Le blog de Mgr Claude DAGENS

"N'OUBLIEZ PAS QUE VOUS AVEZ ETE DES IMMIGRES" Mgr Dagens sur RCF-Accords 16 : "Parole à notre évêque". Texte publié dans le "Courrier français" de la Charente, 14 janvier 2011, n°3461

18 Janvier 2011 Publié dans #Parole à notre évêque

Au-delà du traditionnel rendez-vous d’échange de vœux, Mgr Dagens s’est arrêté sur des situations dures en Côte d’Ivoire et le sort des Coptes en Egypte. L’anniversaire de la disparition de François Mitterrand a été aussi l’occasion de rappeler la forte culture catholique de l'homme d'État.

 

 

Juste avant son intervention à la radio, l’évêque venait de célébrer les obsèques du Père Bourdier à Mansle. « Nous avons prié ensemble, prêtres et laïcs, hommes et femmes du diocèse, près du Père Jean Baptiste Bourdier. Il s’est affaibli progressivement et est mort le 3 janvier à Saint-Front. Une des religieuses qui l’avait assisté jusqu’au bout m’a raconté : ' je l’ai vu ce jour-là, j’ai récité, j’ai prié l’hymne des rois mages de l’épiphanie, ils sont partis pour l’Orient annoncer l’Evangile'. Et elle a dit au Père Jean Baptiste Bourdier : ' vous avez annoncé l’Evangile toute votre vie' et il a souri. C’était une très belle introduction de cette religieuse et le sourire du Père Bourdier », témoigne Mgr Dagens.

 

Le samedi 8 janvier se déroulait le traditionnel échange de vœux à la Maison Diocésaine. Le père Hugues Paulze d’Ivoy et Bernard Clayes, agriculteur, les présentaient cette année. « Je répondrai certainement en disant ce que j’avais déjà dit à la fin de la Lettre Pastorale de septembre en partant des moines de Tibhirine. La force du don est à l’œuvre au milieu des violences de l’histoire et je le dirai en forme de vœux, c’est à dire d’espérance parfois contre toute espérance. Que la force du don, de l’amour, de la réconciliation, du pardon, que cette force qui n’est pas une faiblesse, soit à l’oeuvre au milieu des violences du monde parce qu’elles sont réelles ».

« On parcourt rapidement les échos du monde en sachant très bien que la vie continue dans tous ces endroits que nous allons nommer. L’amour de la vie existe. La foi chrétienne est vécue. La Côte d’Ivoire, Abidjan. Il y a eu des affrontements tribaux dans l’ouest du pays, du côté du Libéria, de la Sierra Léone, de la Guinée. On se demande encore - même si les choses semblent évoluer- comment la victoire du droit et de la justice à partir des dernières élections pourra-t-elle se réaliser et quelles sont les médiations efficaces. Et puis en constatant simplement que les rivalités entre politiciens ou groupes politiques peuvent être instrumentalisées à travers des guerres, des affrontements de tribus qui existent. Nous espérons et il me semble, en même temps, qu’il y a là l’expérience d’une démocratie naissante après des années de régime autoritaire, mais paisible sous Houphouët-Boigny et moins sous Laurent Gbagbo. Et maintenant, ce pays fait l’apprentissage. Nous espérons même si les nouvelles sont très filtrées », confie l’évêque.

 

 

Des Chrétiens menacés

 

« Et il y a l’évènement de l’Egypte. On peut dire malheureusement que c’était prévisible. On sait que les Chrétiens en Irak sont menacés et on sait, depuis des décennies, que les Coptes aussi. Ce sont des Chrétiens soit catholiques, soit orthodoxes, qui sont là en Egypte depuis Saint-Marc, depuis  deux millénaires. Ils ne sont pas une minorité si minoritaire. Ils sont 10 millions sur 80, 10 % de la population. Mais ces Chrétiens sont menacés et que l’on ne dise pas bêtement qu’ils représenteraient l’Occident chrétien dans des pays arabes et musulmans. C’est une très ancienne Eglise qui fait partie du paysage à Alexandrie comme au Caire. Il y a eu cet attentat dans la nuit de samedi à dimanche devant l’église. Des morts, des blessés, évidemment la logique terrible, l’engrenage du terrorisme ».

« Le terrorisme est destiné à faire peur, à créer la terreur et, en même temps, il inspire à distance l’engrenage du conflit des civilisations et des religions. Car on va dire -les hebdomadaires le disent- : s’il y a une guerre des Musulmans, des islamistes identifiés aux Musulmans contre les Chrétiens, alors laissez-moi dire tout haut ce qu’on n’ose pas écrire même tout bas : ne faut-il pas qu’il y ait une guerre des Chrétiens contre les Musulmans, y compris en Occident ? Et certaines déclarations montrent qu’on n’est pas loin de ces attitudes, précisément, on fait le jeu de la violence. Le terrorisme est une perversion. Il est magné par des gens extrêmement intelligents qui ont un esprit férocement logique. Ce ne sont pas seulement des violents immédiats, ce sont des gens qui réfléchissent et qui savent très bien de quelle manière on peut déstabiliser des pays démocratiques, pas seulement des pays du Moyen-Orient : en instillant, en versant goutte à goutte la peur des autres et le refus de l’étranger surtout s’il est musulman. Qu’on me pose la question de savoir où en sommes-nous de l’accueil des étrangers qui me semble-t-il fait partie de la morale républicaine autant que de la morale chrétienne », interroge Mgr Dagens.

« Je vois bien certains journaux qui osent à peine dire que les réactions des catholiques et de Benoit XVI sont trop modérées. Effectivement la position du Pape est intransigeante au sens de : il faut défendre la liberté religieuse en tous lieux. La liberté religieuse des chrétiens dans des pays arabes du Moyen-Orient ou autres, et la liberté également religieuse des Musulmans dans des pays de tradition démocratique et pluraliste comme en Occident. Et je constate que, actuellement, il est de mauvais ton d’évoquer Tibhirine. Nous avons eu la vague qui, certainement, a scandalisé certaines personnes. Ces moines de Tibhirine, ce sont des naïfs. Christian de Chergé l’a dit lui-même dans son testament. Et donc Tibhirine, n’en parlons plus et soyons réalistes. Ces moines ne l’étaient pas, dit-on. Soyons réalistes et donc préparons nous au conflit des civilisations. Eh bien non, pourquoi ? Pour la simple raison que nous croyons que la force du dialogue réel, qui n’est pas une facilité, de la rencontre des personnes telles qu’elles sont, avec la compréhension des personnes, cela ne veut pas dire l’acceptation, ceci fait partie de la morale démocratique. Et évidement l’Evangile du Christ à ce sujet et aussi l’Ancien Testament : n’oubliez pas que vous avez été des immigrés en Egypte. Respectez donc les immigrés qui sont chez vous. Je m’arrête là, j’ai soulevé trop de problèmes brûlants. Nous en reparlerons ».

 

 

Une culture catholique…

 

Le samedi 8 janvier était la journée qui marquait les 15 ans de la disparition de François Mitterrand. L’évêque avait vu une interview de l’ancien Président de la République à l’Elysée par un psychanalyste de la Revue Esprit. « Il parle de ses relations avec ses parents : sa mère allait à la messe tous les matins à Jarnac, son père, très souvent. François Mitterrand a une culture catholique. Il rencontrait souvent le cardinal Lustiger, de manière discrète. Et cet homme, président, charentais, né à Jarnac, mort à Paris, -je ne vais pas livrer des secrets- à un certain moment, a choisi d’être enterré à Jarnac. Car il savait qu’il était né à Jarnac, avait été baptisé dans l’église Saint-Pierre. Et comme il avait beaucoup de mémoire, il savait très bien ce que représentait le baptême », souligne Mgr Dagens.

En mars 95, l’évêque a rencontré François Mitterrand à qui il n'avait parlé que de son baptême. « La principale source pour nous, catholiques, c’est le baptême. Et il m’a dit une parole historique du genre : il le savait très bien et il n’avait pas besoin que je lui rappelle. A un certain moment, c’est clair, cet homme a choisi non pas d’être enterré du côté de Cluny, de Macon. Il avait d’abord prévu d’être enterré là-bas et à un certain moment, il a choisi d’être enterré au cimetière des Grands Maisons à Jarnac près de ses parents, dans la terre, la commune, où il a été baptisé. Je m’étonne qu’on évoque si rarement et si difficilement cette réalité. On ne peut pas oublier non plus que Jarnac est à côté de Bassac et que quand François Mitterrand venait à Jarnac, il allait presque toujours à l’abbaye de Bassac. Il savait très bien que dans l’abbaye, il y avait des reliques de Thérèse de Lisieux. Et dans les derniers mois avant sa mort, François Mitterrand était descendu de chez lui à Paris pour toucher les reliques de Thérèse qui passaient devant sa maison. Ce ne sont pas des révélations, je l’ai déjà dit. Mais il est évident que le travail de la mémoire, cela prend du temps et qu’il faut du temps pour comprendre les révélations dont des hommes et des femmes sont porteurs », conclut Mgr Dagens.

 

Erica WALTER

 

 

Retrouvez Mgr Claude Dagens sur les ondes de RCF-Accords 16 dans « Parole à notre évêque », les samedis et dimanches à 8h40.

 

 

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