Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE ROYAUME DE DIEU EST NOTRE AVENIR. Homélie lors de la fête de la Toussaint, à la cathédrale d'Angoulême

9 Novembre 2012 Publié dans #Homélies

Toussaint    

 

               Il y a dans la révélation chrétienne de Dieu quelque chose qui est à la fois très simple et bouleversant. C’est en même temps une grande promesse, celle d’entrer dans le Royaume de Dieu, un grand appel adressé aux foules, celui des Béatitudes, et aussi l’annonce d’un grand combat : « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute à cause de moi… »

            Tout cela est contenu dans la Parole de Dieu que nous accueillons en cette fête de la Toussaint, qui est la fête de la joie de croire en Dieu et aux promesses de Dieu, avec ceux et celles qui ont déjà cru à ces promesses, les Pierre et Paul, les François, les Thérèse, les Bernadette, les saints et les saintes de Dieu qui ont suivi la voie des Béatitudes et qui chantent avec les anges la victoire du Christ : « Amen, louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! »

            Et, au milieu de cette assemblée jubilante, se tient l’Agneau, c’est-à-dire le Christ Jésus qui, par sa Pâque, a chassé toute violence et toute mort et accueille lui-même ceux qui ont cru en lui, jusqu’à donner leur vie avec Lui !

            Et cet horizon du Royaume de Dieu, même s’il se dessine dans le ciel, a commencé à apparaître sur la terre des hommes, du côté de Nazareth et près du lac de Tibériade, lorsque Jésus a inauguré sa prédication par un appel extraordinairement réaliste et exigeant : « Heureux les pauvres de cœur ! » Heureux ceux qui acceptent de se désarmer et d’accueillir ce que Dieu leur donne !

            Et cet appel-là ne s’adresse évidemment pas à une élite de parfaits, mais à des hommes et des femmes qui consentent à se laisser instruire par Dieu, pour comprendre que leur existence, notre existence toujours imparfaite, a du prix aux yeux de Dieu !

            Les Béatitudes ne sont pas un idéal inatteignable. Elles ouvrent un chemin : en ce monde dur et incertain, où nous nous heurtons à tant d’injustices, d’incompréhensions, de violences, il est possible d’espérer en une vie meilleure, celle que Dieu promet et qu’il donne, en Jésus, son Fils, qui, dans les Béatitudes, parle aussi de lui-même. Le pauvre de cœur, c’est lui, Jésus, qui me dispose pour régner d’aucune force de ce monde. Le persécuté pour la justice, c’est lui, à l’heure où il sera condamné par ses ennemis et mis à mort violemment, jusqu’à crier son désespoir. L’appel qu’il adresse aux foules ouvre un chemin qu’il va suivre lui-même, et en ce monde tel qu’il est, il atteste cette force qui n’est pas de ce monde, la force de la fidélité du Père qu’il vient nous révéler et nous communiquer : « Voyez comme il est grand l’amour dont le Père nous a aimés. Il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître, puisqu’il n’a pas découvert Dieu. »

            Voilà le combat auquel nous sommes associés : non pas le combat contre les méchants, mais le combat pour nous désarmer nous-mêmes et accueillir la force que Dieu donne à ceux qui se livrent à lui.

            J’étais à Rome durant les trois dernières semaines. Grande assemblée d’évêques du monde entier avec le pape Benoît XVI pour comprendre les exigences de ce que l’on appelle la nouvelle évangélisation. Dans le groupe francophone, où je me trouvais, il y avait l’évêque de Phnom-Penh, au Cambodge, celui de Litoměřice, en Tchéquie, et un jeune évêque du Vietnam. Ils rayonnaient de confiance. Mais Dieu sait qu’ils ont participé aux souffrances de leurs peuples, à travers des persécutions parfois violentes, et parfois sournoises. Et l’un d’eux nous disait : « Il est bon qu’il y ait des persécutions, mais pas trop ! Mais les persécutions nous réveillent… »

            Je ne souhaite pas des persécutions, mais je souhaite, comme le pape Benoît XVI nous le disait au début de notre assemblée, que nous ne soyons pas des chrétiens tièdes, mais des chrétiens qui acceptent de recevoir la force et le feu de l’Évangile, parce que l’Évangile du Christ, quand il nous saisit, nous rend heureux de vivre et d’attester cette victoire de l’Amour du Père, qui transfigure nos épreuves.

            Alors, nous n’avons plus peur de former un peuple de croyants et de témoins, qui ne cherchent pas des stratégies extraordinaires pour s’imposer au monde, mais qui attestent la force des Béatitudes pour rendre notre monde plus vivant de Dieu :

            « Heureux les pauvres de cœur ! Heureux les doux ! Heureux les miséricordieux ! Heureux les faiseurs de paix ! Heureux les disciples du Christ Jésus ! Heureux les saints que nous sommes appelés à devenir ! »

 

+ Claude DAGENS

évêque d'Angoulême

Partager cet article

Repost 0