Le blog de Mgr Claude DAGENS

LE CHRIST VEUT DEMEURER EN NOUS. Messe télévisée à Bassac. 5e dimanche de Pâques, 10 mai 2009

15 Mai 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Homélies

Frères et sœurs,

 

            Écoutez bien, écoutez encore ces paroles de Jésus qui ont valeur d’engagement : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure donne beaucoup de fruit ».

            Voilà la Révélation chrétienne dans ce qu’elle a de plus étonnant. Dieu s’ouvre à nous en Jésus Christ et il désire se lier à nous, pour toujours, jusqu’à faire de nous sa demeure.

            Oui, l’habitation de Dieu en ce monde, c’est nous, si nous, nous nous ouvrons à lui, si nous acceptons d’être reliés à lui, non pas par des relations épisodiques, mais par une appartenance durable. Lui en nous et nous en lui, comme la vigne et les sarments : voilà le cœur même du mystère de l’Église, cet ensemble vivant où nous apprenons à aller à la rencontre de Dieu et à laisser le Christ demeurer en nous.

            Quel programme de vie pour nous et pour l’Église ! Mais aussi quelle disproportion entre ces promesses de Jésus et notre expérience ordinaire ! Car nous sommes capables de refuser une telle Alliance, d’imaginer Dieu comme le Séparé que l’on ne rejoint que de temps en temps, et l’Église comme une institution à la fois lourde et fragile  qui ferait obstacle à la rencontre de Dieu.

            Mais ce réalisme-là, il est aussi dans l’Évangile. Jésus lui-même nous prévient : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire, et si vous vous séparez de moi, vous vous dessècherez et votre vie se désagrègera ».

            En nous avertissant ainsi, Jésus sait ce qui l’attend lui-même et ce qui attend ses disciples. Ces hommes auxquels il parle vont bientôt se détacher de lui. L’un, Judas, va le livrer. L’autre, Simon Pierre, va le renier : durant la nuit de l’arrestation, il refuse de le reconnaître.

            Et, à travers ces hommes médiocres, lâches, incertains, Jésus voit cette puissance des ténèbres qui fait obstacle à la lumière de Dieu.

            Sa promesse de vie donnée et partagée passe par un combat. Celui qui se lie à nous pour toujours est aussi Celui qui affronte notre refus et qui va le surmonter en « aimant les siens jusqu’au bout ».

            « Demeurez en moi, comme moi en vous ». Dans ces paroles insistantes rayonne déjà la puissance de la résurrection. Lui, le Christ, ne sera pas vaincu par tout ce qui, en nous et dans le monde, s’oppose à sa venue.

            Et Jean, l’évangéliste, a compris cela. Il appelle avec force les premiers chrétiens à aimer en vérité, en s’appuyant sur la vérité du Christ, qui a sa source dans le cœur de Dieu, et le cœur de Dieu est infiniment plus grand que le nôtre : « Notre cœur aurait beau nous condamner, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît toutes choses ».

            Je me demande si Jean, en écrivant ces paroles étonnantes, n’a pas pensé à Judas, l’homme de la trahison et de la désespérance, qui s’est condamné lui-même, en renonçant à faire appel au cœur de Dieu.

            En tout cas, si nous, nous sommes capables de nous séparer de Dieu, lui ne se résigne jamais à nos actes de séparation et même d’opposition. C’est l’expérience saisissante qu’a faite cet homme nommé Saul de Tarse, devenu l’apôtre Paul, saisi par le Christ sur le chemin de Damas et tellement saisi qu’on l’accepte difficilement parmi les disciples, parce que Lui est passé d’un coup du côté du Ressuscité et qu’il l’annonce avec sa force de converti.

            Et si jamais on me disait que nous sommes là dans l’exceptionnel, alors, j’oserais témoigner à mon tour, comme évêque et comme disciple du Christ, de ces chemins par lesquels Dieu lui-même vient à nous et passe en nous.

            Je pense aux baptisés de Pâques. Ces femmes, ces hommes sont entrés dans une vie nouvelle. Et ils le savent, comme cette jeune femme qui m’a écrit ceci : « Depuis que j’ai répondu à l’appel de Dieu, mes yeux ont commencé à voir le monde dans une autre lumière ».

            Ce monde, si inquiet et si inquiétant, ce monde est comme enveloppé par une lumière de paix et de réconciliation. Il est possible d’y vivre de Dieu et d’y aimer les autres, en vérité.

            Et nous-mêmes, à certaines heures, nous savons bien que la promesse de Jésus s’accomplit en nous. Nous sommes émondés. Des épreuves visibles ou cachées viennent nous libérer de ce qui nous entravait. Nous renonçons à tenir par nous-mêmes. Nous apprenons à tenir par le Christ : sa confiance est plus forte que tout ce qui risquait de nous décourager. Il est là, en nous, vivant et agissant.

            Et ce qui vaut des expériences personnelles vaut aussi pour l’Église entière. Elle aussi a parfois besoin d’être émondée, c’est-à-dire allégée de ce qui, en elle, se dessèche ou alourdit sa marche.

            Au lieu de se crisper sur des sécurités extérieures, pourquoi aurait-elle peur de repartir sans cesse du Christ, en qui le cœur de Dieu s’ouvre à nous ?

            Dans cette abbaye de Bassac, où on vient la prier, j’entends avec vous Thérèse de l’Enfant Jésus lorsqu’elle proclame la vocation qui lui a été donnée : « Dans le cœur de l’Église, ma mère, je serai l’Amour ».

            En ce temps de Pâques, alors que nous attendons la venue de l’Esprit Saint, que Dieu nous donne, avec l’Église, d’aller au cœur de Dieu et de vérifier les promesses de Jésus : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi vous serez pour moi des disciples ».

Partager cet article

Repost 0