Le blog de Mgr Claude DAGENS

NOËL : DIEU SE LIVRE À NOUS. Homélie lors de la célébration de Noël, à la cathédrale d'Angoulême

4 Janvier 2013 Publié dans #Homélies

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            Ce qui nous réunit en cette nuit de Noël, c’est un événement très beau et très étonnant, comme pour les bergers de Bethléem : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

            Un nouveau-né, avec son petit corps qui s’agite, qui a besoin d’être protégé. Un événement pour sa mère Marie, qui vient de le mettre au monde, et pour son père adoptif, Joseph, qui est là, silencieux.

            Ce nouveau-né est pareil à tous les nouveaux nés. Et pourtant, il est unique. Parce qu’il est à la fois attendu et menacé. Attendu par le peuple d’Israël, qui désire la venue d’un Messie triomphant, et qui aura du mal à accepter ce Sauveur désarmé. Mais menacé aussi, par le roi Hérode, qui usera de sa puissance et de son cynisme pour éliminer ses rivaux. Le massacre des Innocents n’est pas loin de l’événement de Bethléem.

            Voilà le réalisme chrétien : à la joie de la naissance vont succéder les violences du monde, et tout cet engrenage dramatique qui va marquer la vie, la mission, la Passion et la Pâque de Jésus. Voilà Dieu parmi nous, livré à nous, sans défense, et qui attend d’être accueilli. Voilà le mystère et le paradoxe de Noël, bien différents de toutes les gentillesses et de toutes les mièvreries dont on entoure cette fête devenue si populaire et si réduite à quelques rites généreux, qui passent par le réveillon et le sapin, pour ne rien dire du Père Noël au service de la société marchande.

            On pourrait se lamenter face à cette sécularisation de l’Incarnation de Dieu. Je ne le ferai pas, ce serait peine perdue. Mieux vaut se réjouir avec ceux et celles qui, sans avoir les mots de la foi chrétienne pour le dire, savent très bien, du plus profond de leur cœur et de leur conscience, que l’on ne peut pas se moquer de Noël, de la bonté du Père des cieux et de la venue parmi nous de son Fils, Jésus, devenu notre frère.

            Et ceux qui reconnaissent la vérité de Noël, ils sont là. C’est vous, frères et sœurs, et j’atteste que nous sommes tous capables en venant à l’église de comprendre que l’on ne peut pas se résigner à l’affadissement de la foi par les dogmes de la société marchande.

        Voici des hommes et des femmes qui souffrent de solitude et qui sont privés d’affection véritable, gratuite ! Nous sommes à certaines heures ces hommes et ces femmes, comme ces détenus de la maison d’arrêt d’Angoulême, avec qui j’ai prié cet après-midi et qui me confiaient qu’ils sont sans nouvelles de leur famille. Quand le malheur vient, surtout si l’on a commis des fautes réelles, les amis disparaissent, et les frères et sœurs s’esquivent. Alors il est possible de découvrir la prévenance de Dieu, qui, Lui, ne désespère d’aucun de ses enfants. « Dieu s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes et de nous purifier ! » Quelle merveille inespérée !

           12687 creche2 440x260 Voici des personnes atteintes d’un mal implacable, et qui le savent ! Les médecins font ce qu’ils peuvent, mais, à certains moments, le corps ne peut plus résister et la tentation du découragement menace, avec le repliement sur soi et la peur des autres ! Que vienne alors la lumière douce de Dieu ! « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ! Sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière s’est levée ! » Ce n’est pas un phénomène magique. C’est un engagement du Dieu vivant qui ne veut pas que nous soyons vaincus par le mal. Et, s’il le faut, il s’arrange pour venir à notre secours ! À nous de le désirer vraiment !

            Et puis, il y a cette nostalgie d’une vie réconciliée, surtout si l’on a fait l’expérience des trahisons, des tromperies, des mensonges, jusqu’à penser que le monde serait dominé par la loi de la jungle et qu’il n’y aurait plus qu’à se battre, en écrasant ses adversaires ! « Tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés ! » Et même à Damas, ce soir, on se souvient de Dieu et de son Alliance et l’on ne se prépare pas à la vengeance en venant le prier !

            Frères et sœurs, il y a quelques jours, on jouait avec l’annonce de la fin du monde, et elle n’a pas eu lieu ! Mais il est vrai aussi que beaucoup de choses de notre monde subissent la loi de la désagrégation ! Pas besoin de faire des dessins ! Mais ce qui caractérise la foi chrétienne, ce n’est pas d’attendre des catastrophes, c’est d’espérer un renouvellement de notre humanité dont le Fils de Dieu fait homme, Jésus, est le germe. Lui, il ne s’impose pas par la force. Il se livre, il se donne, il révèle la puissance invincible de Dieu. « Voilà, en effet, ce que fait l’Amour invincible du Seigneur de l’univers », quand il vient parmi nous et qu’il choisit de « faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. »

            Ce n’est pas l’heure de gémir. C’est l’heure d’aller à la crèche et de nous réjouir de Dieu avec nous, en cet enfant fragile et menacé, comme nous, mais en lui, se réalise une Alliance indestructible entre le Père des cieux et chacun de nous.

            Seigneur, viens toi-même nous réveiller ! Viens nous ouvrir à ta présence ! Fais que nous ouvrions nos portes à ta venue, surtout quand tu as le visage de ceux et celles qui attendent, tout près de nous, d’être accueillis, respectés, soutenus ! Voilà notre combat, qui remet à leur place tous les autres, le combat pour notre dignité d’enfants de Dieu, toujours capables d’être aimés de Dieu et de nous aimer les uns les autres.

 

 + Claude DAGENS

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