Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA PAROLE DE DIEU TELLE QU'ELLE EST : CHOQUANTE ET EXIGEANTE. Eucharistie pour l'accueil du Père Pierre PLANTEVIGNE à Ruffec, le 19 septembre 2010

21 Septembre 2010 Publié dans #Homélies

Frères et sœurs,

 

            Nous sommes ensemble au service de la Parole de Dieu que nous entendons, et du Corps du Christ, que nous apprenons à former.

            Et ce matin, je suis avec vous pour vous encourager dans cette mission commune, aux côtés de Pierre PLANTEVIGNE, du Père PLANTEVIGNE que j’ai appelé à porter la charge pastorale de cette paroisse de Ruffec et de ce doyenné, avec ses 31 000 habitants et ses quatre paroisses.

            Merci, Pierre, d’avoir répondu à mon appel comme tu l’as fait, avec cette disponibilité profonde qui est en toi, et en sachant très bien en quoi consiste la nouvelle responsabilité dont tu es chargé, puisque tu accompagnais déjà ce doyenné : tu sais que tu as et que tu auras à animer ce travail permanent de reconnaissance mutuelle qui fait de nous le Corps du Christ. Tu sais que ce travail est à certaines heures facile et heureux, et qu’à d’autres moments, il est onéreux, il demande de la patience, de la compréhension, et aussi une volonté tenace d’apaisement et de pardon, s’il le faut. Mais c’est cela la vie chrétienne !

            Et la Parole de Dieu nous le dit aujourd’hui avec vigueur et même, dans la parabole de l’Évangile, d’une façon étonnante et même choquante. Il faut y voir de plus près.

            Voici d’abord les avertissements du prophète Amos. Il souffre des injustices dont il est témoin, et il parle aux riches avec rudesse : « Cessez d’écraser les pauvres et de les tromper pour augmenter vos profits ! Soyez justes ! »

            Nous avons d’autant plus le droit d’être étonnés du grand écart qui semble exister entre cet appel à la justice et la parabole racontée par Jésus, celle de ce gérant qui n’est pas seulement un mauvais gérant, puisqu’il gaspille les biens de son maître, mais un homme malhonnête, puisqu’il va établir des fausses factures pour arranger sa situation.

            Mais attention ! Les auditeurs de Jésus le savaient : les paraboles ne sont pas des leçons de morale. L’enseignement d’une parabole n’est pas dans l’histoire elle-même. Elle vient après. L’enseignement de Jésus ne porte pas sur la gestion financière « tordue » de cet homme. Elle porte sur le cœur : cet homme, même s’il est capable de malhonnêteté, sait où sont les réalités les plus importantes de la vie, non pas dans l’argent « trompeur », surtout s’il est virtuel, mais dans l’amitié.

            L’amitié, la confiance, la reconnaissance valent infiniment plus que l’argent. L’habileté qui nous est demandée, ce n’est pas l’habileté des spéculateurs, c’est l’habileté de ceux qui donnent beaucoup plus d’importance aux personnes qu’aux calculs financiers.

            Et la suite de la parabole dit clairement cette logique qui n’est pas la logique du monde : « Nul ne peut servir deux maîtres. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » pour une raison radicale : c’est que l’argent possède et finalement asservit ceux qui le possèdent, alors que Dieu, Lui, ne cherche pas à nous posséder, il nous appelle à devenir les témoins de ce qu’il nous révèle et nous donne dans le Christ.

            Pierre, tu seras ici au service de la Parole de Dieu : je sais que tu feras en sorte qu’elle soit reçue vraiment à travers toutes les activités et toutes les initiatives de formation à la foi chrétienne, à la vie chrétienne et à la charité chrétienne.

            Car c’est cela qui nous est demandé aujourd’hui dans une société où nous avons besoin de découvrir ou de redécouvrir ensemble la présence de Dieu, l’amitié du Christ, la force de l’Esprit Saint, à travers la prière, l’adoration, les sacrements de l’Église comme à travers nos multiples façons d’être attentifs les uns aux autres, ici même, et aussi au milieu des autres, surtout s’ils attendent, sans le dire, des signes d’amitié et de solidarité réelle.

           

            Frères et sœurs, permettez-moi d’insister, comme je le fais dans ma lettre pastorale : le but de l’Église, ce n’est pas l’Église et son organisation. C’est l’Alliance réelle, vivante, entre Dieu et les hommes. Notre mission essentielle, ce n’est pas seulement de nous organiser autrement, c’est d’abord de nous aimer les uns les autres, en allant, s’il le faut, jusqu’au pardon.

            Pierre, tu seras ici, à Ruffec, comme pasteur, comme doyen, au service de cette vie plus fraternelle à laquelle nous aspirons tous. Et nous savons bien que cette vie fraternelle a sa source non pas en nous, mais dans le mystère du Christ, dans la Pâque de Jésus, dans l’Eucharistie et dans notre prière, visible ou cachée…

            « Je voudrais, dit l’apôtre Paul, qu’en tout lieu, tous les hommes prient, en levant les mains vers le ciel, saintement, sans colère, ni mauvaises intentions. » (1 Tim. 2,8).

            Pierre, sois au service de cette prière commune qui fait de nous tous, non pas des parfaits, mais des hommes et des femmes qui apprennent à devenir, au milieu de tous, des signes de la bienveillance de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés ».

            À nous d’être les témoins de cette ouverture inimaginable de Dieu pour chaque enfant de Dieu !

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