Le blog de Mgr Claude DAGENS

LA PAROLE DE DIEU EST REÇUE DANS L'ÉGLISE

20 Février 2009 , Rédigé par mgrclaudedagens.over-blog.com Publié dans #Interventions diverses

Intervention faite le 7 Février 2009 à Angoulême au cours d’une rencontre diocésaine organisée par le Pôle de la Proposition de la foi.

 

 

Je partirai d’une réalité fondamentale qui justifie notre rencontre : la Parole de Dieu est confiée à l’Église. Elle est confiée pour être transmise, et, avant d’être transmise, pour être reçue. Comment est-elle reçue dans l’Église ? Comment participons-nous à ce travail de réception de la Parole de Dieu dans l’Église ? Comment sommes-nous associés à ce mouvement même de la Tradition, qui n’est pas un processus automatique, mais qui passe par une sorte de déploiement à la fois intérieur à chaque croyant et intérieur à tout le Corps de l’Église ?

            Le Concile Vatican II, dans la grande constitution sur la Révélation divine, exprime ce mouvement de la Tradition de la Parole de Dieu en termes de conversation : c’est cette Tradition « qui, dans l’Église, fait comprendre cette Écriture Sainte et la rend continuellement opérante. Ainsi Dieu qui parla jadis, ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et, par l’Église dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que « la Parole du Christ réside en eux avec toute sa richesse » (Col. 3,16) » (Dei Verbum, 8).

 

            Comment devenons-nous participants de ce dialogue ? Comment entrons-nous dans cette conversation avec Dieu ? Comment recevons-nous la Parole de Dieu dans l’Église ?

            C’est sur ce travail de réception que je voudrais insister et sur les multiples canaux par lesquels il s’accomplit.

 

 

 

I- LA PAROLE DE DIEU CONFIÉE PAR L’ÉGLISE ET REÇUE DANS L’ÉGLISE

 

            1. La première réception de la Parole de Dieu

 

            Je pense à cet acte qui fait souvent partie soit de l’initiation catéchétique des enfants, soit de la démarche des catéchumènes : on va remettre à ces enfants ou à ces adultes le livre de la Parole de Dieu, la Bible.

            Pour nous, ce geste peut paraître normal ou même anodin. Pour eux, il est souvent décisif et même attendu, désiré. Ces enfants ou ces adultes reçoivent la Parole de Dieu. Elle n’est donc pas un livre ordinaire. Elle est donnée par l’Église, et elle est donnée pour être lue, reçue, assimilée.

            Je suis sûr que cette remise de la Parole de Dieu est comprise et vécue par ces personnes comme un don qui les engage. Ils savent, sans pouvoir le dire, que ce livre peut devenir un livre de vie, une boussole pour s’orienter dans l’existence, et même un chemin pour aller à la rencontre de Dieu.

 

 

 

            2. Devenir des auditeurs et des lecteurs et de la Parole de Dieu

 

            Peut-être avions-nous oublié nous-mêmes que nous avons reçu la Parole de Dieu et que nous sommes appelés à la recevoir sans cesse, en l’écoutant.

            Je ne pense pas ici seulement à l’écoute personnelle, à la lecture priante, à la Lectio divina. Je pense à l’écoute communautaire dans l’Église rassemblée, au cours des célébrations liturgiques. Nous savons tous qu’il nous faut valoriser ce premier temps de l’Eucharistie, qui est comme une première table : nous recevons la Parole de Dieu comme une nourriture. À travers les prophètes, ou les lettres de Paul, ou l’Évangile, Dieu s’ouvre à nous et nous parle pour que sa Parole soit reçue en nous et assimilée. La Parole ainsi reçue dans l’assemblée liturgique a un but précis et avoué : elle fait de nous le Corps du Christ. Elle nous touche pour que nous nous laissions habiter par elle, pour que l’Évangile prenne chair en nous.

            Et, inséparable de cette réception par l’oreille, il y a la proclamation par la bouche, le ministère de lecteur ou de lectrice, même s’il n’est pas officiellement reconnu. Il faut sans cesse revaloriser et situer cette mission dans nos communautés : ceux et celles qui proclament la Parole ne sont pas seulement des lecteurs à la bonne diction. Ce sont des porteurs de la Parole, et l’on ne porte vraiment la Parole de Dieu qu’en la recevant soi-même comme Parole de Dieu. Tant mieux si l’on est alors intimidé ! La timidité signifie que l’on est dépassé par ce que l’on accomplit, et ce que l’on accomplit ainsi, c’est une manière de participer à la conversation de Dieu avec les hommes, qui est au cœur de la Révélation divine.

            Il est évident qu’un travail permanent d’éducation est à faire dans ce domaine : il ne faut pas seulement apprendre à lire, il faut apprendre à être dépassé par la Parole pour la recevoir vraiment comme un don de Dieu. Il peut arriver que des enfants ou des pauvres soient nos maîtres dans cette réception de la Parole de Dieu comme Parole de Dieu !

 

 

            3. Cette Parole de Dieu qui retentit dans nos existences

 

            La Parole de Dieu est faite pour retentir, pour susciter des échos. C’est le sens même de la catéchèse : laisser retentir le message pour qu’il s’enracine en nous, qu’il germe, qu’il ait des effets !

            Et je pense à cet égard aux célébrations des obsèques, parce que, dans ces circonstances souvent éprouvantes, nous faisons comme le Seigneur : il jette la Parole sans se soucier des résultats immédiats, en sachant que les terrains de la réception sont extrêmement variés et de valeur très inégale, des bords du chemin aux endroits pierreux, aux ronces et à la bonne terre.

            Mais nous savons aussi que la Parole de Dieu est souvent réellement reçue. Et elle peut parler d’elle-même, parler de Dieu, parler du mystère du Christ, et en particulier du mystère pascal.

            Je me souviens des obsèques récentes d’un ami, en Charente. Sa femme bouddhiste et ses enfants avaient choisi eux-mêmes dans l’Évangile de Marc le récit de la mort de Jésus et la venue des femmes au tombeau, au matin de Pâques. J’ai proclamé ce récit. Jamais je n’avais eu à ce point le sentiment de proclamer le kérygme, c’est-à-dire le noyau dur ou le cœur brûlant du mystère de la foi, et je voyais que ce kérygme était reçu. Il parlait. Devant le cercueil de celui qui venait de mourir, il parlait de mort et de résurrection, de la mort mystérieusement et réellement vaincue, subie et vaincue par Jésus.

            Et je sais qu’aujourd’hui même, à Montbron, seront célébrées les obsèques de Gwénaëlle, cette jeune fille de 16 ans tuée à bout portant par son ami qui se jugeait abandonné ou trahi.

            Et je suis sûr que les paroles de Jésus dans l’Évangile de Jean seront reçues par l’assemblée qui sera là, saisie par cet événement violent et sans doute disponible pour recevoir cette étonnante promesse de Jésus : « La volonté de Celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais je les ressuscite au dernier jour » (Jean 6, 39).

            En permanence, contre vents et marées, la Parole de Dieu est confiée à l’Église pour retentir à travers tous les événements de nos vies et de nos morts. Elle est faite pour être reçue à l’intérieur même de ce qui blesse notre humanité.

 

 

 

II- LA PAROLE DE DIEU REÇUE À TRAVERS L’INITIATION CHRÉTIENNE

 

            Nous sommes tous témoins de ce déploiement de la Parole de Dieu à travers les actes et les rencontres de l’initiation chrétienne, dans de multiples domaines. La Parole de Dieu est alors à la fois proposée, écoutée, reçue, dans le cadre de rencontres personnelles ou de rencontres de groupes.

            Il faut absolument que, dans nos communautés chrétiennes, nous nous racontions ces moments de réception de la Parole de Dieu, qui peuvent souvent nous surprendre. Car que constatons-nous alors ? Que la Parole de Dieu est non seulement recevable, mais qu’elle est attendue et que sa réception passe par de véritables dialogues. Elle s’inscrit dans une pédagogie de la confiance mutuelle.

 

            - Avec des enfants de la catéchèse

            Les enfants sont capables de recevoir la Parole de Dieu, à leur manière d’enfants. Vous le savez mieux que moi. Les enfants sont capables d’étonnement et d’émerveillement. Les plus insupportables sont parfois les plus touchés.

            Je pense à cet enfant qui appartenait à un club d’ACE et qui avait laissé comprendre qu’à la maison, il était témoin de certaines violences. L’animatrice du club, un jour, lui a dit : « Je crois que Jésus a dit des choses importantes pour toi ». « Quoi donc ? », a-t-il demandé. Elle ne lui a pas répondu tout de suite. Mais, plusieurs jours après, elle lui a dit ceci : « Jésus nous a donné un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». L’enfant a écouté, gravement, avec un air étonné. L’animatrice d’ACE a eu le sentiment que cette Parole était difficile à recevoir, mais qu’elle pouvait faire son chemin.

            Je me demande si, parfois, nous n’écoutons pas trop facilement la Parole de Dieu. Il faut la laisser germer et lui en laisser le temps.

 

            - Avec des catéchumènes

            Ils sont eux aussi souvent très disponibles pour saisir la nouveauté de la Parole de Dieu et pour comprendre qu’à travers cette Parole, vraiment, c’est Dieu qui leur parle.

            On a même parfois l’impression qu’ils attendaient cette Parole, qu’elle fait déjà partie de leur existence, qu’elle est une force de libération.

            C’est le cœur même de la Révélation chrétienne de Dieu qui leur parle : c’est-à-dire la Passion et la Pâque de Jésus. Ils comprennent que non seulement Dieu n’est pas étranger à leur existence, mais que le mystère du Christ vient la renouveler de façon radicale. Ils parlent facilement de nouvelle naissance, de mort et de résurrection.

            Comme ce jeune homme, appartenant aux gens du voyage, qui m’a écrit ceci après avoir lu et médité le récit de la Passion de Jésus : « Son parcours peut être le nôtre, car il nous apprend à mourir à nous-mêmes, pour vivre avec Lui et pour Lui avant de vivre en Lui pour toujours… »

            Il faudrait qu’avec les catéchumènes, nous apprenions nous-mêmes à aller davantage au cœur du mystère de la foi, d’autant plus que, pour eux qui se préparent au baptême, c’est aussi le mystère de l’Eucharistie qui donne son plein sens au kérygme chrétien. La Parole de Dieu et le Corps du Christ sont intimement liés.

 

            - Avec des couples qui se préparent au mariage

            Nous proposons à ces couples de se familiariser avec la Parole de Dieu. Ils la découvrent souvent pour la première fois. Ils découvrent comme à neuf la Vérité et la Présence de Dieu à travers sa Parole.

            Et pas seulement à travers des textes relatifs au mariage ou à l’amour humain. Mais à travers des récits qui évoquent l’Alliance de Dieu pour son peuple et la proximité de Jésus par rapport à ses disciples : par exemple la Révélation de Yahweh à l’Horeb pour le prophète Élie, « dans le bruit d’une brise légère », ou bien la venue bouleversante de Jésus au milieu de la tempête, sur le lac de Tibériade.

            La Parole de Dieu est reçue par ces hommes et ces femmes comme une Parole de Révélation, c’est-à-dire non pas une Parole qui s’ajusterait à leurs besoins ou à leurs capacités, mais comme une Parole qui révèle Dieu, et qui le révèle non pas comme une puissance obscure et plus ou moins menaçante, mais comme une présence qui libère de la peur, une présence aimante.

 

            J’oserai terminer en pensant aux événements actuels, à cette émotion qu’a provoquée la levée de l’excommunication des évêques ordonnés par Mgr LEFEBVRE.

            Je suis convaincu qu’au-delà des questions posées autour de la liturgie, se posent des questions beaucoup plus fondamentales qui portent sur le mystère et la Révélation de Dieu, sur l’essence même du christianisme et de l’Église. Le christianisme est-il un système qui s’imposerait de l’extérieur ou bien est-il une Révélation qui passe par la Parole de Dieu et qui demande à être reçue en nous et par nous ?

            Si réception il y a, on ne peut plus rêver de se servir de l’Église, parce que l’Église nous apparaît pour ce qu’elle est vraiment : un don de Dieu et le signe du Christ, et avec elle, nous participons à cette conversation de Dieu avec les hommes, dont parlait le Concile, en sachant très bien que cette conversation peut toujours être interrompue de notre côté, mais qu’il y a des hommes et des femmes qui nous appellent à la pratiquer aussi avec eux et pour eux. Cela s’appelle l’évangélisation.  

           

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