Le blog de Mgr Claude DAGENS

PLURALISME CATHOLIQUE ET FRATERNITÉ CHRÉTIENNE

18 Juin 2013 Publié dans #Interventions diverses

On pense souvent que les catholiques en France constitueraient un bloc monolithique et même un groupe de pression toujours prêt à affirmer son identité et à la défendre lorsqu’elle est contestée.

Cette perception sommaire est une illusion. En réalité, le pluralisme catholique est une évidence que nous devrions reconnaître davantage, nous qui sommes membres de l’Église et qui savons que des différences considérables et même des tensions très réelles existent entre nous.

Pour le dire de façon succincte, on peut mettre en relief deux types d’attitudes qui se manifestent dans nos communautés ordinaires. D’un côté, des catholiques relativement nombreux sont portés à critiquer et à dénoncer ces dérives profondes qui entraînent la perte ou l’effacement des repères communs inscrits dans les mentalités et dans les lois. On ne se résigne pas à ces dérives, on ne consent pas à ce qu’elles soient consacrées par l’autorité politique, on fait tout ce qui est possible pour résister au discrédit de la tradition chrétienne dans notre société sécularisée.

 Sur cette critique des dérives de la modernité se greffent parfois des idéologies dures, selon lesquelles le monde serait dominé par le mal et il faudrait faire la guerre à ceux que l’on désigne comme les coupables du mal. Cette culture nihiliste, qui se pare de couleurs catholiques, peut inspirer des attitudes violentes, inséparables d’un certain désespoir, comme si la fin de la chrétienté était la fin du monde.

 D’un autre côté, beaucoup de catholiques, sans méconnaître ces phénomènes préoccupants, persistent à penser que nos sociétés démocratiques n’excluent pas les religions, et notamment l’Église catholique, mais les appellent à se situer autrement, à partir de leurs sources vives et comme des forces de proposition appelées à se déployer dans notre société en mal d’espérance. La tradition chrétienne doit s’inscrire à l’intérieur des incertitudes qui marquent notre époque, en faisant valoir la défense de la dignité humaine et les exigences de la solidarité.

Il serait trop facile d’opposer l’une à l’autre ces deux types d’attitudes, d’autant plus que les mêmes personnes peuvent osciller de l’une à l’autre. Mais ce qui serait dangereux, ce serait de cultiver nous-mêmes cette opposition et de nier pratiquement le pluralisme qui caractérise notre appartenance à l’Église. Comme s’il fallait pencher soit vers un catholicisme politique, qui se manifeste sur la place publique, soit vers un catholicisme social, qui serait comme une thérapeutique pour temps de crise.

Ce piège nous est tendu. On a pu le constater récemment. On montre facilement ces catholiques qui s’associent aux manifestations organisées contre cette nouvelle loi qui ouvre le mariage et l’adoption aux personnes de même sexe. Mais on ne parle quasiment pas (en dehors de La Croix et des hebdomadaires chrétiens) de ce grand rassemblement qui a eu lieu à Lourdes durant trois jours et où près de 12 000 catholiques ont vécu la fraternité chrétienne non seulement en accueillant des pauvres, mais en leur donnant la parole et en les reconnaissant comme des signes du Christ.  

Où irait-on si le catholicisme en venait à être identifié exclusivement à l’un de ces deux groupes ? Et de quoi avons-nous besoin pour éviter que le pluralisme ne provoque une séparation et même une rupture à l’intérieur de l’Église ?

- Nous avons besoin de pratiquer plus habituellement des confrontations ouvertes entre nous. Nous ne le faisons pas assez, comme si nous avions peur de nous expliquer sur nos choix et sur les raisons de nos choix. Et s’il existe des limites à ce pluralisme catholique, il faut que la reconnaissance de ces limites passe par des dialogues raisonnables, où nous nous dirons non seulement pour qui nous votons, mais ce que nous désirons pour notre société inquiète.

- Nous avons besoin aussi de comprendre davantage que, quelles que soient nos divergences, nous sommes liés les uns aux autres par un combat qui est indivisible : nous refusons ce qui empêche le respect de tout être humain, à commencer par les plus fragiles, qu’il s’agisse de l’embryon dans le ventre de sa mère, de la personne âgée ou malade en fin de vie, ou des hommes et des femmes que l’on traite comme des objets, en fonction des exigences exclusives de la rentabilité financière ou technique, ou des lois implacables d’un marché sans contrôle, aussi bien dans le domaine commercial que dans celui de la biologie. C’est à nous de manifester davantage le caractère indivisible de ce combat, qui n’est pas lié à des circonstances politiques particulières, mais qui est fondamental, constant et résolu.

- Et c’est à nous de savoir que la source de ce combat ne se trouve pas en nous, mais dans le cœur de Dieu. La manière dont les paroles et les gestes du pape François sont aujourd’hui perçus à travers le monde atteste la validité de cet engagement. Il ne s’agit pas de nous affirmer violemment face à un monde qui nous marginaliserait. Il s’agit de manifester humblement et résolument la Vérité et la bonté de Dieu qui veut passer par nous pour se révéler aux hommes. La limite principale du pluralisme catholique se trouve du côté de cette fraternité chrétienne, qui est difficile et exigeante, comme la voie étroite de l’Évangile vivant. Mais cette voie est toujours ouverte : c’est à nous de ne jamais la fermer, et l’on doit faire preuve d’intransigeance dans cette attitude.

 

21 mai 2013

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