Le blog de Mgr Claude DAGENS

"ON N'ENCHAÎNE PAS LA PAROLE DE DIEU". Eucharistie au Sacré-Coeur de Cognac, avec l'accueil du P. Baudoin de Beauvais. 10 octobre 2010

12 Octobre 2010 Publié dans #Homélies

Qu’elle est belle et encourageante la Parole de Dieu que nous entendons en ce dimanche, avec la guérison du syrien Naaman et du lépreux samaritain, et avec cette profession de foi que l’apôtre Paul adresse à son disciple Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts ! »

            Au début de cette messe, Père Baudoin de BEAUVAIS, j’ai posé sur vos épaules cette étole, signe de la nouvelle responsabilité pastorale que je vous confie avec joie, ici à Cognac, au service des paroisses du Sacré-Cœur et de saint Antoine.

            Et tout à l’heure, je vous inviterai à proclamer seul, devant l’assemblée, le symbole des Apôtres, la foi qui nous rassemble, la foi au Dieu vivant, Père, Fils et Esprit Saint ! C’est cette foi qui nous relie les uns aux autres. C’est cette foi que vous êtes appelé à annoncer et à servir, en paroles et en actes, avec cette générosité qui est en vous, avec, aussi, cette expérience pastorale que vous avez faite dans les Yvelines, à Mantes-la-Jolie et à Trappes ! Quelle joie de vous accueillir parmi nous, avec la conviction que vous allez déployer largement tous les talents qui sont en vous ! En ce jour, je vous renouvelle ma confiance et ma reconnaissance !

            La reconnaissance, ce n’est pas toujours le mouvement qui nous est le plus spontané, surtout lorsqu’on a des raisons de douter de soi-même, et des autres, et de Dieu. Alors que viennent ces miracles, visibles ou cachés, qui ouvrent nos cœurs au mystère de Dieu, comme pour ces hommes dont il est question aujourd’hui !

            Ce Naaman, d’abord, c’est un étranger, venant du royaume d’Aram, proche de la Syrie. Il est lépreux, c’est-à-dire atteint d’une maladie qui le met à l’écart de la société. Et cet homme, à cause d’une esclave venant d’Israël, a osé s’adresser au prophète Élisée. Il est venu chez lui et le prophète lui a commandé d’aller se plonger sept fois dans le Jourdain. Il est guéri, mais il devine que cet événement n’est pas dû à l’eau du fleuve, mais à l’action du Dieu dont Élisée est le serviteur et le prophète.

            Et le plus beau, c’est l’acte de reconnaissance. Il veut emporter avec lui, en pays païen, cette terre sainte où l’Éternel s’est révélé. À sa manière, il devient un croyant. Il sait que cet événement de guérison l’inscrit dans une grande histoire, dans une Alliance sainte.

            Et voilà, dans l’Évangile de Luc, ces dix lépreux qui rencontrent Jésus. Ils se tiennent à l’extérieur du village, puisqu’ils sont impurs, réputés contagieux. Et ils crient vers Jésus, et Jésus les entend, et il reste à distance, en leur demandant de respecter la Loi juive : « Allez vous montrer aux prêtres ! » En chemin, tous seront délivrés du mal, mais un seul – et c’est un étranger et un hérétique, un samaritain – revient pour reconnaître en Jésus la présence de Dieu : « il se jette à ses pieds, la face contre terre ». Et c’est Jésus qui s’étonne du geste de cet homme : lui seul est revenu, lui seul a reconnu l’action de Dieu pour lui, lui seul est allé au-delà du geste rituel.

            Et c’est toujours ainsi : Dieu ne nous force jamais à le reconnaître. Il donne, il se donne, et il attend et il espère en nous. Oui, c’est lui qui espère en nous !

            Et nous, les serviteurs du Christ, prêtres, diacres, évêques, nous sommes au service de cette Parole qui guérit, avec tous les risques que peut comporter l’annonce de cette Parole. Mais « on n’enchaîne pas la Parole de Dieu ! »

            Quelle audace de la part de l’apôtre Paul d’affirmer cela, alors qu’il est prisonnier à Rome ! Et il sait, de tout son être et jusque dans son corps, que si nous sommes liés au Christ, et à sa Pâque, alors nous vivons avec Lui, ou plutôt Lui est là, vivant avec nous, luttant avec nous, se donnant avec nous.

            Non, on n’enchaîne pas la Parole de Dieu qui fait la force de nos vies et de l’Église du Christ tout entière !

            Ici même, à Cognac, Père Baudoin de BEAUVAIS, vous serez, comme vous l’êtes déjà, au service de cette Parole, en étant reconnaissant au Christ pour le nouveau chemin qui s’est ouvert à vous, de Trappes à Cognac, et en suscitant cette confiance dont vous êtes porteur et en encourageant cette joie de donner qui est le secret de l’Église.

            Car nous savons bien tout ce qui peut nous entraver, mais nous ne savons jamais assez à quel point le Christ Jésus ne cesse pas de passer au milieu de nous, pour que nous devenions son Corps, vivant de sa Parole et de sa vie donnée !

            Oui, qu’ici et à Saint-Antoine, l’Eucharistie soit notre force commune, qu’elle nous arrache à nos séparations inutiles, qu’elle nous appelle à pratiquer entre nous la confiance, le pardon, s’il le faut, et aussi cette joie de reconnaître le don de Dieu, plus fort que toutes nos étroitesses, le don de Dieu qui vient à  nous en Jésus Christ : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Et même si nous sommes infidèles, lui restera fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » Quelle espérance !

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