Le blog de Mgr Claude DAGENS

PIERRE AUMAÎTRE SAVAIT LA FORCE DE L'EVANGILE. Messe à Aizecq pour la fête de Pierre Aumaître, le 30 avril 2011

16 Mai 2011 Publié dans #Homélies

 

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« Allez dans le monde entier ! Proclamez l’Évangile à toute la création ! »

Cet appel que Jésus ressuscité adresse à ses amis si médiocres, si lents à croire vraiment en Lui, cet appel, Pierre AUMAÎTRE l’a entendu ici, à Aizecq.

Très tôt, il a appris ici à devenir chrétien, à connaître Jésus, à l’écouter, à le prier et à le suivre. C’est cela qui m’impressionne le plus chez lui : cet enfant qui allait devenir prêtre, missionnaire et martyr en Corée, cet enfant a reçu ici même tout ce qui le préparait à accomplir sa vocation et à donner sa vie jusqu’au bout.

Ce qui le préparait, c’est sa foi sans réserve, son obéissance tranquille à l’appel de Dieu, son courage aussi, cette étonnante capacité à persévérer, en apprenant le latin, parce qu’il le fallait pour entrer au séminaire, en parcourant des kilomètres à pied pour rejoindre le petit séminaire de Richemont, en sachant s’oublier, se sacrifier, se donner.

Sans faire de bruit, sans se faire remarquer de ses maîtres, mais en suscitant l’inquiétude de ses parents. Car ce sont eux, les parents, qui ont compris que cet enfant n’était pas tout à fait comme les autres : il ferait tout pour répondre à l’appel de Dieu et pour partir au loin.

Et ce fut le drame, en 1859, lorsque le jeune Pierre AUMAÎTRE – il a alors 22 ans – annonce son départ pour les Missions étrangères de Paris. Il ira en Asie. Il ne sait pas ce qu’il attend, mais il est prêt.

Et tout ira très vite : à peine trois années à Paris, et le grand voyage en bateau vers la Chine, puis la Corée, avec un détour involontaire par la Mandchourie. Et puis, après moins de trois années d’évangélisation dans les environs de Séoul, ce sera l’arrestation, puis la condamnation, et la décapitation le vendredi saint 1866, sur la plage triste de Kalmemot.

Et depuis lors, c’est étonnant : cet enfant de chez nous est extraordinairement vivant. Des amis coréens publient ses lettres. Là-bas, à Kalmemot, à Séoul, et ailleurs, on apprend à le connaître et on voit bien que la force du Christ ressuscité passe par lui, ce jeune prêtre qui a suivi jusqu’au bout le Seigneur.

L’histoire si simple et si parlante de Pierre AUMAÎTRE fait partie de notre histoire. Parce que ce jeune prêtre martyr vient nous rappeler que l’évangélisation passe par des hommes et des femmes qui apprennent à vivre de la force du Christ et de son Esprit Saint, pour annoncer son Évangile. Parce que cette bonne nouvelle, dont nous, nous parlons trop facilement, trop gentiment, cette bonne nouvelle concerne la vérité de Jésus, le Fils du Dieu vivant quand il vient tout ressaisir de notre humanité, en devenant notre chemin vers le Père et la source personnelle de la vraie vie, de la vie donnée, dans la force de l’Esprit Saint.

 

Nous vivons aujourd’hui de nouveaux commencements de la foi chrétienne et de l’Église. J’en suis sûr, et je souffre comme vous en constatant que beaucoup de personnes, y compris à l’intérieur de l’Église, ne veulent pas reconnaître ces réalités de renaissance.

Comme nous l’avons vu encore au début de cette semaine, avec ces 500 collégiens et collégiennes de tout notre diocèse, qui ont participé à notre pèlerinage en Charente Maritime, à Sablonceaux, à Royan, à Talmont, sur les bords de l’océan, au Verdon, et jusqu’à Saintes, à l’abbaye aux Dames.

J’atteste qu’il y a parmi nous des jeunes et des adultes qui sont heureux de devenir chrétiens, qui prient, qui sont attentifs à Dieu et attentifs aux autres et qui n’ont pas peur, s’il le faut, de se distinguer des autres.

C’est donc l’heure de nous réveiller et de former plus résolument, plus solidairement cette Église qui demeure l’Église des apôtres et des martyrs, comme à Jérusalem, après la résurrection de Jésus.

Voici Pierre et Jean arrêtés après la guérison d’un infirme. Les voici devant leurs juges « qui étaient surpris en voyant leur assurance et en constatant que c’était des hommes quelconques et sans instruction ».

Les autorités coréennes qui ont jugé et condamné Pierre AUMAÎTRE et ses compagnons devaient avoir la même réaction. Ils ne comprenaient pas l’entêtement de ces chrétiens et leur manière de témoigner d’un certain Jésus, dont ils ne pouvaient pas se désolidariser : « Il nous est impossible de ne pas dire ce que nous avons vu et entendu. »

Saint Pierre AUMAÎTRE, notre frère, nous vivons nous aussi des temps exigeants pour l’initiation chrétienne, pour la fraternité chrétienne, pour la mission chrétienne ! Apprends-nous à mettre notre espérance dans le Christ, et qu’il nous soit donné, par Lui et par ton intercession, à témoigner de sa victoire sur la mort et sur le mal !

 

Claude DAGENS, évêque d’Angoulême

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