Le blog de Mgr Claude DAGENS

NOËL : DIEU N'EST PAS A NOTRE IMAGE. Messe de Noël à la cathédrale d'Angoulême, le 25 décembre 2010

4 Janvier 2011 Publié dans #Homélies

           « Ne craignez pas ! Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple ! Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Luc 2, 10-12)

            Tel est le signe de Dieu qui nous rassemble en cette nuit de Noël : un enfant dans une mangeoire, un nouveau-né que contemplent sa mère, une jeune femme juive de Nazareth, et son père adoptif, Joseph. Un enfant dans une mangeoire, à côté des moutons, et peut-être des bœufs et des ânes, et près du fumier de cette étable, comme y insiste un grand écrivain chrétien du Ve siècle qui a vécu à Bethléem, saint Jérôme…

            Noël attendrissant, Noël réveillonnant, Noël consommateur ! Peut-être : mais, au milieu de toutes les liturgies et de toutes les illusions du monde, il y a la vérité chrétienne de Noël, la vérité de Dieu quand il vient non seulement nous surprendre, mais surtout déranger toutes les logiques du monde, d’une façon très simple, inattendue, inimaginable.

            Et peut-être que nous avons besoin d’être surpris par ce signe étonnant de Dieu parmi nous. Je pense à vous qui êtes là, ce soir, et qui n’avez pas tellement l’habitude d’entrer dans une église, peut-être que vous êtes aussi prêts que nous, les habitués, à comprendre et à accueillir la nouveauté de Dieu quand il se livre ainsi à nous, sans défense.

            À nous d’être ou de devenir comme des enfants quand on leur fait un cadeau, mais le plus beau cadeau, c’est de se savoir reconnu, accueilli, compris, aimé gratuitement. Et c’est cela qui vient bouleverser l’ordre du monde, lorsque Dieu se révèle et se donne sans s’imposer, mais en nous appelant à l’accueillir.

            Il y a un homme qui a compris le caractère étonnant de cette venue de Dieu. Cet homme, c’est un puissant du monde, c’est le roi de Judée, il s’appelle Hérode, et il redoute la venue du Messie annoncé. Il enverra ses espions enquêter à Bethléem. Il craint que ne surgisse un rival et effectivement, il éliminera violemment tous les nouveaux-nés de la région. Cet homme est peut-être comme nous : il s’imagine que Dieu est un rival, parce qu’il serait à notre image ! Et c’est tout le contraire qui est vrai : le secret de Dieu est un secret d’Amour sans limites qui vient changer notre humanité si violente.

            Frères et sœurs, ce soir, et aussi dans les jours suivants, allez donc vers la crèche, avec vos enfants ou sans vos enfants, surtout si vos enfants vous considèrent comme des illuminés ou des attardés. Et laissez-vous, laissons-nous saisir et éclairer par ce signe qui parle silencieusement : Dieu est là, en cet enfant, et il attend d’être reconnu et aimé, comme l’un d’entre nous.

            Et c’est pourquoi Noël n’est pas seulement un spectacle attendrissant. C’est un événement surprenant et profondément fort, fort de la force même de Dieu quand il se donne.

            Je suis certain qu’en ce moment même, on le comprend très bien à Bagdad ou à Mossoul, en Irak, là où des chrétiens sont menacés parce qu’ils sont chrétiens, et aussi à Abidjan, où l’on se demande comment le droit et la justice seront respectés, et ailleurs dans le monde, là où les logiques de guerre, ou de peur, ou de concurrence violente sont à l’œuvre.

            Et c’est pourquoi il est tout à fait nécessaire que nous, chrétiens, nous soyons vraiment les disciples de ce Jésus qui est né dans une étable à Bethléem, qui a vécu en Judée et en Galilée, qui a été condamné à Jérusalem et qui est ressuscité, et qui nous dit, par son Esprit Saint, qu’il demeure avec nous et en nous, si nous l’accueillons. Et il ne nous demande pas d’apparaître comme une assemblée de gens parfaits, mais d’être un peuple d’hommes et de femmes conscients de leurs limites, de leurs fragilités, de leurs péchés, mais sûrs de l’Amour de Dieu.

            Car toute cette réalité humaine, il l’a prise sur Lui, en Jésus, son Fils, le Christ Sauveur et c’est cette foi en Lui qui nous rend plus forts que tout ce qui peut nous démolir ou nous décourager, à certaines heures.

            Comme me le disait il y a quelques jours ce prêtre dont j’ai célébré hier les obsèques. En me serrant la main, il me confiait avec force : « Le Christ vient nous sauver. Il vient me sauver. » Et il insistait : et il savait très bien ce que cela signifiait.

            Et que l’on ne dise pas sottement que l’événement de Noël devrait rester un événement réservé à l’intimité des cœurs et des consciences. Non, la logique de Dieu veut être présente et rendue présente sur la place publique.

            Ne rêvons pas ! Nous savons très bien que les logiques du pouvoir politique, de la puissance et de l’influence économique et financière, sans oublier celle des armes ou celle des idées sont des logiques très réelles.

            Mais, au milieu de ces logiques, comme au temps d’Auguste et d’Hérode, une autre logique, une autre force est à l’œuvre, comme à Tibhirine : la force du don, la force de l’Amour dont la source n’est pas en nous, mais dans le cœur du Père des cieux qui s’ouvre à nous en Jésus, son enfant, devenu notre frère en humanité, pour toujours…

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