Le blog de Mgr Claude DAGENS

NOUS SOMMES CAPABLES DE NOUS RESSAISIR. Homélie lors de la célébration des Cendres, en l'église Saint-André, le 22 février 2012

27 Février 2012 Publié dans #Homélies

Cendres
 

            Dieu, le Dieu vivant, le Père des cieux, ne se résigne pas : il croit, Lui, que nous sommes capables de nous ressaisir, au milieu même de ce qui nous encombre : ce sentiment d’impuissance qui nous habite parfois et même ce consentement à ce qui, en nous, fait obstacle à la joie de croire en Dieu.

            Mais le temps du Carême n’est pas seulement un exercice d’ascèse : c’est d’abord l’appel à regarder vers Pâques, vers cet événement unique qui marque la victoire de Dieu sur le mal. Lui, Jésus, il a tout pris sur lui de notre condition humaine et de notre péché, et il nous associe à sa victoire, à sa Pâque. Ceux et celles qui se préparent au baptême et à l’Eucharistie comprennent cela spontanément. Dimanche prochain, à la cathédrale, ils répondront à l’appel décisif. Et depuis plusieurs années, ils ont compris ce que nous, nous oublions parfois : Dieu est là, devant nous, vivant, et appelant, nous appelant à aller de l’avant dans cette vie vraiment renouvelée dont il est la source.

            Et la Parole de Dieu proclamée en ce mercredi des Cendres est là pour nous réveiller, s’il le faut.

            « Laissez Dieu se retourner vers vous, pécheurs ! » proclame le prophète Joël au peuple d’Israël. « Vos infidélités si réelles ne peuvent pas avoir le dernier mot ! »

            « Laissez-vous réconcilier avec Dieu, en entrant dans l’Alliance sainte du Christ Sauveur ! » annonce l’apôtre Paul aux baptisés de Corinthe. « C’est maintenant le moment favorable ! »

            Et Jésus, Lui, n’hésite pas à recommander des pratiques précises : l’aumône, la prière et le jeûne. Mais il insiste : « N’accomplissez pas ces pratiques pour vous montrer ! Choisissez pour témoin le Père des cieux qui voit dans le secret et qui attend votre conversion ! »

            Et nous savons bien que ces pratiques nous engagent : faire l’aumône, c’est interrompre en nous l’instinct de possession ! C’est tendre la main à d’autres, et d’abord les regarder, pour comprendre ce qu’ils attendent, et qui se mesure aussi bien en termes d’amitié et de confiance qu’en secours d’urgence !

            Prier, c’est faire silence devant Celui que l’on apprend alors à écouter, et à qui on peut tout confier, pour nous-mêmes et pour d’autres. Et cette prière simple et silencieuse dénoue ce qu’il y a en nous de crispé, et crée de nouvelles façons de comprendre le monde.

            Jeûner, c’est se priver de ce qui semble nécessaire et qui ne l’est peut-être pas. C’est accepter d’être allégé de ce qui nous alourdit, tout ce que nous consommons trop facilement, la nourriture, la boisson, et aussi les platitudes dont on peut se passer à la télévision, et tant de choses qui nous distraient de l’essentiel.

            À chacun de comprendre, de pratiquer, en se demandant sans cesse : « Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Qu’est-ce qui rend possible en nous ce renouvellement de notre humanité dont le Christ Jésus est la source ? Et comment consentir vraiment à ce renouvellement qui nous est proposé ? »

            Frères et sœurs, l’imposition des Cendres, tout à l’heure, sur nos fronts, a valeur d’appel ! « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! » Cette imposition des Cendres n’est pas un sacrement, mais elle est un geste qui engage, qui engage le Christ, quand il attend de nous que nous devenions ses disciples, et nous-mêmes, quand nous acceptons de pratiquer son Évangile, et aussi de pratiquer notre baptême, puisque nous sommes morts et ressuscités avec Lui, déjà et pour toujours !

            Le sacrement du pardon nous attend aussi : des jeunes que j’ai confirmés récemment le disent. On hésite, mais quand on se confie au Christ, alors tout est possible. Et Lui se confie à nous, se livre à nous, sans cesse : « Mon corps livré pour vous… Mon sang versé pour vous. »

            La Pâque est là, comme une source, à travers le don de l’Eucharistie. Que ce Carême nous apprenne à entrer dans ce renouvellement qui est toujours possible !

 

X Claude DAGENS

évêque d’Angoulême

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