Le blog de Mgr Claude DAGENS

"OUVRE-TOI !" Eucharistie à Jarnac et accueil du Père Pierre-Marie Robert, le dimanche 9 septembre 2012

10 Septembre 2012 Publié dans #Homélies

Effata.jpg 

            En ce dimanche de rentrée, la Parole de Dieu nous met sous le signe de l’action décisive de Dieu pour son peuple (« Voici votre Dieu : il vient vous sauver ») et aussi des gestes par lesquels Jésus manifeste sa puissance de guérison : « Effata ! Ouvre-toi ! »

            Voici cet homme, ce sourd-muet, qui est probablement un païen, et non un juif. Mais peu importe ! Cet homme souffre de ce qui l’empêche d’entendre et de parler. Il est gravement handicapé, retranché de la société.

            Ceux d’entre vous qui sont atteints de surdité le savent bien. Ce handicap-là est grave, parce qu’il isole. Et ceux qui sont témoins d’accidents vasculaires cérébraux savent aussi ce qui se passe pour quelqu’un qui est privé de parole. Être là, et ne pas pouvoir s’exprimer avec des mots. C’est un changement radical dans l’existence.

            « Effata », « ouvre-toi ! », et cette parole dite en araméen accompagne les autres gestes de Jésus : la salive sur la langue et les doigts dans les oreilles, comme si le Verbe fait chair tenait à toucher le corps de ce sourd-muet pour lui communiquer sa puissance de guérison.

            « Ouvre-toi ! », c’est une parole et un geste que l’on peut pratiquer en célébrant un baptême d’enfant, pour que ce bébé puisse peu à peu s’ouvrir aux paroles d’amour qui lui sont adressées et puisse aussi y répondre. Car nous vivons aussi de paroles échangées, et pas seulement de contacts physiques.

            Et Jésus sait le prix de ces paroles qui délivrent : « Confiance ! C’est moi ! N’ayez pas peur ! », « Va en paix et ne pèche plus ! », « Moi non plus, je ne te condamne pas ! »

            « Ouvre-toi ! » : il y a presque comme un engagement de l’Église tout entière dans ces simples mots, et un engagement qui comporte comme deux volets inséparables.

            Pour t’ouvrir, sois conscient de ce qui t’empêche d’entendre et de parler ! De cette peur ou de cette défiance qui te referme sur toi-même ! Et tant de gens, jeunes et adultes, dont nous sommes, connaissent un jour ou l’autre ce handicap : on se replie sur soi-même, comme une huître, parce que l’on a été blessé et que l’on ne veut plus s’exposer ! C’est comme une petite prison dans lequel on se tient, tout recroquevillé ! Qui nous délivrera de cet enfermement ?

            « Ouvre-toi ! » : il ne suffit pas de savoir ce qui nous rend sourd et muet, d’une façon ou d’une autre. Il faut aussi une véritable rééducation : s’ouvrir, dans le silence, à ce mystère qui est là, devant nous, et en nous, ce mystère des autres, quand ils nous surprennent ou nous peinent, ce mystère de Dieu, quand il nous semble Lui-même silencieux, sourd à nos appels, et ne répondant pas à ce que nous Lui demandons, même avec insistance.

            S’ouvrir à la parole de Dieu, à la présence de Dieu, qui ne fait pas de bruit, puisqu’elle est comme le murmure d’une brise légère, d’un silence ténu… Être là, avec son cœur qui écoute, et qui peut doucement saisir ce que le Père des cieux nous dit à sa manière : « Mon enfant ! Mon petit ! N’aie pas peur ! Ouvre-toi en te désarmant ! »

            Ces appels ne valent pas seulement pour notre intimité personnelle. Ils valent pour le corps de nos communautés, lorsqu’on ne s’entend plus, dans tous les sens du terme, que l’on est devenu sourd et au Christ et aux autres, parce que l’on s’est enfermé dans ses préjugés ou ses peurs. « Effata ! » : ouvre-toi ! Ouvrez-vous, non pas au monde, mais aux appels de Dieu qui vous demande de sortir de vous-mêmes pour écouter ce qu’il nous dit de neuf, en termes de confiance, d’espérance, de fraternité réelle !

            De fraternité réelle, et non pas rêvée, en n’imaginant pas que nous serions des gens qui s’entendent facilement, mais en comprenant que nous sommes toujours des hommes et des femmes très variés, qui apprennent à dépasser leurs différences pour partager une mission commune : être en ce monde des signes vivants de la Vérité et de la Charité du Christ.

            Voilà la tâche essentielle du nouveau curé doyen que vous accueillez aujourd’hui et que je suis venu accueillir avec vous : Pierre-Marie ROBERT. Pour ce seuil de la rentrée à franchir avec lui, j’ai confiance. Cet homme devenu prêtre a de l’expérience, de la sagesse et un mélange heureux de bonté et de fermeté.

            Écoutez-le ! Encouragez-le ! Soutenez-le ! Ne lui demandez pas tout ! Demandez-lui de vous donner ce qu’il a vocation à être parmi vous : un pasteur qui saura vous dire ce qui vous empêche d’entendre les appels de Dieu, ce qui fait obstacle à ces dialogues qui sont le tissu ordinaire de nos rencontres !

            Oui, il saura – j’en suis sûr – détecter les obstacles à la fraternité chrétienne. Mais il saura aussi – j’en suis également sûr – vous inciter au silence de la prière, à l’attention à Dieu, à ce discernement qui permet de comprendre où est le plus important !

            Pierre-Marie, de Jarnac à Bassac, et à Bourg-Charente, et à Sigogne, et à Rouillac, je suis sûr que tu vas te donner, avec le Père Marius MYSIASEK, pour manifester dans ce doyenné, l’action du Christ Jésus, quand il nous donne d’entendre et de parler, et de témoigner de sa puissance de salut. Et le salut n’est jamais pour une élite : il est pour tous, quels que soient l’apparence et le prix des vêtements, rutilants ou sales ! Quel que soit notre apparence extérieure, nous sommes, au nom du Christ, des hommes et des femmes qui espèrent en Dieu et qui ne font pas de différences entre les personnes ! Dieu lui-même vient nous sauver ! Que jaillissent les sources ! Que parlent les muets et que les sourds entendent !

 

 

X Claude DAGENS

Partager cet article

Repost 0