Le blog de Mgr Claude DAGENS

LES EXIGENCES D'UNE VIE CONVERTIE AU CHRIST. Eucharistie à Saint-Joseph Artisan de Soyaux, avec la consécration du nouvel autel, le 25 septembre 2011

27 Septembre 2011 Publié dans #Homélies


            « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu, parce que eux, ils se sont convertis. »

            Ces paroles sont provocantes. Elles ont certainement provoqué la colère de ceux à qui elles s’adressaient : ces notables de Jérusalem qui se prévalaient de leur réputation vertueuse.

            Et bien non, dit Jésus, la conversion véritable aux appels de Dieu est pour tous, et d’abord pour les pécheurs, pour ceux et celles qui peuvent avoir l’impression d’être enfermés dans leurs fautes et dans la mémoire de leurs fautes.

            Et dans la parole de Jésus, il y a l’expression d’une étonnante confiance : Dieu, Lui, ne se résigne jamais à notre péché, et il envoie son Fils non pas pour condamner le monde, mais pour le sauver, pour l’arracher, pour nous arracher à tout ce qui nous tire vers le bas et nous enferme en nous-mêmes.

            Mais à partir de cette confiance originelle de Dieu, dans le Christ, nous sommes appelés à vivre autrement, à vivre d’une vie digne de Celui qui nous associe à son engagement.

            Et c’est cela la morale chrétienne. Ce n’est pas l’énoncé d’un idéal supérieur. C’est notre manière de répondre à l’appel de Dieu, avec tout ce qui fait notre humanité, notre cœur, notre corps, notre conscience, nos relations avec les autres et aussi nos fragilités et nos blessures.

            Oui, la vie chrétienne est exigeante. Elle comporte un travail permanent de conversion, un effort permanent pour vivre vraiment non pas comme des païens qui s’abandonnent aux modes du moment, mais comme des baptisés qui témoignent dans le monde de la nouveauté du Christ, par une vie renouvelée.

            Et l’apôtre Paul sait dire aux chrétiens de Philippes en quoi consiste cette vie renouvelée dans le Christ :

            « Frères et sœurs, s’il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments,… Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus… »

            Et la nouveauté radicale du Christ, qui est à la racine de notre vie chrétienne, c’est sa Pâque : il s’est abaissé, il s’est dépouillé jusque dans la mort, et il a été relevé par le Père, il est ressuscité, vainqueur du mal et de la mort et il nous entraîne à sa suite !

            Il y a là un appel d’une actualité permanente : « Relevez-vous ! Ne soyez pas vaincus par ce qui vous empêche de vous donner aux autres ! Laissez se déployer en vous l’Amour de Dieu ! Oui, relevez-vous, convertissez-vous, comme les publicains et les prostituées qui renoncent à ce qui démolit leur conscience et leur humanité ! Ou comme le fils de la parabole, qui choisit de répondre à l’appel de son Père ! »

            Et que l’on ne nous dise pas que ces attitudes seraient seulement d’ordre personnel, qu’elles ne concerneraient que les conduites individuelles ! Non, la conversion au Christ et aux mœurs du Christ, à l’oubli de soi et à l’amour des autres, cette conversion est comme un appel adressé à notre société tout entière, où existent tant de formes de mépris et de violence, de refus des autres, de transgression des règles qui permettent de vivre dans le respect mutuel.

           

            Je suis sûr qu’ici même, à Soyaux, beaucoup de personnes qui ne professent pas la foi chrétienne savent très bien que les chrétiens et les chrétiennes portent en eux une force intérieure, une inspiration, une capacité de don dont nous avons besoin pour que notre société ne devienne pas inhumaine.

            L’autre jour, quand je suis venu rencontrer le Père Sainte-Croix, j’ai prié ici avec lui et j’ai regardé le cahier ouvert près du tabernacle. Les intentions écrites par des enfants et par des adultes, même si elles sont brèves, en disent long sur la conscience du mal et sur le besoin de salut qui habitent notre humanité.

            Et l’on sait très bien, même si l’on ne sait pas le dire, qu’à la source de tout, à la source de la présence et de l’engagement de Dieu avec nous, il y a cet autel, parce que c’est là, par le sacrement de l’Eucharistie, que le don de Dieu vient demeurer parmi nous, charnellement, sensiblement.

            Cet autel est un lieu de rassemblement et aussi un point de départ : à partir d’ici, à partir du Christ livré, nous sommes nous-mêmes livrés au monde pour y manifester en paroles et en actes et parfois aussi en silences et en souffrances partagées, la victoire du Christ, afin que tout être vivant puisse un jour proclamer : « Jésus Christ est le Seigneur, pour la gloire de Dieu le Père ! »

            Et nous prions maintenant pour nous tous, ici rassemblés, et spécialement pour les membres de la nouvelle équipe d’animation pastorale, pour que nous nous encouragions à nous convertir au Christ, à vivre de Lui et à devenir dans le monde son Corps, et son signe, un Corps toujours blessé, un signe toujours modeste, mais un Corps et un signe dont le monde a besoin pour vivre, pour respirer largement, pour croire à l’Amour de Dieu.

 

+ Claude DAGENS

évêque d'Angoulême

            

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