Le blog de Mgr Claude DAGENS

LES EXIGENCES CHRÉTIENNES D'UNE ÉVANGÉLISATION RENOUVELÉE. Intervention de Mgr Dagens, lors du Synode des évêques, le 9 octobre 2012

9 Octobre 2012 Publié dans #Interventions diverses

          Ce Synode sur « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne » est attendu. Il est une occasion favorable, un kairos, pour nous poser la question : « Seigneur, qu’attends-tu de nous ? » et surtout pour répondre à la question que Jésus ne cesse de nous poser, comme à ses premiers disciples : « Que cherchez-vous ? » (Jean 1,38).

            Nous cherchons certainement à être plus nombreux, à rassembler plus de personnes, et surtout plus de jeunes, dans nos paroisses, spécialement pour l’Eucharistie, à manifester plus fortement la présence catholique à l’intérieur de nos sociétés sécularisées.

            Mais nous ne pouvons pas nous contenter de ces perspectives quantitatives. La puissance de l’Évangile du Christ ne se mesure pas seulement avec des chiffres. Elle passe par un renouvellement intérieur dont nous sentons tous la nécessité.

            Peut-on préciser quelques-uns des éléments de ce renouvellement intérieur ? Je voudrais le faire en me référant à une femme de chez nous, en France, connue aussi en Italie et en Allemagne : elle s’appelait Madeleine DELBRÊL, elle a vécu pendant trente ans dans la banlieue ouvrière de Paris et elle a médité sur les exigences chrétiennes de l’évangélisation.

 

            1 - Première exigence : un acte de discernement sur les temps que nous vivons. Nous les disons nouveaux, mais nous ne sommes pas les premiers à aborder des temps nouveaux pour la foi chrétienne. D’autres ont dû, avant nous, marcher et avancer sur des sols inconnus, de saint Irénée de Lyon à saint Martin, à saint François d’Assise, à saint François-Xavier et à bien d’autres.

            Ce qui caractérise les temps que nous vivons aujourd’hui, surtout en Occident, ce n’est plus un athéisme militant. C’est plutôt un scepticisme diffus, qui s’accompagne souvent d’un sentiment assez général d’incertitude et même d’inquiétude devant l’avenir, en raison d’une crise économique dont on ressent les effets parfois destructeurs et dont on ne voit pas la fin.

            Dans ce climat d’incertitude se manifestent de nombreuses attentes spirituelles, portant sur des questions de vie et de mort, que des jeunes posent plus librement que des adultes : « Pourquoi vivre ? Pourquoi aimer la vie, même quand elle est difficile ? Au nom de quoi lutter pour la dignité de chaque personne humaine, à commencer par les plus fragiles ? Et comment aller à la rencontre du Dieu vivant au milieu de tout ce qui nous éprouve ? »

            Sur ce terrain d’humanité commune, nous, chrétiens, nous manquons parfois de courage pour manifester la nouveauté de notre foi en Dieu, ce Père des cieux qui, en son Fils Jésus, est venu « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10).

            La nouvelle évangélisation exige non seulement de dénoncer les effets de la sécularisation, mais d’aller puiser nous-mêmes aux sources vives de la révélation chrétienne de Dieu.

 

             2 - Seconde exigence : un engagement à purifier notre foi parce qu’elle est souvent encombrée d’éléments secondaires qui l’empêchent de se déployer.

            Tant mieux si l’on parle alors de réforme ! Mais cette réforme-là est radicale : elle touche aux racines de notre foi en Dieu et de notre vie chrétienne. Madeleine DELBRÊL insistait sur cette exigence : « Les contacts de l’athéisme, de l’incroyance et de l’indifférence ne doivent pas être seulement générateurs de charité missionnaire. Ils doivent être générateurs d’une foi vitalisée, d’une foi dilatée pour recevoir plus de lumière… Nous n’aimons Dieu médiocrement que parce que nous le connaissons médiocrement. » (Nous autres, gens des rues, Paris, 1966, p.208).

            La nouvelle évangélisation exige ce renouvellement intérieur de notre relation à Dieu. Ce renouvellement commence par la prière, car nous ne pouvons parler de Dieu aux autres, si nous ne commençons pas par parler à Dieu, au nom de ces autres qui deviennent parfois pour nous comme des signes et même des appels du Christ : « J’avais faim, j’avais soif, j’étais malade ou en prison et vous êtes venus me voir… » (cf. Matthieu 25,35-36).

            La nouvelle évangélisation inclut, de façon inséparable, le renouvellement de la charité chrétienne autant que celui de notre connaissance de Dieu.

 

            3 - De là découle une troisième exigence qui concerne le caractère apostolique de l’Église, parce que le but de l’Église, ce n’est pas l’Église, c’est la rencontre des hommes avec le Christ Sauveur, et nous ne sommes, nous, que les serviteurs de cette rencontre, dans l’Église et avec l’Église.

            Il ne suffit donc pas d’être présents au monde, comme nous le disons parfois trop facilement. Il s’agit d’être de Dieu pour le monde, d’être reliés au Christ mort et ressuscité, en participant, dans l’Esprit Saint, à son combat, à sa Passion et à sa Pâque. Madeleine DELBRÊL le disait avec beaucoup de force : « Le chrétien a appris de Dieu les lois de la vie éternelle qui germe, croît et s’épanouit de la naissance à la mort. Mais, parce qu’il est chrétien, il est responsable de la germination, de la croissance, de la fécondité de cette vie éternelle dans l’humanité. Il doit proclamer ces lois fondamentales de la vie à toute créature, il doit les vivre lui-même, les vivre pour ceux qui les refusent, par le don volontaire de sa vie, don de sa vie et don de sa mort. Il pèse d’un poids irrésistible - mystérieuse dialectique de Dieu - sur le destin éternel de toute l’humanité. » (ibid., p.267).

            La nouvelle évangélisation est faite aussi de ce don qui nous engage, à la suite du Christ Jésus, notre maître.

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