho les paroles que l’apôtre Paul adressait aux Anciens, aux presbytres d’Éphèse : « Mon but, c’est de mener à bien ma course, et le service que le Seigneur m’a confié : rendre témoignage à l’Évangile de la grâce de Dieu » (Act. 20, 24).

            Face à la vie et face à la mort, voilà la raison d’être et le secret de ce ministère que nous apprenons sans cesse à exercer à la manière des apôtres, avec tout ce qui fait notre humanité, en servant et en aimant ce Corps qu’est l’Église, ce Corps blessé, mais vivant de la force du Christ !

            Vous tous, membres du peuple de Dieu qui est en Charente, et vous, tout particulièrement mes frères prêtres, et aussi vous, les diacres, et vous les femmes consacrées (et croyez-moi, je n’oublie personne, ni ceux et celles qui nous regardent à distance), je vous le demande : déployez inlassablement cette confiance de Dieu, qui n’ignore rien de ce qui nous éprouve, mais qui est plus forte que tout !

 

 

Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

 

à l’abbaye de Maumont,

le 3 septembre 2009,

en la fête de saint Grégoire le Grand

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