Le blog de Mgr Claude DAGENS

"OU DONC EST LEUR DIEU ?" Eucharistie et célébration des Cendres à Saint-André d'Angoulême, le 9 mars 2011

15 Mars 2011 Publié dans #Homélies

 

            « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, et renonçant au châtiment ! » : c’est le prophète Joël qui appelle ainsi le peuple d’Israël à se retourner vers Dieu et à ne pas avoir peur de Lui.

            Et l’apôtre Paul, témoin du Christ ressuscité, est encore plus radical : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » Car Dieu lui-même a pris l’initiative de venir nous réconcilier avec Lui, par le don de son Fils, Jésus.

            Ce qui est impressionnant dans ces deux appels du prophète Joël et de l’apôtre Paul, c’est qu’ils nous font entrer dans une Alliance. Ce sont des appels qui attendent des réponses et qui sont adressés à des hommes de la part de Dieu, et à des hommes capables de découvrir que Dieu ne se résigne jamais à ce qui nous éloigne de Lui.

            Ce temps de conversion qu’est le Carême est donc un temps radicalement ouvert à la confiance de Dieu. C’est Lui, le premier, le Dieu vivant, le Père de Jésus, qui espère en nous et qui nous demande de nous « retourner » vers Lui.

            Au sens fort d’un véritable retournement, qui exige évidemment que nous nous détournions de ce qui nous enferme en nous-mêmes, de ce qui nous rend imperméables, insensibles à sa présence et à son Alliance de tendresse et d’Amour.

            Et c’est pourquoi Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, demande à ses disciples de renoncer aux apparences, seraient-elles des apparences de piété. « Ne cherchez pas à vous faire remarquer des hommes ! Rentrez en vous-mêmes, pas pour cultiver votre petit moi, mais pour vous ouvrir à ce Père des cieux qui est là, présent dans le secret du cœur ! »

            Voilà la nouveauté chrétienne qui marque cette entrée en Carême : Dieu ne s’impose pas de l’extérieur, il fait appel à ce qu’il y a de plus intime en nous, à cette liberté du cœur et de la conscience capable de s’ouvrir au mystère de Dieu.

            C’est là, dans l’invisible, que s’accomplit effectivement la rencontre avec Dieu et l’Église est en permanence au service de cette rencontre : elle n’est pas faite pour se montrer, mais pour ouvrir le chemin de cette rencontre, en sachant que cette ouverture n’est pas un spectacle, mais un engagement.

            Et les appels à la conversion du prophète Joël se prolongent par une question qui en dit long sur nos responsabilités de croyants dans un monde païen : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il que l’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »

            Et cette question-là, nous l’entendons souvent, à moins d’être sourds. Face à tout ce qui brise la vie, face au surgissement du malheur et du mal, sous toutes leurs formes (accidents, suicides, catastrophes naturelles, injustices, expériences de l’échec et de la solitude), on ne peut pas ne pas demander : « Où donc est leur Dieu ? » comme disent les païens. Et nous, à certaines heures, nous sommes forcés de dire, de crier : « Où es-tu Seigneur ? Que fais-tu ? »

            À cette question, il n’y a pas de réponse immédiate, magique. Mais il y a la lente éducation dont nous avons besoin, l’éducation à l’intériorité, à la présence intime de Dieu en nous, et aussi, en même temps, à nos responsabilités de croyants au milieu d’un monde toujours incertain et même inquiet.

            Et il ne suffit plus d’évoquer la lutte contre la faim et pour le développement des peuples. Il faut parler aussi de la lutte si réelle, aujourd’hui si visible dans les pays du Maghreb et du Proche Orient, et aussi en Afrique, et chez d’autres peuples du monde, la lutte pour une vie digne, pour la liberté, pour le respect réel des droits de tout être humain, surtout là où le mépris et la violence sont érigés en système politique.

            Il ne s’agit pas de tirer de l’Évangile du Christ un programme politique. Il s’agit de chercher et de trouver dans la Parole de Dieu une force pour résister à tout ce qui rend des sociétés inhumaines, capables de traiter des êtres humains comme du bétail ou comme des objets de manipulation financière ou technique.

            Voilà le plein sens du Carême, de ces quarante jours qui nous préparent à accueillir le Christ vivant pour vivre de Lui. Dimanche prochain, dans notre cathédrale, des femmes et des hommes seront là, avec nous, pour recevoir l’appel décisif à aller vers l’acte primordial du baptême.

            Et nous, peuple de baptisés, acceptons-nous d’aller à la rencontre de Dieu, en nous débarrassant de tout ce qui empêche cette rencontre et, dans le même mouvement, d’être dans le monde le signe de Dieu, non pas pour nous donner en spectacle, mais pour le laisser, Lui, se révéler vraiment comme Celui qui vient créer un monde délivré du mal et de la peur ?

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