Le blog de Mgr Claude DAGENS

LES ENJEUX D'UNE MANIFESTATION. Message de Mgr Dagens, en vue de la manifestation du dimanche 13 janvier

10 Janvier 2013 Publié dans #Interventions diverses

           La manifestation prévue à Paris le dimanche 13 janvier a pour but d’exprimer publiquement le refus d’un projet de loi qui doit être soumis au Parlement à partir du 29 janvier et qui vise à ouvrir le mariage civil et l’adoption d’enfants à des couples homosexuels.

            Les raisons de refuser ce projet de loi sont multiples. Ces raisons n’ont pas été débattues jusqu’ici comme elles auraient dû l’être. On peut comprendre la volonté des législateurs de clarifier des situations difficiles et d’éviter les drames qui résultent parfois de ces situations.

            Et pourtant, j’imagine que le philosophe Michel FOUCAULT doit sourire, s’il le peut, devant ce processus par lequel des personnes qui, jadis, semblaient heureuses de bousculer l’ordre moral, souhaitent aujourd’hui bénéficier des avantages promis par cette loi, en participant à l’institution du mariage, autrefois considérée comme un enfermement sans issue.

            Il me semble aussi évident que ce projet de loi sert de prétexte sinon pour relancer la guerre des deux France, celle du « parti laïc » et celle du « parti clérical », du moins pour pratiquer ce « nouvel antichristianisme » que diagnostiquait René RÉMOND et qui inspire des accusations réciproques et rituelles : d’un côté, pour dénoncer l’obscurantisme et l’homophobie de l’Église catholique, de l’autre pour s’opposer ardemment à un gouvernement socialiste et à un président de la République pour lequel beaucoup de catholiques n’ont pas voté en mai dernier.

            Le plus navrant est que certains responsables politiques semblent ignorer que le président des évêques de France, le cardinal André VINGT-TROIS fait tout, depuis des mois, pour susciter un débat réel autour des questions que soulève ce projet de loi, et qu’il est opposé à un choc frontal entre l’Église et l’État, lequel choc serait du temps perdu pour l’une et pour l’autre. Et le secrétaire général de l’enseignement catholique, Éric DE LABARRE, s’inscrit dans ces mêmes perspectives. Mais il arrive que, dans de telles situations, les plus exaltés soient en première ligne, fiers de ranimer des attitudes et des réactions passionnelles, en réveillant une culture de la haine qui risque toujours de s’exprimer par des paroles et des gestes violents.

 

            Il reste que ce projet de loi n’est pas bon, qu’il risque de provoquer des illusions, en faisant croire que le légal est devenu le moral, que les unions homosexuelles sont toujours faciles et que les processus d’adoption s’accomplissent automatiquement au bénéfice des enfants autant que des parents.

            Je crains surtout que l’appel au principe de l’égalité des droits n’aggrave parmi nous les logiques de séparation et de fragmentation qui minent notre société et que, sous prétexte de défendre des individus, on oublie les exigences du bien commun et de la solidarité.

            Et c’est pourquoi, je souhaite que l’Église catholique soit plus courageuse pour dire que ce projet de loi, qui suscite tant de passions, ne doit pas masquer cet immense travail de réflexion sur nous-mêmes auquel nous sommes appelés, si nous voulons que la logique et la pratique du respect des personnes et de la solidarité sociale en temps de crise économique soient plus fortes que la défense des revendications et des droits individuels.

            Quant à l’amour, dont on parle si peu ou bien avec des trémolos dans la voix, il serait bon de le pratiquer davantage après le 13 janvier dans notre société parfois si inhumaine et aussi dans l’Église dont la mission essentielle est de manifester celui qui vient de Dieu, celui qui, seul, est sans conditions.

            À Angoulême, le 6 janvier 2013

 

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