Le blog de Mgr Claude DAGENS

LES DERNIERES PAROLES ET LE SILENCE DE JESUS. Célébration des Rameaux et messe de la Passion à la cathédrale d'Angoulême. 17 avril 2011

18 Avril 2011 Publié dans #Homélies

 

            Voici Jésus durant les dernières heures de sa vie à Jérusalem. Ce récit est étonnant de réalisme : tout s’enchaîne comme un engrenage qui va produire la mort. Tout, la trahison de Judas, la lâcheté de Pierre, la dureté de Caïphe et de Pilate, et aussi ce mélange effroyable de mensonge, de cruauté et de violence qui va briser l’innocent.

            Inutile de commenter ce récit. Il parle par lui-même. Je voudrais seulement retenir quelques-unes des dernières paroles de Jésus : parce qu’elles laissent transparaître le secret de cet homme en qui l’Amour du Dieu vivant se révèle dans toute sa force.

           

            Le voici à l’heure du dernier repas. Ses amis sont là, près de lui, inconscients de ce qui va arriver, et Judas est là, aussi, et tout est prêt pour la trahison. Alors Jésus accomplit les gestes qui fondent la nouvelle Alliance. Il prend le pain et le rompt, en disant : « Mon corps livré pour vous ». Puis il prendra la coupe et la fera passer en disant : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance répandu pour la multitude. »

            Le corps, le sang du Christ : pour toujours voici le don de Dieu qui s’inscrit dans notre chair, si nous l’accueillons.

 

            Et puis, ce sera l’heure de la dernière lutte, de l’agonie, au jardin de Gethsémani, devant des amis qui ne comprennent rien et qui dorment. Et Jésus accepte cette terrible médiocrité de Pierre et des autres : « Vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi… »

 

            Dès lors, l’inévitable s’accomplira. Et la justice des hommes ne fera rien pour entraver cet accomplissement. Ni Caïphe, le grand prêtre juif, ni Pilate, le procurateur romain. Et devant eux, Jésus est d’une dignité immense. Il entend les questions : « Je t’adjure, par le Dieu vivant : dis-nous si tu es le Messie de Dieu ! » Et plus tard : « Es-tu le roi des Juifs ? »

            Jésus est là, il regarde, il entend, il répond à peine. Il ne fait rien face à ce déchaînement d’aveuglement et d’inhumanité. Il ira jusqu’au bout de son témoignage et de sa mission en se taisant. 

            Silence de Jésus. Silence du juste qui constate la monstrueuse injustice des hommes. Silence de Dieu face à ce déchaînement du mal. Jusqu’au dernier cri de Jésus, le Fils, sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cri réel de détresse, mais adressé au Père, comme à l’heure de l’agonie : « Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »

            Dans la chair de Jésus, son Fils, Dieu prend tout sur lui de notre condition humaine, de notre cruauté et de notre faiblesse humaine. Il prend tout, et il ressaisit tout, et il crée, à mains fortes et à bras étendus, un monde délivré du mensonge, de la violence et de la barbarie.

            « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu. » C’est le cri du centurion romain, ce païen. Car ce païen a vu et il a compris l’essentiel : au milieu des violences du monde, la force du don de Dieu est à l’œuvre, et elle bouleverse l’ordre du monde et elle promet déjà un renouvellement et un relèvement dont nous pouvons être les témoins.

            Car la foi chrétienne en Dieu commence toujours par la rencontre de Jésus et par la certitude qu’en Lui, tout est déjà réconcilié.

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